Le premier jet

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Tout est prêt. Vous avez une idée pour votre roman, vous avez réfléchi à un thème, vous avez échafaudé une structure, construit des personnages et choisi une orientation stylistique qui vous convient. Vous avez une bonne idée pour votre première phrase. Vous avez même pris la peine de vous entraîner. Bref, ça y est, vous n’avez désormais plus qu’une chose à faire : vous mettre à écrire.

Vous la sentez, la pression, là ?

Eh oui. Pour certains auteurs en herbe, entamer la rédaction d’un roman, c’est intimidant. Il y en a même qui auraient tendance à voir ça comme un premier saut à l’élastique, un de ces moments où on se jette dans le vide sans être sûr que, derrière, il y a bien un truc qui nous retient et nous empêche de nous aplatir par terre comme une petite crotte.

Parce qu’on a beau ressentir de l’inspiration, avoir envie d’écrire, chérir l’acte créatif et se réjouir de coucher sur le papier tous ces mots qui dorment en nous depuis tellement longtemps, lorsque vient le moment de s’y mettre, il n’est pas rare de ressentir une appréhension. Oui, on a envie de nager, mais l’eau sera-t-elle trop fraîche ? Si c’était si facile, tout le monde le ferait. Qui tu serais pour réussir là où tous les autres ont échoué ?

Se confronter à la possibilité très réelle d’être nul

Cette inquiétude est enracinée dans des soucis rationnels. D’abord, aborder l’écriture d’un premier roman, c’est se confronter à la possibilité très réelle d’être nul. Si ça se trouve, on a envie d’être un auteur mais le résultat sera loin d’être à la hauteur de nos attentes. C’est très possible, et hélas, il n’y a qu’en le faisant qu’on peut s’en rendre compte.

Cela dit, il existe des moyens d’atténuer le choc. Ne vous lancez pas immédiatement dans un roman : rédigez quelques nouvelles auparavant, des contes, des petites histoires. Vous aurez ainsi apprivoisé votre écriture et vous saurez si vous êtes fait pour ça ou non. Mieux vaut s’exposer à une déception que vivre sa vie dans l’incertitude.

L’autre raison d’être intimidé par le début d’une aventure littéraire est encore plus compréhensible : lorsque l’on écrit la première phrase d’un roman, forcément, on n’a jamais été aussi éloigné de la fin. Se mettre à écrire, c’est s’astreindre à un travail monumental, qui, lorsqu’il n’en est qu’au début, peut ressembler à un objectif impossible à atteindre. Ça file le tournis.

Rassurez-vous, tous les romans du monde ont été écrits de la même manière : un mot après l’autre. D’autres que vous y sont parvenus, y compris des pas malins et des pas doués, donc il n’y a pas de raison pour que vous échouiez.

Quand vous écrivez le premier jet d’un roman, vous n’êtes pas en train d’écrire le roman

Cela dit, on le voit bien, la principale difficulté lorsque l’on rédige le premier jet d’un roman, c’est la tentation de l’abandon. Pourquoi consacrer tant de temps, verser tant de sueur pour quelque chose qui, vous le pressentez, sera de toute manière raté ? À chaque instant, dans ce travail de mineur, on risque de se décourager, de se laisser distraire, d’entendre le chant des sirènes qui nous murmurent qu’il y a tellement de choses plus divertissantes à faire ailleurs.

Ne les écoutez pas et tenez bon, tenez bon, tenez bon. C’est le seul conseil qu’on puisse donner. Écrire un roman, c’est un effort qui se joue sur la longueur : des heures à la fois, qui se prolongent pendant des jours, des semaines, des mois. Parfois vous resterez assis comme une tanche devant votre clavier et au bout de deux heures, vous n’aurez écrit que huit mots très moches. Pas grave : persévérez, vous ferez mieux la fois d’après, et la fois d’après, les choses deviendront plus faciles, une routine finira par s’installer. L’important, c’est de s’accrocher et surtout de ne pas se retourner sur son chemin, de ne pas jeter un regard critique sur ce que vous êtes en train d’écrire, sans quoi tout va se figer et votre roman va se transformer en statue de sel.

Parce que ce qu’il faut comprendre, et c’est très important de garder ça en tête, c’est que quand vous écrivez le premier jet d’un roman, vous n’êtes pas en train d’écrire le roman. Quand vous aurez terminé, le travail sera loin d’être fini avant que vous puissiez vous considérer comme satisfait. Il ne s’agit que d’une étape, certes importante, mais probablement pas aussi décisive que vous le pensez.

Vous devez commencer par écrire un roman imparfait, bancal, insatisfaisant

Vous ne faites, en réalité, qu’accumuler un gros morceau de terre glaise que vous allez sculpter par la suite pour lui donner sa forme définitive. Si tout n’est pas parfait, ça n’est pas grave ; s’il y a des passages franchement ratés, vous les réécrirez plus tard ; si certains personnages ne fonctionnent pas, vous les changerez. Mais pour que vous puissiez y parvenir, pour que vous soyez capable de produire l’histoire que vous avez en tête, vous devez commencer par écrire un roman imparfait, bancal, insatisfaisant.

En disant ça, soyons clairs, je parle en tant qu’auteur Bricoleur. D’autres vivent des expériences différentes. Si vous êtes un Architecte et que vous avez tout planifié au préalable, l’étape d’écriture sera sans doute moins décourageante, mais elle sera plus ennuyeuse, et votre combat consistera alors à parvenir à arriver jusqu’au bout sans vous endormir, en maintenant intact l’intérêt que vous avez pour cette histoire malgré le fait qu’elle n’avait déjà plus aucun secret pour vous avant d’écrire le premier mot.

Si vous êtes un Explorateur, cette phase sera plus décisive. Votre premier jet va beaucoup plus ressembler à votre roman terminé, puisque vous créez votre narratif en l’écrivant. Cela dit, les Explorateurs sont bien souvent des auteurs qui apprécient l’acte d’écriture en lui-même, donc le plaisir qu’ils éprouvent à coucher des phrases sur le papier doit normalement suffire à maintenir leur intérêt jusqu’au bout.

On parle beaucoup de l’imagination des auteurs, de leur sensibilité, de leur amour des mots. On devrait davantage parler de leur courage, de leur endurance et de leur patience : voilà les qualités qui font qu’un écrivain parvient à sortir du néant une histoire, à force d’efforts et d’obstination, là où auparavant il n’y avait rien du tout.

⏩ La semaine prochaine: Les corrections

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L’interview: Gen Manessen

Première interview à être publiée sur ce blog, celle de Gen Manessen, auteure autodidacte d’un roman autopublié, intitulé « Colorado Vibrato » et qui nous emmène dans les grandes plaines des Etats-Unis sur fond de romance.

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Tu présentes ton premier roman, « Colorado Vibrato », comme « une saga moderne dans le Grand Ouest américain. » Pourquoi le choix de ce décor ?

J’aime l’Ouest américain. Ses paysages et son grand ciel me parlent. Impossible de rester indifférent à sa grandeur. C’est le décor parfait pour une histoire d’amour.

Qu’est-ce qui est venu en premier ? L’amour de l’écriture ou l’amour des Etats-Unis ?

Ce sont deux amours totalement différents. J’aime raconter des histoires et il se fait que j’ai laissé flotter mon imagination avec pour toile de fond les plaines et les canyons. Je ne pense pas que je me limiterai aux USA. Ecrire n’a pas de frontières.

Tu ne vis pas là-bas. Est-ce que tu as été tentée de commencer par écrire sur des sujets qui font davantage partie de ta vie quotidienne ?

Non, je n’ai pas décidé, c’est venu comme cela. J’imagine que ma vie quotidienne ne m’inspire pas de la sorte.

Se lancer dans l’écriture d’un roman, ça réclame de la volonté et de la patience. Qu’est-ce qui t’a donné envie de t’y mettre ? Comment est-ce que tu es arrivée au bout ?

J’ai d’abord voulu écrire une nouvelle. J’ai noirci un carnet, j’ai ensuite saisi mon PC. Je me suis laissée porter. Je découvrais quelque chose que je ne connaissais pas. J’avais juste écrit des poèmes quand j’étais enfant. J’ai travaillé le soir tard et ensuite la nuit. Le matin je corrigeai les écrits de la veille. J’ai appris par moi-même, seule. Tout ce que j’ai observé m’a fait grandir. Il m’a poussé des antennes sur la tête. Je me suis mise à observer les gens et à noter çà et là des mots, des expressions. Et petit à petit mon histoire s’est étoffée.

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Ton héroïne Mona est une femme forte et passionnée. Quelle part de toi as-tu mise en elle ?

Ce n’est pas une autobiographie. Mais je suis quelqu’un de passionné… Comme elle. Elle agit souvent sans trop se poser de questions, moi aussi.

Quelle est ta définition du romantisme ?

Le romantisme ? C’est un mouvement dans l’art, je pense… Rien à voir avec un roman.

Le roman devrait comporter deux suites. Pourquoi ? Tu ne pouvais pas te résoudre à dire au revoir à tes personnages ?

Oui, j’ai été bien orgueilleuse d’annoncer deux suites. J’écris la seconde pour le moment. L’inspiration ne manque pas, mais le temps : oui !

Ton roman est auto-édité. Est-ce un choix ? A quoi ont ressemblé tes démarches pour publier ce livre ?

J’ai envoyé fièrement des manuscrits à des grandes maisons d’édition. J’ai reçu des réponses mais « je ne suis pas dans la ligne d’édition de leurs prestigieuses maisons. » Alors j’ai fait de l’auto édition.

C’est un regret?

Non. Quand on a l’habitude d’aimer  » faire différemment des autres » on ne peut pas se payer le luxe d’avoir des regrets. Ce serait trop simple…

Pourquoi avoir choisi de signer « Gen Manessen » ? Le plaisir de lire ton vrai nom sur la couverture d’un livre, ça ne te tentait pas ?

J’aime le nom d’auteur que je me suis choisi. Comme cela je n’indispose pas ma famille.

Un conseil, une suggestion à ceux qui te lisent et qui ont envie d’écrire?

Ceux qui vont lire mon roman vont découvrir qu’il est inégal mais qu’à la moitié cela se précipite et je deviens bien meilleure. Suggestion à ceux qui n’ont jamais écrit : établissez votre fil rouge et ensuite écrivez des chapitres en fonction de vos humeurs. Du triste quand vous êtes tristes et du gai quand vous êtes gai. Suivez votre élan et relisez-vous. Beaucoup. Trouvez 2 ou 3 personnes pour vous suivre et vous encourager. Cela fait du bien.

« Il faut croire en soi-même malgré les preuves contraire » a écrit Kent Haruf, auteur né au Colorado. Est-ce que tu suis une maxime similaire ?

J’en ai des tas, des maximes… Celle-là qui me conseille de croire en moi me rappelle que je reste ma meilleure amie. J’ai essuyé des critiques avec mon roman et c’est normal. Mais j’ai une flamme, en moi, qui brûle si fort. On ne me fera pas taire !

✋ Vous êtes auteur-e? Vous souhaitez être interviewé sur ce blog? Contactez-moi!

Tag: Un questionnaire pour écrivains de fiction

blog le petit plus

Alors voici l’histoire: en découvrant l’excellent blog de C. Kean, je suis tombé sur ses réponses à un questionnaire concernant ses œuvres et son cheminement littéraire. Vous le trouverez ici, c’est une lecture intéressante.

Une de ses réponses m’a particulièrement intrigué: celle où elle évoque avoir commis en 5ème « une sombre histoire avec des chevaux qui parlent et qui devaient sauver le monde grâce à des pierres magiques. » Elle a refusé d’inclure le titre, mais je lui ai réclamé. Elle s’est engagée à me le révéler si je répondais à mon tour à ce questionnaire. Donc voilà.

Les questions originales sont signées Béatrice Aubeterre. Vous les trouverez ici. Ou alors ci-dessous:

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1ère partie : vos histoires

1 – La première que vous avez entreprise

C’était sans doute une bande dessinée. Est-ce que ça compte? On va dire que oui. Dans ce cas, c’était « La Société des Hyper-Héros contre l’Homme-Robot » – je pense que je devais avoir 6 ou 7 ans.

2 – La première que vous avez terminée (ou la plus avancée)

J’ai passé énormément de temps à écrire des centaines de scénarios de jeu de rôle, mais même si je les ai bel et bien terminés, je ne les prend pas en compte dans ce questionnaire. Du coup je pense que ma première histoire vraiment terminée, c’est mon premier roman, un polar dont l’action se situait dans les milieux de la techno, qui s’appelait « B.P.M. » Je devais avoir 22 ans.

3 – Celle sur laquelle vous travaillez actuellement

Un bouquin de fantasy qui s’intitule « Les Plaines du Cauchemar. »

4 – Celle que vous écrirez un jour

J’ai plein de projets et d’idées, mais celle qui m’enthousiasme le plus, c’est de proposer un jour à un éditeur local d’éditer un recueil de mes nouvelles. Pour cela il faut encore que j’en écrive quelques unes, et j’ai quelques idées qui me plaisent assez.

5 – Celle que vous avez abandonnée

Il y a quelques années, j’écrivais un comic strip hebdomadaire en anglais, « My Life in Flux. » Je l’ai abandonné parce que ça me réclamait trop de travail. C’est loin d’être le seul projet inachevé: j’ai laissé tomber quelques pièces de théâtre, en particulier.

6 – Celle que vous reprendrez un jour

Il y a une nouvelle que j’aimais bien, « Oeuvre et disparition de Philomène Droxler », une histoire de loups-garous borgésienne. Je la reprendrai un jour avec un œil nouveau, mais à l’époque je la trouvais un peu barbante à écrire.

7 – Celle qui vous a pris le plus de temps à écrire

Oh, c’est sans doute mon premier roman édité (en deux tomes) « Merveilles du Monde Hurlant. » Entre l’écriture, la réécriture, la ré-réécriture, les souhaits de l’éditeur et la ré-ré-réécriture, ça s’est étalé sur près de trois ans, je crois.

8 – Celle qui vous a pris le moins de temps à écrire

J’ai écrit des contes pour mes enfants en une demi-heure, mais je citerais surtout mon roman « B.P.M » que j’ai écrit en deux semaines pendant une session d’examens universitaires.

9 – Celle dont avez le plus honte 

Elles sont là, quelque part, il suffit de savoir les trouver.

10 – Celle dont vous êtes le/la plus fier/fière

Probablement mon premier livre publié « Merveilles du Monde Hurlant: La Ville des Mystères » (c’est évident) ou ma pièce « Gueules d’enterrement » qui a été jouée: c’est un des plus agréables moments de ma petite vie d’auteur.

2ème partie : vos personnages

11 – Celui que vous aimez le plus

La protagoniste de mes romans de fantasy, Tim Keller. Elle ne me ressemble absolument pas, tant mieux pour elle. Elle est surtout rigolote à écrire: elle agit avant de réfléchir, ne se laisse jamais marcher sur les pieds, est très liante mais pas très douée pour jauger les êtres – elle se plante souvent.

12 – Celui que vous aimez détester

Un des personnages des bouquins que j’écris en ce moment, Briselâme. Elle est l’incarnation du détachement et de la passivité, ce qui est agaçant pour les personnages qui l’entourent, mais jubilatoire pour l’auteur.

13 – Celui que vous écrivez le plus facilement

C’est probablement Tim. Je la suis depuis plus de mille pages, à ce stade elle vit dans un tiroir caché dans ma tête.

14 – Celui qui vous donne le plus de fil à retordre

Il y a un personnage de mes romans qui s’appelle Armaga, une sorte de geek, qui est passé d’une relecture à l’autre par des personnalités très différentes, avant que je me fixe sur quelque chose. Je ne suis toujours pas complètement satisfait.

15 – Votre meilleur héros / protagoniste

C’est sûrement encore cette chère Tim, mais pour changer, je citerai le héros de mon comic-strip, Cui-Cui, l’oiseau dépressif.

16 – Votre meilleur méchant / antagoniste

Meznic, le Brumissaire de Wurmaaz, un assassin très bien éduqué, mort trop tôt, hélas.

17 – Votre couple préféré

Il y a un couple de mercenaires dans « Merveilles du Monde Hurlant », Siméon et Ermengarde Sicard, deux êtres violents, cupides et amoraux mais qui s’aiment d’un amour sincère.

18 – Votre meilleure histoire d’amour

J’aime bien l’histoire d’amour que je suis en train d’écrire dans mon roman en cours, un chassé-croisé amoureux entre Tim et un autre personnage qui va rester non-identifié parce qu’il vaut mieux éviter les spoilers.

19 – Celui que vous avez tué avec regret

Meznic (voir ci-dessus). En fait, je ne regrette pas de l’avoir tué (il n’était plus utile) mais je regrette qu’il soit mort (il était amusant).

20 – Celui que vous avez renoncé à tuer

Armaga vient d’échapper à la mort qui figurait pourtant noir sur blanc sur mon plan, il y a à peine deux chapitres. Même savoir s’il doit vivre ou mourir, j’en suis incapable!

3ème partie : scènes diverses

21 – La plus drôle 

J’aime bien ce monologue extrait de ma première pièce, que je reproduis ici dans son intégralité parce que au fond pourquoi pas:

Maurice Leboeuf est né il y a 43 ans dans un petit village insignifiant, au sein d’une famille tout aussi insignifiante. Papa travaillait comme manutentionnaire dans une fabrique de semelles anti-odeurs. Maman s’occupait du ménage, de Maurice et d’un nombre indéterminé de ses frères et sœurs. Le soir, la famille se regroupait devant la télévision, avant d’aller se coucher à 22 heures précises. Le matin, tout le monde se réveillait à 7 heures précises. Ils ne lisaient pas de livre, ne pratiquaient aucun sport, ne maîtrisaient aucune langue – pas même la leur – et ne se faisaient pas d’amis. Aucun d’entre eux n’avait d’aspiration particulière, aucun d’entre eux ne présentait la moindre curiosité, et tous se félicitaient chaque jour d’être restés absolument identiques à ce qu’ils étaient le jour d’avant. Quand il était petit, dans une passagère poussée d’excentricité, Maurice rêva quelque temps d’être réparateur de machines à laver. Tous les membres de la famille se méfiaient de la nouveauté, et trouvaient que les habitants de la rue d’à côté avaient des mœurs bizarres… En grandissant Maurice Leboeuf eut un parcours absolument ordinaire à l’école, ne laissant aucune trace ni dans la mémoire de ses professeurs, ni dans celle de ses camarades. On ne lui connaît ni amis, ni liaisons sentimentales, ni passions, si ce n’est une participation épisodique à un club d’amateurs de trains électriques… Il échoua on ne sait comment dans notre entreprise, où, promu par une série de responsables qui refusaient de prendre la responsabilité de le renvoyer, il échoua au bureau de Coordination et Harmonisation, une structure qui avant son décès ne comptait que deux employés, dont les activités restent mal définies et la raison d’être nébuleuse. La théorie la plus probable étant que ce bureau est né suite à une faute de frappe dans un rapport d’activité annuelle… Quoi qu’il en soit, Maurice continua pendant quelques années à fournir au sein de cette structure une quantité de travail négligeable pour un résultat insignifiant. Et maintenant il est mort.

22 – La plus triste 

Dans « Les Plaines du Cauchemar » quand Machine a tué Machin alors que c’étaient fondamentalement deux personnes tout à fait recommandables, simplement victimes des circonstances, j’ai trouvé ça plutôt triste.

23 – La plus épique 

Une scène d’abordage dans le prochain livre à paraître, « Merveilles du Monde Hurlant – La Mer des Secrets. » Il y a deux bateaux, un kraken en métal, des îles volantes, et la mer qui n’est pas toujours liquide. Très modestement, je trouve la scène assez cool.

24 – La plus difficile à écrire

La scène où Tim rencontre deux des personnages principaux de « La Ville des Mystères » que j’ai réécrite intégralement plusieurs fois. Je compte en faire un jour un billet sur mon blog parce que c’est un joli cas d’école pour comprendre les enjeux de la relecture.

25 – La plus facile à écrire

L’autre jour, j’ai écrit une scène d’amour assez torride, avec des dirigeables en flammes en bonus, et ça a été remarquablement facile à faire. Mais je n’ai jamais de difficultés à prendre la plume.

26 – Votre meilleure scène d’action

Il y a une jolie scène d’action dans « La Ville des Mystères » où Tim est piégée dans une cellule sombre et quelqu’un vient la sauver, en s’attaquant au préalable à ses gardes. Tout ce que le lecteur en capte, c’est ce que Tim peut entendre et ce qu’elle s’imagine qu’il est en train de se passer. J’ai trouvé que ça marche assez bien.

27 – Votre meilleure scène d’amour

Il y a une scène d’amour très amère dans ma nouvelle « Le Couleuriste » que j’aime beaucoup.

28 – Votre meilleure description

Oh, ce n’est pas la meilleure, et qui sait si je vais la garder, mais elle est tellement amusante. Elle est dans « Le Désert de l’Étrange. » Tiens, lis-la si tu veux:

Toutes les personnes qui vivent ou qui ont vécu à proximité d’un lac vous le confirmeront : les lacs nous observent, nous toisent, à la manière de créatures vivantes, comme si ces étendues d’eau calme étaient capables d’épier ceux qui les approchent, de s’inquiéter de leurs faits et gestes et de porter sur eux un jugement, et dans ce domaine, comme tant d’autres, le lac Skavi, sur les berges duquel s’étendait la ville de Reiksraad, ne faisait pas exception, bien au contraire, avec ses flots tantôt gris, tantôt beiges, tantôt d’un bleu à jalouser la mer, surface faussement tranquille qui se fait le reflet des errements du ciel ainsi que toutes nos interrogations humaines, présence mystérieuse dont on ignore si elle agit à la manière d’une mère aimante ou d’un dieu muet, jaloux de nos passions, tant et si bien qu’à force de se mirer dans ce miroir terne, on en viendrait presque à oublier l’énigme qui se loge sous la surface, la vérité de ses eaux profondes et glaciales, de son socle de boue et de marne glauque où croupissent, là, tout en bas des ténèbres, des poissons blêmes et immobiles, rancis par la cruauté, souvent aveuglés, difformes, bouffis par une existence trop éloignée du soleil et dont les êtres de la surface préfèrent prétendre qu’ils n’existent pas, au profit d’une faune plus rassurante faite de perchettes zébrées, de carpes bitumineuses qui peuplent les fonds sablonneux et d’essaims de poissons-mouches, auxquels répondent, sur le film des vagues, des alignements d’oiseaux d’eau, de grèbes, harles et canards, mais aussi d’octopées algaires qui flottent à la surface en attendant d’attraper au passage des goujons imprudents dans leurs tentacules de lierre, sans oublier les mouettes grises qui survolent les jonques des pêcheurs en ricanant de leurs efforts quotidiens pour hisser leurs lourds filets à bord et trouvent dans le fracas matinal des bateaux des marchands qui quittent le port de la capitale impériale un support idéal pour se reposer les pattes, à l’heure où les péniches croisent silencieusement au large des vieux quais Nord, leurs cales remplies de houille, de bois de construction ou d’outres pleines de lait d’écrevache, et c’est d’ailleurs ainsi chaque jour depuis aussi longtemps que les bateliers s’en souviennent dans cette Reiksraad, ville née autrefois d’un rêve séculaire, celui d’incarner le pouvoir impérial jusque dans la plus maigre de ses ruelles, avant d’être bâtie par décret au son des coups de fouets et à la sueur des esclaves et des petites gens, cette capitale installée sur la rive de ce lac circulaire et qui a fini, par bien des aspects, à lui ressembler toujours davantage et à adopter la même attitude de contemplation hautaine et d’hostilité tranquille, comme si ces eaux ternes avaient fini par la contaminer, s’insinuant dans le pavé de ses rues, le gris-vert de ses façades de molasse, dans les chambranles de ses portes, le fracas de ses usines, le dessin de ses avenues arrogantes, dans cette odeur de moisi qui se propage à proximité du port quand le vent monte des rives, dans les accents hautains des habitants qui fréquentent le marché aux poissons et ne cherchent même plus à marchander les prix, bien trop fiers pour s’abaisser à se quereller pour une poignée d’écailles brillantes, mais qui y restent fidèles malgré tout parce qu’entre les étals ils peuvent se croiser, se mêler, tous, jeunes ou vieux, riches ou pauvres, et surtout se juger, s’évaluer, bâtir par petites briques de mépris la hiérarchie invisible sans laquelle rien n’existerait dans cette cité où tout le monde ne souhaite que grimper marche après marche, toujours un peu plus haut en direction du pouvoir, jusqu’à – pourquoi pas ? – la berge de l’île de la Matre où les attendent les parvis étincelants des palais royaux et impériaux, et peut-être avec elle, la gloire et les bras accueillants de l’Histoire, celle qui, ici, enivre chacun, fait reluire chaque pierre, inspire chaque chanson et vient, en ce début de soirée, se refléter dans les pupilles d’un jeune homme nommé Matyas Keller.

29 – Votre meilleur dialogue

Dans ma pièce de théâtre « Bourbine »: Hugo angoisse avant son mariage et il se met à dialoguer avec trois voix qu’il entend dans ses rêves. Voici un extrait. J’aime assez l’idée:

PREMIERE VOIX : Je suis la première voix.

DEUXIEME VOIX : Je suis la deuxième voix.

TROISIEME VOIX : Je suis la troisième voix.

HUGO : Eh bien on est bien avancés.

PREMIERE VOIX : Nous sommes venus t’annoncer une grande nouvelle… qui concerne ton avenir…

HUGO : Et si vous parlez dans le désordre, comment on sait quelle est la première voix ? Vous changez la numérotation ou quoi ?

DEUXIEME VOIX : Nous ne parlons jamais dans le désordre.

HUGO : C’est une solution.

TROISIEME VOIX : Est-ce que tu vas finir par écouter ce que nous avons à dire ?

HUGO : Ça dépend de deux choses.

PREMIERE VOIX : Nomme-les !

HUGO : Premièrement – vous êtes des voix dans ma tête, c’est ça ? Je dors et je fais un rêve ? Jusqu’ici j’ai bon ?

DEUXIEME VOIX : Si ça t’aide à nous écouter, alors oui, on va dire que c’est ça.

HUGO : Oui, je dois avouer que ça m’aide.

TROISIEME VOIX : Quelle est la deuxième chose ?

HUGO : La quoi ?

TROISIEME VOIX : La deuxième chose dont tu voulais nous parler avant de nous écouter.

HUGO : Tiens, la troisième voix a parlé deux fois de suite.

PREMIERE VOIX : C’est une petite nouvelle… Parfois elle se trompe et elle n’attend pas son tour de parler…

TROISIEME VOIX : Non mais je voulais juste répondre à sa question.

PREMIERE VOIX : Tu t’égare, troisième voix… Tu t’égare… Revenons à nos moutons.

30 – Votre meilleure introspection

Dans ma nouvelle « Une découverte (suivie d’une autre découverte) »: quand le protagoniste décide finalement de parler à son père (décédé).

Critique mon roman, gagne une nouvelle

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Si vous postez une critique de mon roman, je vous envoie une nouvelle inédite. Ça vous tente?

Les auteurs aiment savoir ce que les lecteurs ont pensé de ce qu’ils ont écrit. Un roman ne vit que parce qu’on en parle.

Vous avez lu « Merveille du Monde Hurlant: La Ville des Mystères« ? Le livre vous a plu? Si le cœur vous en dit, postez quelques mots (ou quelques phrases) au sujet du roman sur le web, afin, peut-être, de donner envie à d’autres lecteurs de le découvrir.

Sur Amazon 
Sur Babelio 
Sur Booknode 
Sur Goodreads 
Sur un blog, sur le mur de votre immeuble, ou n’importe où ailleurs.

Si vous l’avez fait et que vous me le signalez, je vous enverrai une petite histoire, « La jeune fille et le mort », qui se situe dans le même univers et évoque le passé d’un des personnages.

Merci d’avance! 😉

Qu’est-ce qu’une histoire?

blog histoire

Plus d’une dizaine de billets déjà dans ce blog et je n’ai même pas encore commencé à parler de l’écriture proprement dite. Nous avons abordé plusieurs questions liées à l’inspiration et à la naissance des idées, mais nous n’avons pas encore pris la plume.

Rassurez-vous, on y vient… prochainement.

Pour le moment, il nous reste une question à aborder. Une question qui est, vous allez le voir, plutôt fondamentale pour qui souhaite écrire de la fiction, puisqu’il s’agit de « Qu’est-ce qu’une histoire ? »

Vous souhaitez écrire ? Vous pensez avoir une idée qui vous motive suffisamment pour prendre la plume ? Commencez par la rédiger. Une phrase ou deux, pas plus, couchez-là sur le papier et réfléchissez-y. C’est ce qu’on appelle « l’argument » ou « le pitch » : un résumé en une phrase des enjeux et du contenu du récit que vous avez en tête. Est-ce intéressant ? Est-ce que cette phrase donne envie d’en lire davantage ? Est-ce que c’est original ? Pouvez-vous y ajouter ou en retirer quelque chose pour l’améliorer ?

Vous pouvez utiliser votre pitch comme boussole pour retrouver le cap

Une fois que vous en êtes satisfaits, c’est très bien : vous avez votre pitch. Il va vous servir à ancrer tout votre travail d’écriture, et vous pourrez l’utiliser comme boussole pour retrouver le cap quand votre muse vous aura emmené au loin, hors de la vue de l’histoire que vous souhaitiez raconter (oui, ces choses-là arrivent plus souvent que ce que l’on pense).

« Un pantin menteur qui marche et qui parle échappe à son créateur et vit des aventures dans le but de devenir un vrai petit garçon » : c’est l’argument de « Pinocchio. » Pouvez-vous résumer l’histoire que vous avez en tête en si peu de mots ? Parvenir à le faire peut vous aider à clarifier vos idées et à comprendre plus précisément l’histoire que vous êtes réellement en train de raconter.

Pour compléter votre pitch, même si ce n’est pas une obligation, songez à formuler un thème. Un seul mot peut suffire, ou une courte phrase. C’est cela qui va guider vos choix en ce qui concerne la signification profonde de votre roman, le message que vous souhaitez faire passer. Dans le cas de Pinocchio, le thème, c’est tout simplement la nature de la vérité. Nous parlerons des thèmes un peu plus en profondeur dans un prochain billet.

L’étape suivante consiste à produire un résumé. En deux mots, racontez toute votre histoire, du début jusqu’à la fin, en mentionnant tous les personnages principaux et tous les points forts de l’intrigue. Idéalement, il ne faut pas que cela dépasse une page. Ce document est précieux : il va vous servir à bâtir votre plan (nous y reviendrons prochainement).

De nos jours, il est rare de trouver de la fiction dans laquelle le personnage principal ne change pas

Reste à répondre à la question cruciale que nous nous posons cette semaine : votre projet, est-ce une histoire ?

Une histoire, c’est un récit au cours duquel le personnage principal change.

Il peut s’agir d’un changement physique ou extérieur : une blessure, la mort, une métamorphose ; cela dit, en général, cela dit, il s’agit plutôt d’un changement intérieur : il apprend une leçon, il change d’opinion, il subit un traumatisme, il prend conscience d’une de ses failles, il fait un constat décisif sur le monde qui l’entoure, etc… et en général, tout cela est lié au thème central que l’auteur aura sélectionné.

De nos jours, il est bien rare de trouver de la fiction contemporaine, que ce soit dans les livres, au cinéma, à la télévision, dans laquelle le personnage principal ne change pas. C’était davantage le cas autrefois, en particulier dans les récits mettant en scène un personnage récurrent : dans les histoires de Sherlock Holmes ou de Conan le Cimmérien, le protagoniste ne progresse pas, et il est rare que les aventures qu’il vit laissent des traces durables sur sa personnalité. Dans ces récits, le changement est exclusivement extérieur, et presque anecdotique : une énigme est résolue, un péril est évité.

Il est à relever que de nos jours, lorsque l’on entreprend d’adapter des œuvres de ce genre, on s’arrange pour y ajouter une dose supplémentaire de développement du personnage. Ce n’est d’ailleurs pas uniquement pour se plier aux modes du moment ou, comme on l’entend parfois, pour injecter du « soap opera » dans des genres qui n’en avaient pas besoin. En réalité, le changement est l’ingrédient essentiel à l’équilibre d’une histoire.

« Pourquoi diable est-ce qu’on m’a raconté cette histoire? »

Lorsque l’on est auteur, ce qui peut arriver de pire, c’est qu’un lecteur parvienne à la fin de votre livre en se disant « Pourquoi diable est-ce qu’on m’a raconté cette histoire ? » Il peut arriver en effet qu’en refermant un livre, on soit saisi d’un sentiment de flottement, ne comprenant pas très bien quels pouvaient être les enjeux du récit, comme si rien de tout ce qu’on a lu n’avait d’importance.

En règle générale, on ressent cette confusion quand le personnage principal n’apprend rien, ne se transforme pas, ne subit aucun changement. On est amené alors à se demander, explicitement ou non, pour quelle raison c’est cette partie de sa vie sur laquelle on s’est concentré, plutôt qu’une période de changement, par nature plus essentielle.

Les moments de transformation ne sont pas nombreux dans une vie, ce sont ceux qui sont les plus déterminants pour forger le caractère et pour trouver sa place au sein de la société, et ce sont de plus les périodes qui sont thématiquement les plus riches et émotionnellement les plus mouvementées : bref, une histoire, c’est le récit d’un changement, et un changement, c’est un bon point de départ pour une histoire.

A l’inverse, un récit où le personnage est parfait dès le départ, n’apprend aucune leçon, ne souffre pas de manière significative, ne rencontre personne de marquant, et vient au bout de ses embûches sans sacrifice et en restant le même qu’il était au début, ça n’est pas réellement une histoire. L’expression qui convient pour qualifier ce genre de récit, c’est « une perte de temps. »

Atelier : Dans les livres, les films, et autres histoires que vous découvrez, demandez-vous dans quelle mesure le personnage principal change (même question pour les personnages secondaires). Si vous avez un projet de livre, est-ce que vous avez prévu que le protagoniste connaisse une transformation ? De quel ordre ?

Se presser le citron

blog citron

Dans un billet précédent, j’ai décrit la technique du livre de démarrage, qui permet de débloquer la situation quand on a l’impression que tout ce qu’on écrit sonne faux. Mais que faire quand on subit un autre type de blocage : celui qui survient quand on sèche complètement et qu’on ne parvient pas à avoir d’idées qui nous séduisent et nous permettent d’avancer ? Là aussi, il existe des astuces.

Oui, pour avoir des idées, le mieux est de s’astreindre à une certaine discipline et à les noter au fur et à mesure, comme on a déjà eu l’occasion de le voir. La créativité est un jardin qui pousse mieux quand on l’entretient un minimum.

Cela dit, nous ne sommes pas des robots, et parfois, même avec la meilleure volonté du monde, on en arrive à un blocage. La volonté d’écrire est là, les phrases s’enchaînent sans difficultés, on est plutôt satisfait de ce qui sort de notre plume, mais soudain, on se met à buter sur une difficulté d’un autre type : pour avancer, on a besoin d’une idée, qui – la petite coquine – refuse de venir.

Heureusement, l’esprit humain peut être amadoué

Même en planifiant un roman, même en ayant une idée claire de sa structure et de ce qu’on souhaite y voir figurer, on finit fatalement par en arriver à des passages où nos idées sont moins claires, ou par découvrir que ce que l’on avait planifié depuis le début ne fonctionne en fait pas du tout. C’est là qu’on a besoin d’une idée : une phrase, une scène, un personnage, un coup de théâtre, n’importe quoi qui puisse nous mettre sur de bons rails.

Ces choses-là, hélas, ne se commandent pas. Avoir besoin d’une idée sans être capable d’en trouver peut provoquer un blocage durable, générer énormément de frustrations, et même, dans les pires des cas, précipiter l’abandon d’un projet.

Heureusement, l’esprit humain peut être amadoué afin qu’il fournisse des idées plus facilement. Pour y parvenir, il suffit de le stimuler d’une manière inattendue, de le forcer à changer sa perspective. On ne peut pas tout à fait se presser les méninges comme un citron, hélas : sans changer de cadre, sans briser sa routine et en fixant l’écran de l’ordinateur pendant des heures, il est peu probable que l’idée salvatrice survienne d’elle-même.

« 51 idées pour avoir des idées »

Il y a quelques années, j’avais composé pour le site d’une amie ce texte intitulé « 51 idées pour avoir des idées. » Il s’agit d’une liste de petits exercices destinés à prendre notre cerveau par surprise afin de le forcer à sortir des sentiers battus de son imaginaire. J’en ai moi-même testé quelques-unes avec un certain succès :

Imagine que tu te rases les cils. Taille les crayons d’un ami. Joue avec un enfant ou avec un chien. Passe soixante secondes sans penser au sexe. Retire tes chaussures ou enfile des gants. Invente un mot de passe pour te connecter à la réalité. Construis un avion en papier. Mets-toi à plat ventre et prie. Dessine le portrait d’un passant. Salis un objet précieux. Parle beaucoup trop lentement. Viole une loi ou un commandement. Prétends que l’univers est une serrure. Fais plus de bruit que raisonnable. Change la couleur de quelque chose. Mets-toi en colère. Pense à trois mots qui riment. Ferme les yeux et fonce contre un mur. Parle comme Tintin. Fais quelque chose qui diminue temporairement ton niveau de solitude. Baille. Réalise que ton esprit peut contenir tous les dieux et tous les démons. Mets de l’ordre dans ton porte-monnaie. Ecoute attentivement le timbre de ta propre voix. Offre un livre à un inconnu. Tousse comme si tu étais malade. Écris ton nom de ta main la moins habile. Souviens-toi de la voix de quelqu’un qui est mort. Sors et cours. Prend une photo de ta poignée de porte. Pense à l’océan en entier et à tout ce qu’il contient. Pince une partie de ton corps que tu n’as jamais pincée. Sois un loup. Fais semblant d’être heureux. Invente-toi un sixième sens. Rappelle-toi un endroit auquel tu n’as plus pensé depuis des années. Prends une douche pendant dix-sept secondes. Mets un objet dans ta bouche et récite un proverbe. Associe une couleur à chaque chiffre de 0 à 9. Déplie quelque chose qui est plié. Ecoute une chanson que tu détestes. Jeûne. Prononce un mensonge à haute voix. Touche quelque chose d’inattendu avec tes pieds nus. Visualise l’endroit où tu te trouves avec les yeux d’une fourmi. Pense à quelque chose qui pourrait te faire pleurer. Mouille tes mains. Demande-toi comment ont été fabriqués les objets qui t’entourent. Joue aux échecs contre toi-même. Identifie chaque source de bruit autour de toi. Agis comme si tu étais sur une île.

Oh, pour faire certaines de ces choses, il ne faut pas avoir peur du ridicule, c’est certain. Mais en suivant l’un ou l’autre de ces conseils, l’imaginaire devrait éclore comme une fleur. Considérez qu’il s’agit d’une forme de gymnastique destinée à stimuler la créativité plutôt que le corps et dites-vous que ce n’est pas pire qu’enfiler un jogging et de faire le tour du quartier. Et au pire, ça vous fera une expérience rigolote à raconter : « Ah, je me souviens de la fois où j’ai pris une douche de dix-sept secondes en suivant les conseils étranges d’un blogueur… »

Atelier : cherchez quelques idées pour avoir des idées qui ne sont pas sur la liste. Et sinon, avez-vous développé des systèmes pour réveiller votre imaginaire ? Faites-nous en profiter en laissant un commentaire.