La Mer des Secrets: la suite

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Avec la parution de « La Mer des Secrets », dont j’ai eu l’occasion de parler sur ce blog ces dernières semaines, l’histoire de « Merveilles du Monde Hurlant » arrive à son terme. Comme nous avons eu l’occasion de l’évoquer ici, la parution du roman était planifiée en deux volumes, pas plus. D’ailleurs, lors des salons, au fil des mois, j’ai eu l’occasion de convaincre pas mal de lecteurs de tenter la lecture de mon histoire en les assurant qu’il ne s’agissait pas d’une interminable saga, et qu’à la fin du second tome, l’histoire de Tim Keller arriverait à son terme.

Et je n’ai pas menti : oui, « Merveilles du Monde Hurlant », ce roman en deux volumes que j’ai écrit sous le titre « Mangesonge », s’achève bien avec le dernier chapitre de « La Mer des Secrets. » L’histoire y trouve une conclusion satisfaisante, qui pourrait très bien être définitive, et il n’y a pas vraiment de mystères irrésolus ou d’intrigues secondaires qui appellent à une suite. Si on souhaite s’arrêter là, on peut très bien le faire.

Mais pas moi. Dès le départ, « Mangesonge » était conçu comme le premier roman d’une trilogie. On y faisait connaissance avec Tim Keller à l’âge de seize ans, avant de la retrouver à vingt ans dans « Briselâme » et de prendre congé d’elle à vingt-quatre ans dans « Crèvecorps. » Cette série, je l’avais baptisée « Merveilles du Monde Hurlant. » Un titre qui a désormais été appliqué au premier acte uniquement.

À présent, toute cette nomenclature est abandonnée, mais pas mes projets initiaux. D’ailleurs, le deuxième volume de la série est presque complètement écrit. Il s’appellera très vraisemblablement « ??? du Monde Hurlant » ou quelque chose comme ça et paraîtra en un seul volume (mais un volume malgré tout divisé en deux parties, « Le Désert de l’Étrange » et « Les Plaines du Cauchemar. »)

Malgré le succès de « Merveilles du Monde Hurlant », les Éditions du Héron d’Argent ne souhaitent pas s’empêtrer dans la parution d’une série au long cours, ce que je comprends très bien. Quant à moi, j’ai beaucoup de plaisir à rencontrer mes lecteurs, mais les salons m’éloignent de ma famille et me coûtent de l’argent – je ne compte pas faire ça jusqu’à la fin de mes jours. Le prochain roman paraîtra donc probablement en ligne, de manière confidentielle, et si j’ai quelques dizaines de lecteurs plutôt que quelques milliers, ça me convient.

Cela dit, mon but est de faciliter la vie des lecteurs. Cette suite constituera une lecture complètement indépendante : il ne sera pas nécessaire d’avoir lu les romans originaux pour comprendre ce qui s’y passe. Idéalement, on devrait pouvoir lire les trois romans dans n’importe quel ordre. On peut comparer ça aux trilogies Star Wars, qui peuvent être vues dans le désordre sans que l’on tombe sur des éléments incompréhensibles. Idéalement, les lecteurs de « Merveilles du Monde Hurlant » devraient trouver des éléments familiers dans la suite, et apprécier l’évolution des personnages. Quant à ceux qui ne connaissent pas les livres parus au Héron d’Argent, ils pourront entamer leur lecture par le nouveau roman sans que ça les gêne.

Tout cela est de la musique d’avenir : l’actualité, c’est la parution de « La Mer des Secrets .» Sa suite est bien avancée, mais elle va nécessiter énormément de réglages fins, et sa parution ne presse absolument pas. Quant au troisième et dernier tome, il existe sous formes de notes, quelque part dans mon ordinateur.

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L’interview: Amélie Hanser

Elle écrit ses premières histoires à l’âge de huit ans, puis finit par donner naissance à une trilogie de fantasy en attendant de se lancer dans d’autres défis littéraires. Amélie Hanser me fait l’honneur de répondre à mes questions cette semaine.

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Tu as signé une saga de fantasy en trois tomes, intitulée « La Terre des Héros. » Est-ce que tu l’as toujours envisagée comme une trilogie ?

Pas vraiment. En réalité, j’ai commencé cette histoire quand j’étais au lycée, surtout pour moi. Je n’avais aucune idée de ce que j’allais en faire, j’écrivais comme un loisir. Au début, elle devait se terminer après la bataille du tome 1. J’avoue avoir été très étonnée d’arriver à la 100e page et de me rendre compte que ça ne suffisait pas. Au fur et à mesure du temps, et surtout de mes études, l’histoire s’est étoffée et surtout complexifiée. Lorsque j’ai réalisé qu’un tome ne me suffirait pas, j’ai pensé à une trilogie.

Depuis combien de temps cette histoire mûrit en toi ?

J’avais déjà la trame de cette histoire en tête durant mon adolescence, mais elle se déroulait dans un univers de Science-fiction. Finalement, j’ai commencé cette histoire en 2005, soit il y a 13 ans maintenant. Il faut croire que je ne suis pas rapide. En réalité, il s’agit surtout de la trame générale, car l’histoire a beaucoup changé. En 2013, j’ai complètement remanié mon univers et changé le nom de pratiquement tous les personnages principaux.

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« La Terre des héros » s’axe sur des motifs classiques de la fantasy. Est-ce une volonté de ne pas brusquer le lecteur ?

Là encore, je n’ai pas réfléchi à tout ça avant, puisque « La terre des héros » devait rester privée. J’ai écrit comme ça venait, sans préméditation. À l’époque, il y avait même des nains, des elfes et des orques. Depuis, j’ai repensé l’histoire et surtout l’univers. La trame du tome 1 Héritage peut paraitre classique, mais la trilogie prend plus de personnalité dans les deux suivants.

Passionnée d’histoire, tu es détentrice d’un master en histoire des religions. Quelle place cette spécialisation occupe-t-elle dans ton œuvre littéraire ?

Une grande place. Le concept même de l’univers provient d’un motif récurrent dans les religions antiques, celle d’une terre qui accueille les héros valeureux. Cette terre est le Valhalla des uns, les Champs Élysée des autres, etc. Les héros qui ont peuplé ce monde ont conservé leur religion et leurs rites. J’insère aussi dans mon récit des lais qui reprennent certains mythes. La religion est une part importante d’une civilisation et a longtemps conditionné tous les domaines de la vie des hommes, de l’alimentation à l’art. De plus, les religions possèdent beaucoup des points communs entre elles, et c’est ce que je veux illustrer dans ma trilogie.

« Les histoires que nous aimons vivent en nous pour toujours », a dit JK Rowling. Quelle trace aimerais-tu laisser dans les mémoires de tes lecteurs ?

Qu’ils m’adulent ! Non plaisanterie à part, laisser une trace est déjà une bonne chose. Et si c’est positif, c’est encore mieux. Je souhaite avant tout qu’ils passent un bon moment, car c’est le but premier de la lecture.

Tu es attachée à une saine représentation des genres, des ethnies et des orientations sexuelles en littérature. Pourquoi, à ton avis, les littératures de l’imaginaire ont-elles du retard dans ce domaine ?

J’ai justement écris un article sur ce sujet (« Auteurs, pensez à la diversité »). Oui, sans forcément le vouloir, les littératures de l’imaginaire reprennent souvent des motifs répétitifs qui deviennent à la longue discriminants. Je ne pense pas que cela soit volontaire, comme l’image de la femme qui oscille entre demoiselle en détresse, guerrière farouche presque nue ou encore servante. On retrouve cela autant chez les auteurs que les autrices.

En ce qui concerne l’orientation sexuelle ou l’origine ethnique, je pense que les auteurs ne se posent pas forcément la question de mettre un personnage homosexuel ou non caucasien. La fantasy n’est pas épargnée, même si la présence de différentes peuplades donne parfois une illusion de diversité. En même temps, il ne faut pas se servir d’une quelconque « particularité » pour caractériser un personnage. Il faut donc trouver le juste milieu et rendre l’information utile à l’histoire.

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Tu prévois d’écrire dans plusieurs genres différents. Pourquoi commencer par la fantasy ?

Je préfère dire que ce sont les histoires qui me trouvent plutôt que l’inverse. J’ai eu cette idée de roman qui est de la fantasy, les autres qui me sont venues sont du genre historique. Peut-être qu’un jour j’écrirais de la science-fiction, je ne sais pas.

Sur quels genres vont porter tes prochains projets ?

Les idées du moment appartiennent surtout au roman historique. La prochaine sera une romance durant la Première Guerre mondiale, j’ai aussi un projet en grandes lignes sur la chute de l’Empire romain.

Une bonne partie des salons et des éditeurs spécialisés dans les littératures de l’imaginaire sont en France ou en Belgique. Est-ce un handicap d’être basée en Suisse ?

En quelque sorte, oui. Je trouve la Suisse un peu fâchée concernant la mise à disposition des informations sur internet. Il n’est pas évident de trouver un salon et encore moins de connaitre les conditions pour s’inscrire en tant qu’auteur. De plus, la question de la langue ampute géographiquement le lectorat suisse potentiel. Il faut aller dans des salons de pays voisins et ce qui engendre des frais supplémentaires (hôtels, essence, etc.)

L’autoédition, dans ton cas, est-ce une volonté ou as-tu tenté d’approcher des éditeurs avec ton manuscrit ?

Dans un premier temps, j’ai envoyé mon manuscrit à plusieurs maisons et ai même signé un contrat. Mais la maison d’édition a fermé et j’ai récupéré mes droits. J’aurais pu continuer à démarcher, mais j’ai décidé de m’autoéditer pour essayer de voir ce que j’arrivais à faire.

Et qu’est-ce que tu es arrivée à faire? Tu es satisfaite de ta démarche?

S’auto-éditer n’est pas une question de facilité, bien au contraire. Il faut pouvoir présenter un livre qui a tout d’un édité, en ayant tout fait tout seul. La première fois, plusieurs fautes m’avaient échappé. J’ai dû rééditer le tome un mois après pour corriger mon erreur. Il faut aussi se renseigner sur la législation, la communication ou les canaux de distribution. Pour réussir sa démarche, il faut aussi reconnaitre ses propres limites. Dans mon cas, après avoir tenté de faire moi-même la couverture, je me suis rendu compte qu’il fallait que je passe par un professionnel pour qu’elle ressemble à ce que je voulais.

Aujourd’hui, je suis assez fière de m’être lancée dans cette aventure. Mes ventes dépassent largement le cercle de mes connaissances, ce qui me montre que je suis sur la bonne voie. En revanche, je ne suis pas à l’aise dans la promotion active ni dans le démarchage de librairies, là où une maison d’édition serait sans doute plus présente sur ce plan.

Existe-t-il des astuces pour écrire lorsque l’on est mère de famille ?

Profiter des siestes des enfants, et avoir un super mari qui comprend que ce soir on préfère écrire. Il faut trouver du temps par-ci par-là, ce qui n’est pas évident. Si je ne suis pas trop fatiguée, j’essaie de m’y mettre le soir, mais je n’y arrive pas toujours.

Au-delà de ça, un conseil, une suggestion à ceux qui te lisent et qui ont envie d’écrire?

Lancez-vous, ça ne coute rien. Au pire vous abandonnez et l’histoire reste dans un coin du disque dur, au mieux ça vous procure du plaisir et peut-être même de la fierté d’avoir accompli quelque chose. La question de la publication et des ventes, au final, n’est qu’un bonus.

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L’interview: Stéphane Arnier

Auteur primé de la série de fantasy « Mémoires du Grand-Automne » (dont j’ai publié une critique du premier tome), Stéphane Arnier est établi dans le sud de la France. Autoédité, Stéphane est un auteur indépendant dont vous pouvez soutenir la démarche sur tipeee-logo-com

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Tu es l’auteur des « Mémoires du Grand Automne », cycle-univers dont le premier roman est « Le déni du Maître-sève. » Depuis quand ce monde te trotte dans la tête ? Pourquoi les arbres ?

Les premières idées et notes datent de plus de 10 ans. Ce n’était qu’une graine, alors, et ça a bien poussé depuis. Les arbres ? Ce n’était pas le point de départ. Au début, je savais juste que je voulais écrire une série sur le cycle de la vie. Confronter un personnage à la fin de son existence ou à celle d’un proche n’était pas assez « fort », et l’intérêt des littératures de l’imaginaire est justement d’aller plus loin. J’ai donc eu envie de confronter carrément tout un peuple à sa « fin ». Et comme je voulais parler de mort naturelle (et non d’une mort violente et anticipée, par la guerre ou la maladie), il me fallait concevoir un univers où des peuples entiers naissaient puis mourraient. D’autres inspirations m’ont ainsi guidé vers la création d’un peuple en symbiose avec un arbre géant. Et si l’Arbre mourait ?

Tu proposes un univers riche et très éloigné des clichés de la fantasy. S’agit-il d’une volonté de se démarquer ?

Non, pas vraiment. Je pense que l’originalité ne doit pas être un objectif en soi : ce doit être la conséquence d’une manière de faire, et non une volonté de départ. J’ai été marqué par des approches méthodistes telles que celle de Truby : il propose de définir un thème qu’on a envie de traiter, et de développer toutes les composantes (univers, personnages, intrigue) à partir de cela. En travaillant ainsi, l’œuvre est forcément personnelle. En m’imposant de créer un univers lié à mon thème, je ne pouvais déjà plus copier Tolkien. Cette façon de faire oblige à faire du « sur-mesure ».

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Une fois que le cycle sera clos, te diriges-tu vers un autre univers ? Et quitter les littératures de l’imaginaire, tu y penses ?

En 2018 j’écrirai en effet le dernier tome de la série, et je pense déjà à la suite (car je sais qu’il faut beaucoup de temps pour mûrir un univers). Deux mondes bataillent dans mon esprit pour avoir la primeur du projet suivant, mais on restera résolument en fantasy. D’abord parce que c’est ce que j’aime. Ensuite parce qu’il n’est pas aisé de se constituer un lectorat, et que changer de genre revient quasiment à tout reprendre de zéro. Et puis, tout le monde milite pour les littératures de l’imaginaire ces derniers temps, non ? Bientôt nous aurons le vent en poupe, il n’est pas temps d’abandonner le navire, bien au contraire ! (rire)

Tu te définis comme un « architecte » : pour toi, la construction du récit est une étape cruciale de l’écriture d’un roman ? Reste-t-il une place pour la spontanéité ?

Oui, pour moi la structure est capitale, et fait partie intégrante du récit. Je trouve toujours étrange qu’on l’oppose aux notions de créativité et spontanéité. Premièrement, bâtir ce fameux plan nécessite déjà beaucoup de créativité et de spontanéité ! C’est comme considérer que seuls les ouvriers du BTP ou les décorateurs d’intérieurs « créent » quelque chose quand ils font une maison. Et l’architecte qui dessine les plans et conçoit la structure, n’a-t-il pas besoin de créativité et de spontanéité ? À mon sens, toute l’âme du bâtiment vient même de là !

Secondement, mon plan est mon fil d’Ariane pour ne pas me perdre, ma ligne de vie pour ne pas tomber. Il m’apporte une grande sécurité, et quand on se sent en sécurité dans son histoire, on est bien plus à l’aise pour prendre des risques et tenter des trucs. Sur mon roman en cours, j’ai changé au pied levé l’emplacement d’un affrontement, ai subitement supprimé le premier chapitre dans son intégralité, ou changé le sexe d’un personnage majeur en cours de route. Un plan, c’est juste un guide, un repère mûrement réfléchi pour ne pas être pris au dépourvu. Ce n’est pas une prison, puisque c’est vous qui le créez.

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Comment parviens-tu à concilier la fantaisie nécessaire aux littératures de l’imaginaire avec cette rigueur d’architecte ?

Croire que les deux s’opposent serait confondre fond et forme. Je suis très classique dans mes structures narratives, quasi scolaire dans ma construction des récits et ma gestion des rythmes, et pourtant tout le monde salue l’originalité de mes histoires… tout simplement parce que l’originalité réside plus souvent dans le fond que dans la forme. De plus, j’applique simplement ce qu’on appelle la contrainte créative : s’imposer des contraintes de fond (un thème à traiter) et de forme (une structure de récit) est un véritable tremplin pour l’imaginaire, un moteur à la créativité.

De Pixar à Stephen King en passant par Orson Scott Card, beaucoup de conseils d’écriture mettent en garde les auteurs contre les clichés, conseillent de jeter systématiquement ses premières idées. C’est le plus gros risque des auteurs jardiniers : si vous n’avez aucune contrainte et que vous vous laissez juste guider par votre inspiration du moment, neuf fois sur dix, vous ne faites que copier un truc que vous avez vu ailleurs (consciemment ou pas). De mon côté, les méthodes que j’utilise me poussent à être personnel, à produire un récit qui me ressemble et auquel je crois. Je bâtis selon des méthodes éprouvées, afin que le bâtiment soit bien solide, mais je ne me suis jamais senti bridé.

« La maturité de l’homme est d’avoir retrouvé le sérieux qu’on avait au jeu quand on était enfant », a écrit Alain Damasio. Quelle est la part de jeu dans ton écriture ?

Oh, c’est marrant que tu parles de ça, je n’ai jamais eu l’opportunité d’en parler jusqu’ici ! Le jeu est omniprésent. Comme beaucoup d’auteurs SFFF, je suis un ancien rôliste. J’ai été meneur de jeu et scénariste pour mes amis pendant plus de quinze ans, j’ai été joueur, j’ai été actif dans une association et rédacteur dans un fanzine, j’ai arpenté les conventions. La création d’univers ou l’interprétation des personnages a, pour moi, tout à voir avec le jeu. Écrire un livre, c’est un peu comme jouer à un grand jeu de rôle avec moi-même : une vaste campagne où je suis à la fois le scénariste, le meneur de jeu ainsi que tous les personnages. Je m’amuse beaucoup, et mes anciens camarades de jeu de rôle sont mes plus grands fans !

Tu es très présent et suivi sur les réseaux sociaux. Est-ce indispensable pour un auteur à notre époque ? Comment t’y prends-tu pour cultiver une audience en ligne ?

En vérité, je suis surtout présent et suivi… sur twitter. Parce que j’aime bien ce réseau et qu’il me prend peu de temps à animer (c’est du temps masqué, je peux twitter vite fait un peu n’importe quand, « vite tapé vite envoyé »). Parce que sinon, mon facebook sert très peu, et je n’envoie des newsletters que quand il y a des infos à partager. Le blog, c’est encore autre chose (on en reparle plus tard).

Est-ce indispensable ? Je ne crois pas (beaucoup d’auteurs « qui marchent » sont peu actifs sur le web), et il faut même faire attention (c’est un piège chronophage, les réseaux sociaux). Néanmoins, il me semble important que les gens trouvent facilement des informations sur un auteur ou un livre s’ils les cherchent. C’est pour cela que j’ai créé le site web, le facebook, le twitter : on me cherche, on me trouve. Cela ne va pas plus loin, et je n’ai aucune stratégie de com particulière. Ma seule « règle » est de ne pas m’éparpiller : je ne m’exprime que sur les livres, l’écriture, l’imaginaire (ce sont des comptes « auteur », pas personnels).

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Les auteurs édités de manière traditionnelle ont souvent plus de facilité à rencontrer leurs lecteurs en salon. Cela pèse dans la balance lorsqu’on fait le choix de l’autoédition ?

Ce sont des « on-dit » que je n’ai jamais pu vérifier. Je n’ai jamais eu de mal à aller sur des salons régionaux ou organiser des dédicaces en librairie près de chez moi. Peut-être est-ce plus compliqué pour les très gros salons ? Et encore : via Bookelis, j’ai dédicacé deux fois au Salon du livre de Paris. En plus, la situation évolue d’année en année, et la plupart des salons officialisent désormais des stands autoédition qui étaient avant plus ou moins officieux. Je connais des autoédités qui font 10 à 15 salons ou dédicaces par an. Moi, j’ai arrêté (trop d’heures perdues pour l’écriture).

Sur ton blog, tu dispenses de nombreux conseils d’écriture très utiles. À quel point est-ce important, de transmettre ton savoir-faire, pour toi ?

J’ai un peu honte de répondre ça, mais… ce n’est pas l’objectif du blog. Ce blog, je le tiens plus pour moi que pour ceux qui me lisent : c’est une façon de m’obliger à poursuivre mon apprentissage technique. Devoir régulièrement rédiger des articles sur la dramaturgie et la narration m’impose de faire des recherches, de lire des articles ou livres sur le sujet, d’y réfléchir pour savoir ce que j’en pense vraiment. Sans le blog, j’aurais la flemme et ne le ferais sans doute pas.

Par expérience (parce que j’ai été formateur, et même intervenant en master) je sais que la meilleure façon de maîtriser un sujet est de devoir l’enseigner à d’autres : il y a plein de choses que l’on croit savoir, et quand on cherche à les transmettre, on réalise que… eh bien en fait, non. Alors, j’ai monté ce blog, où je fais semblant de vous parler à vous, mais où je me parle surtout à moi-même : je me pose des questions, et j’essaie d’y répondre le mieux possible (c’est le côté un peu schizo de mes intros et conclusions d’articles). Avoir un lectorat externe m’oblige à la régularité, et les commentaires viennent me compléter ou me remettre en question. En plus, c’est aussi un exercice d’écriture : de l’écriture non romanesque, certes, mais de l’écriture quand même.

Bref : si j’accepte d’y passer autant de temps, c’est surtout parce que ça me fait progresser, moi. Idem pour les bêta-lectures que je réalise pour des comparses auteurs : je ne le fais pas « que » par bonté d’âme. C’est surtout parce qu’étudier les manuscrits des autres et rédiger les conclusions de mes analyses est un exercice fantastique pour progresser, et le premier pas pour réussir à prendre du recul sur ses propres textes. Je ne suis qu’un profond égoïste narcissique, j’en ai peur : tout ce qui me prend du temps doit être bénéfique à mon écriture, sinon je ne le fais pas.

Un conseil, une suggestion à ceux qui te lisent et qui ont envie d’écrire ?

Faites-le (rire).

Non, sérieusement : beaucoup de gens se prennent la tête, surtout en ce qui concerne les activités créatives ou artistiques. On parle d’angoisses, de syndrome de l’imposteur. Je ne me pose pas autant de questions : j’ai envie d’écrire, j’écris. Demain si l’envie s’en va, j’arrêterai. Vous avez envie d’écrire ? Écrivez. Si vous n’arrivez pas à vous y mettre, que vous angoissez, que c’est une souffrance d’une façon ou d’une autre, arrêtez. Mais ne culpabilisez pas : c’est OK. Faites autre chose. La vie est pleine de chouettes possibilités : faites ce que vous voulez, quand vous le voulez.

C’est une « crise de la trentaine » qui t’a amené vers l’écriture. Tu fêtes tes quarante ans cette année : un nouveau virage en perspective ?

On était obligés de parler de mon âge ? Et dire que je te trouvais sympa jusqu’ici… (rire). Nouveau virage, non : je n’étais pas heureux à 29 ans, et j’ai donc radicalement changé ma vie du jour au lendemain. En quelques années je me suis bâti une nouvelle existence, bien plus chouette, et n’ai pas l’intention d’en changer. En revanche, j’en profite pour faire un petit pèlerinage : il y a dix ans j’ai tout plaqué pour partir en Nouvelle-Zélande. J’y retourne cette année brièvement, comme un clin d’œil. J’avais déjà la graine du Grand Automne en moi avant de partir, mais c’est là-bas qu’elle a vraiment germé. De quoi se reprendre une bonne dose d’inspiration avant de clore ce cycle.

L’interview: Gen Manessen

Première interview à être publiée sur ce blog, celle de Gen Manessen, auteure autodidacte d’un roman autopublié, intitulé « Colorado Vibrato » et qui nous emmène dans les grandes plaines des Etats-Unis sur fond de romance.

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Tu présentes ton premier roman, « Colorado Vibrato », comme « une saga moderne dans le Grand Ouest américain. » Pourquoi le choix de ce décor ?

J’aime l’Ouest américain. Ses paysages et son grand ciel me parlent. Impossible de rester indifférent à sa grandeur. C’est le décor parfait pour une histoire d’amour.

Qu’est-ce qui est venu en premier ? L’amour de l’écriture ou l’amour des Etats-Unis ?

Ce sont deux amours totalement différents. J’aime raconter des histoires et il se fait que j’ai laissé flotter mon imagination avec pour toile de fond les plaines et les canyons. Je ne pense pas que je me limiterai aux USA. Ecrire n’a pas de frontières.

Tu ne vis pas là-bas. Est-ce que tu as été tentée de commencer par écrire sur des sujets qui font davantage partie de ta vie quotidienne ?

Non, je n’ai pas décidé, c’est venu comme cela. J’imagine que ma vie quotidienne ne m’inspire pas de la sorte.

Se lancer dans l’écriture d’un roman, ça réclame de la volonté et de la patience. Qu’est-ce qui t’a donné envie de t’y mettre ? Comment est-ce que tu es arrivée au bout ?

J’ai d’abord voulu écrire une nouvelle. J’ai noirci un carnet, j’ai ensuite saisi mon PC. Je me suis laissée porter. Je découvrais quelque chose que je ne connaissais pas. J’avais juste écrit des poèmes quand j’étais enfant. J’ai travaillé le soir tard et ensuite la nuit. Le matin je corrigeai les écrits de la veille. J’ai appris par moi-même, seule. Tout ce que j’ai observé m’a fait grandir. Il m’a poussé des antennes sur la tête. Je me suis mise à observer les gens et à noter çà et là des mots, des expressions. Et petit à petit mon histoire s’est étoffée.

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Ton héroïne Mona est une femme forte et passionnée. Quelle part de toi as-tu mise en elle ?

Ce n’est pas une autobiographie. Mais je suis quelqu’un de passionné… Comme elle. Elle agit souvent sans trop se poser de questions, moi aussi.

Quelle est ta définition du romantisme ?

Le romantisme ? C’est un mouvement dans l’art, je pense… Rien à voir avec un roman.

Le roman devrait comporter deux suites. Pourquoi ? Tu ne pouvais pas te résoudre à dire au revoir à tes personnages ?

Oui, j’ai été bien orgueilleuse d’annoncer deux suites. J’écris la seconde pour le moment. L’inspiration ne manque pas, mais le temps : oui !

Ton roman est auto-édité. Est-ce un choix ? A quoi ont ressemblé tes démarches pour publier ce livre ?

J’ai envoyé fièrement des manuscrits à des grandes maisons d’édition. J’ai reçu des réponses mais « je ne suis pas dans la ligne d’édition de leurs prestigieuses maisons. » Alors j’ai fait de l’auto édition.

C’est un regret?

Non. Quand on a l’habitude d’aimer  » faire différemment des autres » on ne peut pas se payer le luxe d’avoir des regrets. Ce serait trop simple…

Pourquoi avoir choisi de signer « Gen Manessen » ? Le plaisir de lire ton vrai nom sur la couverture d’un livre, ça ne te tentait pas ?

J’aime le nom d’auteur que je me suis choisi. Comme cela je n’indispose pas ma famille.

Un conseil, une suggestion à ceux qui te lisent et qui ont envie d’écrire?

Ceux qui vont lire mon roman vont découvrir qu’il est inégal mais qu’à la moitié cela se précipite et je deviens bien meilleure. Suggestion à ceux qui n’ont jamais écrit : établissez votre fil rouge et ensuite écrivez des chapitres en fonction de vos humeurs. Du triste quand vous êtes tristes et du gai quand vous êtes gai. Suivez votre élan et relisez-vous. Beaucoup. Trouvez 2 ou 3 personnes pour vous suivre et vous encourager. Cela fait du bien.

« Il faut croire en soi-même malgré les preuves contraire » a écrit Kent Haruf, auteur né au Colorado. Est-ce que tu suis une maxime similaire ?

J’en ai des tas, des maximes… Celle-là qui me conseille de croire en moi me rappelle que je reste ma meilleure amie. J’ai essuyé des critiques avec mon roman et c’est normal. Mais j’ai une flamme, en moi, qui brûle si fort. On ne me fera pas taire !

✋ Vous êtes auteur-e? Vous souhaitez être interviewé sur ce blog? Contactez-moi!

Le Fictiologue vous interviewe

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Mes amis, je viens de prendre conscience de quelque chose, et vous êtes directement concernés.

Je suis auteur et je tiens un blog spécialisé dans l’écriture, mais je suis également journaliste de profession. Cela me place dans une position particulière, et je me dis qu’il pourrait être amusant d’en tirer le meilleur parti. En deux mots: que diriez-vous si je vous interviewais?

Voici ce que j’ai en tête: vous êtes auteur-e, publié ou autopublié, ou alors vous avez simplement un premier projet d’écriture en cours. Si vous êtes intéressés par la démarche, vous pourriez vous signaler à moi, et on pourrait arranger une petite interview par écrit, sans doute via Messenger ou par mail, qui serait publiée ici, et, si vous le souhaitez, sur vos plateformes à vous.

La raison d’être de ce billet est de chercher à savoir si suffisamment de personnes sont intéressées. Si c’est votre cas, laissez-moi un message ici ou contactez moi sur mon Facebook, et s’il y a assez d’auteur-e-s qui seraient tentés, on passera ensuite à l’étape suivante. Vous pouvez en parler autour de vous si ça vous tente.

J’attends vos retours.