L’interview: Charlene Kobel

Romantique dans l’âme, Charlene Kobel a également contracté le virus de l’écriture très tôt. Et depuis 2015, année de la sortie de son premier roman, elle enchaîne les succès, s’illustrant principalement dans le genre de la romance. Elle est membre, comme moi, du GAHeLiG, le groupe des Auteurs helvétiques de littérature de genre.

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Pourquoi écris-tu ? Qu’est-ce qui est venu en premier, ton esprit romantique ou ton envie d’écrire ?

J’écris parce que j’aime ça et parce que c’est avant tout une passion ! J’ai toujours été romantique et j’ai toujours écris. Je ne saurais dire lequel est arrivé en premier…

Pour qu’une romance soit réussie, il faut qu’elle touche la personne qui la lit. Comment t’y prends-tu ?

En fait, j’écris ce que j’aimerais lire. J’aime les romances douces, celles qui peuvent être réelle où les sentiments sont omniprésents. J’ai besoin de voyager quand je lis. Le monde actuel est tellement ignoble par bien des aspects que les livres (et ma famille) me permettent de croire encore à l’Amour.

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Comment qualifierais-tu ton style ?

C’est un style très doux. Mon slogan Purement Romance reflète cette romance très pure, très douce. Je mets également beaucoup d’humour dans mes écrits. C’est important pour moi que mes personnages aient de l’humour !

Qu’est-ce qui est le plus important pour toi ? Bâtir une intrigue bien ficelée, trouver le mot juste ou inventer des personnages attachants ?

Tout ça à la fois ! Une romance aussi doit avoir une intrigue ficelée. Le mot juste, il l’est pour une personne, mais le même ne le sera pas pour une autre. C’est assez difficile à dire… Des personnages attachants… Si un roman est bien ficelé mais qu’on ne s’attache pas aux personnages, je ne pense pas que ce soit un roman réussi 🙂

« Un bon roman, ça vient d’une histoire qui tombe au moment approprié dans votre vie » a dit Guillaume Musso. Quelle part de toi y a-t-il dans tes écrits ? Dans tes personnages ?

Oh, il y a énormément de moi dans mes écrits et mes personnages. Prenez Camille du roman Camille, miss cata (malgré moi) ; elle me ressemble à son âge. J’étais insouciante comme elle, j’avais appris à me méfier des garçons et, à côté de ça, j’étais maladroite, je cumulais les bourdes et ça me faisait rire. Encore aujourd’hui, je suis miss cata !

Est-ce que le fait de devenir maman change ton approche de l’écriture ?

Oui. J’ai envie de mettre des bébés dans chaque roman tant ma fille m’inspire et me fait rire. ^^

La romance est un genre souvent codifié. Est-ce qu’il t’arrive d’avoir envie de t’éloigner des règles du genre ? Est-ce que tu pourrais conclure un livre par une fin triste ?

Non, je ne peux pas concevoir qu’une de mes romances finissent mal… Je serais obligé de faire un second tome ! xD

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Tu as également écrit des récits consacrés au harcèlement. Est-ce que tu as d’autres envies d’écriture, dans d’autres genres ?

J’ai un projet que je garde encore pour moi, mais ce sera une histoire inspirée de faits réels entre deux amies avec un point en commun qui pourrait les briser, mais au lieu de ça, elles vont s’unir encore plus qu’elles ne l’auraient imaginé…

En parlant de tes écrits, tu parles de sincérité, de pureté. Ta part de noirceur a-t-elle une place dans ton œuvre ?

Je n’ai pas de part de noirceur, voyons… 😉 Si je me suis énervée contre quelqu’un, il est possible que je crée un personnage inspiré de cette personne et que ça se passe mal pour lui… 😉

Certains considèrent que beaucoup de romances ont, dans le passé, véhiculé des clichés patriarcaux, voire sexistes. Est-ce que c’est une préoccupation lorsque tu écris ?

J’écris pour moi, pour mon plaisir. Je dois dire que je ne me prends vraiment pas la tête avec ça. Si ça plaît j’en suis ravie, si ça ne plaît pas, c’est aussi la règle du jeu 🙂

Y a-t-il des thèmes, des éléments que tu t’interdis de traiter ?

Pas vraiment. Si ! Vous ne verrez jamais un de mes personnages jouer à invoquer les esprits avec ses amis, par exemple. Ça c’est un truc que je m’interdis.

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Tu fais partie du GAHeLiG, le Groupe des Auteurs Helvétiques de Littérature de Genre. Y-a-t-il selon toi quelque chose de typiquement suisse dans ton approche de l’écriture ?

Oui ! J’aime écrire nonante au lieu de quatre-vingt-dix. Mettre des expressions de chez moi (Quand mes personnages sont Suisses). Et je vante très souvent notre pays, je l’admets. J’aime tellement les paysages qu’on y trouve et je m’y sens tellement bien…

Un conseil, une suggestion à ceux qui te lisent et qui ont envie d’écrire ?

Ne laissez jamais personne vous dire que c’est impossible ! Foncez, et vous verrez par vous-même si vous êtes fait pour cela !

 

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L’interview – Déborah Perez

Tombée amoureuse des rives du Léman, Déborah Perez a quitté sa France natale pour venir y vivre, et y cultiver une carrière de romancière. Son premier roman, « L’étoile de Lowilo », amorce une saga de fantasy. Elle est membre, comme moi, du GAHeLiG, le groupe des Auteurs helvétiques de littérature de genre.

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Tu ne viens pas d’un milieu littéraire. Qu’est-ce qui fait que tu t’es mise à écrire ?

Effectivement, je ne n’ai pas étudié la littérature et j’en suis heureuse. Dans le cas contraire, je me demande si cela n’aurait pas bridé ma créativité ou mon simple plaisir de lectrice. Avant de me lancer dans l’écriture, je jouais souvent à un jeu pour titiller l’imagination de mes amis. Lorsqu’on se promenait quelque part et que quelque chose retenait mon attention. Je leur demandais : « Imaginez que… » ou « Que feriez-vous si… ? Que se passerait-il si… ? » J’adorais imaginer des situations souvent irréelles.

Le plus vieux texte concerne l’histoire d’une héroïne, archéologue de profession qui doit débusquer un trésor au péril de sa vie. Je devais avoir onze ou douze ans et j’étais certainement influencée par les aventures d’Indiana Jones. Je me rappelle toujours ce sentiment qui s’est alors ancré en moi tandis que j’écrivais sur un cahier à gros carreaux : c’est génial de faire ses propres histoires. Hormis cette anecdote et quelques scénarios pour des films plus qu’amateurs entre amis, l’écriture est venue à moi assez tardivement. Étudiante, je me suis amusée à écrire des textes sur un forum de jeu de rôles. Ils furent bien accueillis. Je prenais beaucoup de plaisir à créer des personnages. Puis des années plus tard, après une expérience professionnelle pour le moins ennuyeuse, j’ai senti l’envie de créer. Et toutes les nouvelles opportunités professionnelles qui s’offraient à moi me rappelaient à quels points certaines personnes étaient éloignées de ma façon de penser. Alors j’en ai eu assez, j’ai refusé de nouveaux contrats de travail en pensant : maintenant, je vais faire une chose qui me plaît et à laquelle je pense depuis trop longtemps. Je vais m’octroyer ce temps au lieu de tourner en rond dans des obligations peu épanouissantes.

C’est ainsi que L’étoile de Lowilo est née.

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Qu’est-ce qui t’attire dans la fantasy en particulier ?

En tant que lectrice, je peux explorer un monde différent où l’irréel est normal, je peux vivre de fabuleuses aventures.

En tant qu’auteure, j’aime écrire dans ce genre, car c’est un vivier formidable de possibilité. Tout est à disposition pour l’imagination, elle peut s’exprimer librement sans carcan. Je dicte les règles de ce qui est possible ou non. Je peux visualiser un univers et le former patiemment à la manière d’un architecte, je peux lui donner une histoire, de la matière. Dans ce genre, nous avons la possibilité d’y intégrer de la beauté, des notes de poésie ou de la cruauté, tout est une question de dosage par rapport au message et aux images que l’on souhaite transmettre. Je me sens totalement libre dans la création.

Est-ce que l’imaginaire, c’est important pour toi ?

L’imaginaire est très important pour moi, mais aussi pour l’humanité en général. Si l’homme n’imagine pas, il n’évolue pas. L’imagination est une force créatrice incroyable, sans elle, il n’y aurait pas de progrès. Pour recentrer la question sur ma seule personne, l’imaginaire me permet de vivre épanouie. Grâce à lui, j’ai des projets et des buts. À mon échelle, il me permet de progresser dans ma vie d’auteure et de tous les jours.

Qu’est-ce qui distingue l’Etoile de Lowilo d’autres œuvres de fantasy ?

C’est une question difficile, j’aime la fantasy, mais je ne prétends pas être une spécialiste du genre. Je dirai humblement que j’ai créé un univers qui lui est propre sans vouloir trouver une source d’inspiration. Je n’ai pas voulu utiliser les créatures déjà vues et revues bien qu’un dragon soit présent dans cette histoire.

De plus, je n’ai pas souhaité nourrir les stéréotypes qui poursuivent le genre dans l’esprit de certains. C’est peut-être sur ce point que réside sa force. En effet, j’ai des lecteurs qui ne connaissaient pas le genre ou qui ne l’aimaient pas. Maintenant, ils attendent avec impatience la suite des aventures de Lord Owen. Une femme de quatre-vingts ans est revenue vers moi pour me dire : « c’est le roman le plus étrange que je n’ai jamais lu, mais qu’est-ce que c’était bien ! À cause de vous, j’ai fait une nuit blanche et j’ai manqué un repas ! » J’ai appris par la suite qu’elle empruntait désormais des romans fantasy à ses petits-enfants…

Est-ce que tu pourrais envisager d’écrire dans un autre genre ? Ou dans un registre réaliste ?

Bien sûr, je peux envisager d’écrire dans un autre genre, la science-fiction m’attire de plus en plus. Et je me suis déjà demandé si je serais capable d’écrire dans un genre réaliste. Comme j’aime les défis, je n’exclus peut-être pas de m’y essayer un jour. Si c’était le cas, ce serait un sujet sérieux. Ce que j’aime surtout, c’est le pouvoir des mots. Il suffit de les assembler pour créer une histoire et transmettre un message. Tout dépendra de ce que j’ai envie de transmettre à ce moment-là et dans quel genre je souhaite le faire. Finalement, le genre n’est qu’un outil de plus à l’expression de ses idées.

Qu’est-ce que tu dévoiles de toi à travers tes personnages ?

Je n’ai pas l’impression de dévoiler une part de moi. Certains diront le contraire, ils reconnaissent quelques traits de mon caractère dans des personnages. C’est surtout un moyen pour eux de saisir que la création est possible parce que je suis un peu dans le livre. Ce n’est pas le cas, et pourtant quand j’ai terminé un livre, je ressens l’étrange sentiment d’offrir une partie de moi au public.

Tu n’as pas dit tout de suite à tes proches que tu écrivais. Pourquoi le cacher ?

Parfois, c’est mieux de garder ses projets pour soi-même. De cette façon, on ne disperse pas son énergie et surtout on ne reçoit pas les avis des uns et des autres qui peuvent nous influencer. Je ne veux pas présumer de ce qu’ils auraient pensé dans le cas contraire, peut-être qu’ils m’auraient encouragé ou peut-être pas. Quoi qu’il en soit, j’étais tranquille pour me lancer vers la concrétisation de ce projet, c’était le plus important.

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Un de tes personnages principaux, Owen, est un homme. Est-ce que c’est délicat de donner vie à un personnage masculin ?

Ce n’est pas spécialement difficile, car en tant qu’auteure, on doit pouvoir se projeter dans notre n’importe quel corps ou situation pour en retirer de la matière.  Ce qui est plus difficile, c’est de ne pas tomber dans ses propres travers. Par exemple, j’adore inventer des personnages féminins pour leur donner une place importante. Dans ce genre de littérature, les femmes n’ont pas tout le temps de rôle prépondérant. À l’inverse, j’avais envie d’un homme qui ne soit pas ce que l’on attend de lui.

J’ai travaillé le personnage d’Owen en lui donnant peu substance au début de son aventure. Je voulais que le lecteur ressente les sentiments de son peuple à avoir un tel héritier. Je voulais que lecteur vive le désintérêt qu’Owen puisse provoquer par sa façon d’être. Bien évidemment, le Lo’El ne l’a pas choisi par hasard pour devenir le futur roi de Terre d’Or.

L’exercice le plus difficile, pour moi, fut d’en faire quelqu’un de peu intéressant qui gagne en force au fil de l’aventure et se révèle. Alors que mes personnages féminins sont déjà bien plantés et l’on comprend leur psychologie à cause de leur passé. Avec Owen, le défi était de le construire au fil des pages.

Est-ce qu’il y a un lien entre ton amour de l’écriture et ton amour de la nature ?

J’ai un besoin fort de nature. Elle me permet de me ressourcer et de trouver des idées. Quand on a la tête libérée, c’est souvent ainsi que l’inspiration arrive.

Et ton amour des objets ? Est-ce qu’il guide l’écriture de tes descriptions ?

Pour moi, les objets d’art et les antiquités sont des ponts temporels. En les manipulant, je reproduis les mêmes gestes qu’un individu a effectués dans le passé. Je les regarde et j’aime penser à la place qu’ils occupaient jadis, aux sentiments qu’ils provoquaient, à celui qui les a fabriqués. Grâce à eux, je m’intègre dans une histoire. Quand j’écris, je veux intégrer le lecteur dans mon univers avec les décors qui y sont associés. C’est comme si, lui et moi étions au même endroit à regarder une scène qui se déroule devant nous. Alors il y a certainement un lien.

Un conseil, une suggestion à ceux qui te lisent et qui ont envie d’écrire ?

Pour ceux qui débutent l’aventure de L’étoile de Lowilo, je leur suggère de se laisser guider et de savoir oublier le rythme d’une vie trop pressée. Parfois, le temps est nécessaire pour la mise en place. Une fois les racines de l’histoire bien plantées, alors les tempêtes peuvent souffler pour bousculer tout ce monde.

Pour ceux qui ont envie d’écrire, je leur dirai de se lancer dans l’aventure en toute confiance. Je leur dirai aussi de savoir être humbles et d’accepter de recevoir les critiques si on le demande. Un texte n’est jamais parfait. Il doit toujours être retravaillé et le regard d’autrui peut être très utile ; encore faut-il choisir la ou les bonnes personnes qui n’auront pas peur de dire des choses pas forcément agréables. Ensuite quand le livre trouve un éditeur, alors un travail tout aussi important commence. Selon moi, le maître mot quand on se lance dans l’écriture est celui de la persévérance.

Est-ce que tu as une routine d’écriture, des habitudes, des techniques ?

Je dois me sentir comme dans une sorte d’état second. Mon esprit doit être totalement imprégné par mon univers et mes doigts ne sont que les secrétaires de ce que je vois ailleurs. J’ai tenté de me forcer à écrire, d’être régulière, le résultat fut très mauvais.

Je commence toujours par relire ce que j’ai écrit précédemment et j’apporte déjà des corrections. Quand le moment vient de prendre la suite, j’attends deux à trois minutes en respirant calmement dans le silence. Quand je sens la petite chose se passer, comme une petite porte que mon esprit franchit, alors je continue l’écriture. Si ça ne se passe pas, je me contente de corriger et de retravailler les textes précédents.

« La vérité a plusieurs visages » a dit Marion Zimmer Bradley. Quelle place laisses-tu au doute dans l’écriture ?

Je doute toujours. Je me remets sans cesse en question. Je suis une perfectionniste qui n’aime pas les détails et qui pourtant en est prisonnière.

À l’inverse, trop de confiance aveugle, et l’orgueil devient vite son allié. Là réside le piège pour la qualité d’un texte. Il faut trouver le juste milieu afin de ne pas perdre les rênes de sa création. Et ce jugement est relatif à chacun, à sa propre vérité.

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Tu fais partie du GAHeLiG, le Groupe des Auteurs Helvétiques de Littérature de Genre. Même si tu n’es pas née en Suisse, y-a-t-il selon toi quelque chose de typiquement suisse dans ton approche de l’écriture ?

J’ai besoin de chocolat et au lait, de préférence !

L’Étoile de Lowilo aura bientôt une suite. Combien de tomes au total prévois-tu ?

Je prévois trois tomes, le second sera disponible en 2020.

Est-ce que tu as d’autres idées, d’autres envies d’écriture ?

Ma tête foisonne d’idées. J’ai envie de relever le défi d’un livre sans suite ce qui n’est pas forcément aisé pour mon imagination galopante !

L’interview: Gilles de Montmollin

Il aime les belles histoires, les grands voyages et le bon vin. Gilles de Montmollin est un écrivain actif en Suisse romande, qui a signé sept livres à ce jour. Il a pris une retraite anticipée pour se consacrer à l’écriture. Thrillers, polars, roman historique, nouvelles: il décline son talent sous différentes formes. Il est membre, comme moi, du GAHeLiG, le groupe des Auteurs helvétiques de littérature de genre.

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A t’entendre parler de l’écriture, on a l’impression que pour toi, le pire des péchés pour un écrivain, c’est d’ennuyer ses lecteurs. C’est juste ?

Tu as fort bien entendu ! Effectivement, comme les autres loisirs, je conçois la lecture de romans comme un plaisir. D’ailleurs, écrire un ouvrage plaisant n’interdit pas à son auteur de faire passer un message profond, et je ne vois pas pourquoi un livre profond devrait être ennuyeux. Cela dit, il m’arrive de lire des livres sans plaisir, parce que le thème m’intéresse, que je connais son auteur, ou encore parce qu’on a prévu d’en débattre en groupe. Parfois, ces livres ennuyeux m’apprennent des choses utiles. Je constate aussi que certains écrivains veulent à tout prix être originaux, pour apporter quelque chose de nouveau. Mais, si cette nouveauté apporte l’ennui, alors c’est raté. Donc, fondamentalement, la première mission d’un écrivain est de procurer quelques heures plaisantes à ses lecteurs.

Et toi ? Tu fuis l’ennui dans l’écriture ? Qu’est-ce que ça t’apporte ?

Non, je ne fuis pas l’ennui parce que j’ai passé les 45 premières années de ma vie sans l’écriture, et sans m’ennuyer pour autant. Alors pourquoi j’écris ? D’abord parce que j’aime me raconter des histoires, imaginer des situations, les vivre et, en fin de compte, m’inventer une autre vie. Ensuite, parce que le travail de « fabrication » d’un roman me passionne et m’enrichit : pour rendre mes histoires crédibles, j’ai dû étudier la plongée sous-marine, m’informer sur la résilience, démonter les rouages du financement du Parti national-socialiste, m’immerger dans le monde des pilotes de l’Aéropostale, apprendre à piloter – théoriquement – un Zeppelin…  J’adore !

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Tu écris des romans pleins d’aventures et de rebondissements. L’intériorité, la contemplation, le quotidien te passionnent moins ?

Bonne question ! L’intériorité, la contemplation et le quotidien m’intéressent aussi. D’ailleurs, ma vraie vie est faite de cela. Un romancier a forcément une vie intérieure intense. Après, lire l’histoire d’un contemplatif à vie intérieure intense ne me passionne pas. Et comme je n’aime pas imposer aux autres ce que je ne voudrais pas qu’ils m’imposent, je n’écris pas ce genre de livre. Cela dit, j’adore, l’espace d’une page ou deux, me plonger dans le monologue intérieur de mon héros, vivre ses élucubrations et les partager avec les lecteurs. Mais, pour moi, ça ne fait pas l’essentiel d’un roman.

Tes écrits sont marqués par la mer, par le voyage. Te sens-tu proche des écrivains-voyageurs ?

Pas tellement. Dans ma compréhension, l’ossature du livre d’un écrivain-voyageur, c’est son ressenti du voyage. Il peut évidemment un peu romancer son récit, grossir certains éléments pour créer une sorte d’intrigue, mais le voyage reste la composante essentielle. Dans mon cas, le voyage sert de décor à l’intrigue. Le ressenti du voyageur peut enrichir l’histoire, mais il n’en est pas l’élément principal. Cela dit, j’aime accomplir les voyages de mes héros, avant d’écrire mes romans. Même si je ne trouve pas toujours la possibilité de le faire.

Tu as étudié la géographie, est-ce qu’il en reste quelque chose dans ton œuvre ?

Justement, l’envie de placer mes romans sous différents cieux. Cela constitue un prétexte à un voyage, lorsque je pars en repérage. Dans d’autres cas, c’est le fait de ressentir fortement un paysage au hasard d’un voyage qui me donne l’envie d’y placer une scène. Je crois que mes descriptions de paysages doivent encore quelque chose à mes lointaines études. À noter que j’écris aussi des romans locaux.

Sommet

Certains de tes romans se situent à d’autres époques. Quel rôle jouent les recherches dans ta démarche créative ? L’exactitude, c’est important ? Est-ce que tu t’autorises quelques libertés vis-à-vis de la réalité historique ?

Écrire un roman situé dans le passé, c’est pour moi une manière de remonter le temps. J’adore ! Et une partie du plaisir consiste à retrouver les détails de la vie quotidienne à l’époque, et à tenter d’éviter les anachronismes, même peu évidents : par exemple, utiliser une lampe à pétrole avant 1853 (j’ai pourtant vu un historien-romancier le faire) ou, comme dans « Django unchained », situé en 1858, employer un fusil Henry (1860) ou de la dynamite (1867). En revanche, l’intrigue n’est, elle, souvent pas historique. Mais si je fais apparaître des personnages historiques, je m’assure que cette apparition soit plausible. À la fin de mes romans, je mets parfois une note pour permettre au lecteur de distinguer les éléments réels de ce que j’ai inventé.

Dans le passé, tu t’es essayé au roman-feuilleton, publié dans la presse. Qu’est-ce que tu retires de cette aventure ?

En réalité, il ne s’agissait pas de feuilletons que j’aurais écrits de jour en jour, mais de la parution sous forme de feuilletons de romans déjà publiés. Une expérience sympathique : chez moi, la lecture d’un feuilleton m’offre un rendez-vous quotidien avec quelques minutes de détente et je me plais à imaginer que ceux qui ont suivi mes feuilletons ont eu ces petits rendez-vous.

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Tu fais partie du GAHeLiG, le Groupe des Auteurs Helvétiques de Littérature de Genre. Y a-t-il selon toi quelque chose de typiquement suisse dans ton approche de l’écriture ?

Tu me poses une colle ! En fait, je ne ressens pas de spécificité helvétique dans la littérature de notre pays, peut-être parce je ne vois pas beaucoup de ressemblances entre les auteurs, même ceux qui pratiquent le même genre. Au contraire des Nordiques, qui affectionnent souvent un rythme lent et un climat dépressionnaire. En ce qui me concerne, l’approche polar/roman de voyage s’inspire d’écrivains anglais, peu connus en Suisse, comme Hammond Innes, Bernard Cornwell ou Sam LLewellyn.

Un conseil, une suggestion à ceux qui te lisent et qui ont envie d’écrire ?

Pour écrire une nouvelle – ce serait mieux de commencer par ça –, il suffit d’en avoir envie et de se souvenir que la chute est essentielle. Pour s’attaquer au roman – c’est par là que j’ai commencé ! – la condition majeure est d’être capable de se discipliner (avec moi, ce n’était pas gagné !), parce que le travail solitaire est long. Et, une fois que tu as terminé, tu dois apprendre à vivre avec le fait que tu ne sauras jamais précisément ce que « vaut » ton bouquin. D’abord parce que, contrairement au domaine sportif, il n’y a pas d’échelle objective. Ensuite parce que rares sont ceux qui oseront te faire des critiques sincères.

C’est quoi, pour toi, un bon style romanesque ?

Dans un roman d’action, l’écriture n’est pas une fin en soi : elle constitue un moyen de transmettre les émotions et le ressenti de l’auteur à ses lecteurs. Une interface, en fait. Pour cela, un style sobre, avec des phrases courtes, des mots simples et précis, est le plus efficace. En outre, j’apprécie rarement les métaphores et les figures de style en général. Dans ces cas, je me dis : « toi, tu te la joues écrivain », et ça me sort de l’action.

Tu as signé des nouvelles et des romans. Est-ce que ce sont des plaisirs différents pour toi ? Qu’est-ce qui fait que tu destines une idée à un roman plutôt qu’à une nouvelle, et inversement ?

Oui, ce sont des plaisirs différents. J’écris des nouvelles pour des rencontres avec d’autres auteurs, où chacun amène un texte court. C’est un amusement. J’ai aussi participé à quelques – rares – concours. Mais pour moi, le vrai plaisir réside dans le roman, où je peux développer une intrigue comme je les aime, genre polar. Donc si j’ai une idée de polar, je la garde pour un roman. Si c’est une petite histoire de la vie, une réflexion, une émotion, une idée à défendre, je la prends pour une nouvelle.

Est-ce que tu as l’impression d’apprendre encore, de progresser en tant qu’auteur ?

Autre bonne question ! Oui, j’apprends et je progresse. Mais j’ai aussi l’impression que mes derniers acquis prennent la place de ce à quoi je faisais attention avant. Donc que je régresse en même temps que je progresse. Dans tous les cas j’évolue – un peu trop lentement à mon goût – et j’ai du plaisir à explorer les différents aspects du métier.

Gilles a accepté de nous livrer ses « Dix commandements »: les règles qui guident son écriture et qui, je pense, sont très intéressantes pour les lecteurs de ce blog:

  1. Tu imagineras une intrigue avec enjeux, tensions, suspense et chute.
  2. Tu façonneras des personnages (un peu) fêlés et évolutifs.
  3. Tu structureras ton histoire en scènes, parfois séparées par une courte narration.
  4. Tu te documenteras sur tout ce que tu évoques : objets, situations, métiers, sports, pays, époque…
  5. Tu esquisseras les décors et les ambiances, sans t’y complaire, en recourant au moins à un ou deux des cinq sens.
  6. Tu montreras les choses au lecteur, tu ne lui diras rien, comme au cinéma[1].
  7. Tu alterneras dialogues, monologues intérieurs, actions et descriptions.
  8. Tu écriras des phrases courtes, avec des mots simples, concrets, précis.
  9. Tu te méfieras des adjectifs, des adverbes, des métaphores, des empilements et des effets de style en général.
  10. Tu te souviendras que les mots constituent un moyen de faire vivre une histoire au lecteur, pas une fin en soi.

[1] Show the readers everything, tell them nothing, Ernest Hemingway

 

L’interview: Lionel Truan

Auteur, et dessinateur dans une entreprise horlogère, Lionel Truan vit dans le canton de Genève, en Suisse. Il a signé un premier roman dont l’action se situe dans un monde après l’apocalypse, « Le Monde de Demain. » Il est membre, comme moi, du GAHeLiG, le groupe des Auteurs helvétiques de littérature de genre.

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L’amorce de ce roman, c’est un scénario pour un jeu grandeur nature. Comment est-ce que tu es passé d’une expérience ludique à une expérience littéraire ?

Premièrement, disons que, pour réussir à imaginer et à créer un scénario de jeu grandeur nature, il a fallu passer par la phase « d’écriture », la plus importante à mes yeux. Les points clés, les énigmes, le décor, les joueurs, le rôle de chacun, la mise en scène et les objets m’ont demandé de faire travailler mes méninges à 200%. Si je n’avais pas écrit la trame, il aurait été impossible de réussir ce projet. Pour moi, si les règles sont définies sur papier et qu’elles sont carrées, alors le reste suit. Deuxièmement, l’événement qui m’a propulsé vers une expérience littéraire et qui m’a énormément bouleversé, est le décès de ma tante. La mère de celui pour qui j’ai créé le jeu grandeur nature. Elle était déjà très malade à cette époque et elle me demandait souvent de lui montrer l’état d’avancement du jeu pour son fils. Lorsqu’elle nous a quittée, le jeu n’était pas terminé et j’ai regretté qu’elle ne puisse le voir achevé. J’ai alors eu un déclic et l’écriture d’un roman m’a traversé l’esprit. J’ai sauté sur mon clavier, des idées plein la tête et je me suis lancé.

Le jeu, c’est quelque chose d’important pour toi ? Le jeu vidéo Fallout est cité dès les premières pages…

J’aime jouer, autant sur la console qu’à des jeux de plateau en famille ou entre amis. Je suis fan des jeux grandeur nature et des escapes games. Concernant le jeu Fallout, je dois l’admettre, il est mon favori. Je peux m’y plonger sans jamais être rassasié par ce que le décor et le monde me proposent. Ce qui me fait l’apprécier autant, c’est ce mélange année 50 et technologie futuriste. C’est une sorte de paradoxe qui se marie à la perfection, selon moi.

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Est-ce que tu avais déjà été tenté par l’écriture romanesque auparavant ? Est-ce qu’il y a des projets inachevés qui dorment dans tes tiroirs ?

Je n’avais jamais été tenté par l’écriture romanesque cependant, durant dix ans j’ai écrit mais d’une manière différente. Durant cette période j’ai fait du rap, je buvais rap, mangeais rap, je vivais rap mais surtout j’écrivais tout mes couplets. J’essayais de faire passer des messages à travers mes morceaux sans jamais être trop vulgaire. Avec mon groupe, on souhaitait avant tout montrer au gens qu’ils se faisaient une mauvaise opinion de ce style musical et nous avons réussi notre défi. Notre musique se laissait écouter, même les plus âgés appréciaient.

C’est un roman qui met en scène notre civilisation après l’apocalypse. Est-ce que la fin du monde, c’est un thème qui te hante ?

L’apocalypse me fascine en réalité. Loin de moi l’idée de vouloir arriver à cette fin catastrophique pour l’humanité mais je dois l’avouer, je serais curieux de voir comment l’homme arriverait à se relever si cela devait se produire. Vu les agissements de l’homme en notre temps, je ne serais pas étonné que nous en arrivions là. Qu’est ce qui me fascine ? Simplement de voir que dans chaque scène post-apocalyptique la nature reprend ses droits et je trouve cela beau.

En général, la littérature postapocalyptique est sombre. Ton protagoniste, Elliott Runan, est pourtant quelqu’un de plutôt optimiste. Pourquoi ce choix ?

J’ai voulu montrer aux lecteurs, que même lorsque tout semble perdu, il y a un espoir, si on y croit. J’ai un vécu chargé malgré les apparences et mon âge. Je suis né, atteint d’une maladie cardiaque, la tétralogie de Fallot. Je suis une personne qui, normalement n’aurait pas dû survivre et pourtant je suis là. Je pense que malgré les circonstances, réalité ou monde postnucléaire, il ne faut jamais abandonner et se battre pour pouvoir espérer vivre et être heureux. C’est le choix que j’ai fait pour ce personnage.

Est-ce que qu’Eliott, c’est un peu toi ?

Je dirais qu’il est celui que je souhaiterais devenir si le monde partait en vrille.

Qu’est-ce qui différencie selon toi ton roman d’autres univers postapocalyptiques ?

A travers ce roman, j’ai voulu faire passer des messages sur ce qu’il se passe à notre époque. J’ai souhaité avertir et faire prendre conscience aux lecteurs de la chance qu’ils ont de pouvoir apprécier la vie telle qu’elle se présente. Je suis une personne très spirituelle et j’espère avoir pu apporter quelques aides ou réponses aux lecteurs, à travers les passages plutôt philosophiques du personnage principal.

Tu as dessiné quelques illustrations qui accompagnent le roman. Qu’est-ce que ça apporte, selon toi, de marier textes et dessins ?

J’aime dessiner, c’est indéniable. Puisque j’ai pris goût à l’écriture, je me suis dit « pourquoi ne pas intégrer quelques dessins » ? Pour apporter ma touche personnelle. Ce que je sais, d’après les retours que j’ai eus, c’est que les gens ont apprécié ce petit plus.

Le livre est écrit au passé composé, une volonté de le rapprocher du style d’un journal de bord ?

Totalement. Le livre se veut être le journal de bord d’Elliot. Mon objectif était de rapprocher le lecteur au plus prés du personnage principal pour qu’il se sente imprégné par cette histoire.

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Tu as une solide expérience de rappeur. Est-ce que le fait d’avoir déjà écrit t’a aidé à te lancer dans un roman ?

En effet, je pense que le fait d’avoir écrit pendant dix ans des textes m’a beaucoup aidé. Bien sûr, la structure d’un morceau de rap est complètement différente et bien plus proche de la poésie, s’il est bien rédigé.

Quelles sont selon toi les points communs et les différences entre l’écriture rap et l’écriture de fiction ?

L’écriture d’un roman est à faire avec une autre approche, cela demande d’avoir une construction plus précise, une structure prédéfinie, des passages clés et des personnages au caractère bien spécifique. Les textes de rap se construisaient de façon plus spontanée. Il suffisait d’avoir une instrumentale, un thème et de l’inspiration pour sortir des rimes et des punchlines bluffantes.

Le point commun, je dirais une imagination débordante et une envie de faire les choses proprement.

Est-ce que des éléments de la culture hip-hop se sont glissés dans ton roman ?

A vrai dire pas tellement, voir même pas du tout. J’ai vraiment voulu me défaire de ce coté musique pour me consacrer au côté roman. Je ne veux pas que l’on assimile Bido (mon blaze de rappeur) à Lionel Truan l’auteur. Ce choix était réfléchi.

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Tu fais partie du GAHeLiG, le Groupe des Auteurs Helvétiques de Littérature de Genre. Y-a-t-il selon toi quelque chose de typiquement suisse dans ton approche de l’écriture ?

Typiquement Suisse, dans l’approche je dirais, non, mais dans le roman je dirais oui. L’histoire se passe uniquement en Suisse, peut-être que certaines expressions du pays se sont glissées dans le livre. Je parle de lieux réels dans le roman, les Helvètes qui le liront ne pourront qu’être transportés à travers une Suisse dévastée.

Un conseil, une suggestion à ceux qui te lisent et qui ont envie d’écrire ?

Si tu as des rêves, comme d’écrire un livre, alors donne en toi les moyens et fais-le. Ne te pose pas trente mille questions. Tu as des idées, une imagination à toute épreuve, alors écris. N’écoute pas les haineux et les gens qui pensent que c’est une mauvaise idée. N’écoute que ton cœur et Fonce ! Tu n’as rien à perdre, tout à apprendre.

« Le Monde de Demain » est conçu comme une série, ce qui appelle une ou plusieurs suites. À quoi vont-elles ressembler ?

Le Tome 2 est en pleine écriture, j’ai prévu 3 livres pour cette série. Ils seront tous sous forme de carnet de bord et le ou les personnages devront affronter leur réalité. La réalité que le leur monde est bien dévasté, peuplé de créatures et d’humains qui ont perdu la raison. Garderont-ils espoir ? L’humanité pourra-t-elle reconstruire, pour un avenir meilleur ? Je ne peux vous le dire, sinon ce serait du spoil.

Au-delà de ça, est-ce que tu as d’autres projets d’écriture ? Dans d’autres genres ?

J’ai participé à quelques concours littéraires en Suisse, afin de tester mes capacités à écrire des nouvelles. C’est un bon exercice je trouve. Plus sérieusement, oui, j’ai des idées de roman de genre différent. J’ai déjà prévu un roman futuriste en one shot qui parlera de meurtre et voyage dans le temps. Sinon, j’ai quelques pistes pour d’autres histoires mais pour l’heure, chaque chose en son temps. Le monde de demain reste ma priorité.

 

Un magazine pour la littérature suisse de genre

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La Suisse est un vivier d’autrices et d’auteurs qui œuvrent dans la littérature de genre, sous toutes ses formes: polar, fantasy, romance, science-fiction, roman historique, fantastique, etc… Pour les regrouper et leur donner de la visibilité, certains d’entre eux, dont je fais partie, ont formé le GAHeLiG, le Groupe des auteurs helvétiques de littérature de genre, formellement constitué depuis ce weekend.

À présent, vous pouvez avoir un aperçu des auteurs impliqués et de leurs œuvres à travers un webzine, dont le tout premier numéro vient de paraître. Interviews, profils, chroniques, j’espère que son contenu vous séduira.

Vous pouvez le télécharger ici:

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Si vous souhaitez vous abonner à ce webzine et le recevoir gratuitement à chaque parution dans votre boîte mail, il suffit de suivre ce lien.

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On fait le bilan – 2018

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Le temps passe et passe et passe et beaucoup de choses ont changé. Qui aurait pu s’imaginer que le temps se serait si vite écoulé ?

Comme à peu près tous les blogueurs de la planète, en particulier les blogueurs-auteurs, il est temps de passer en revue, avec un poil de retard, les moments forts de l’année 2018 qui vient de s’écouler.

Sur le plan personnel, 2018, c’est l’année de la naissance de notre troisième garçon. Naturellement, il s’agit de l’événement qui éclipse tous les autres, et donc je pourrais m’arrêter là que l’évocation de cette année me paraîtrait complète.

Mais ceci n’est pas mon carnet de notes personnel. Sur un plan plus littéraire, 2018, ça a été l’année de la sortie de mon deuxième livre, « La Mer des Secrets« , qui complète la duologie de fantasy steampunk « Merveilles du Monde Hurlant » aux Editions le Héron d’Argent. C’est la fin d’une très belle aventure et d’une jolie part de mon existence.

J’ai eu l’occasion en novembre de rencontrer les premiers futurs lecteurs de ce premier tome à Mon’s Livre en Belgique, et que les lecteurs du premier volume me fassent leurs retours, ce qui était une expérience très enrichissante. Cela a comme toujours été une joie de rencontrer mes collègues autrices et auteurs à cette occasion. J’aurai vraisemblablement l’occasion de faire quelques autres apparitions dans des salons ces prochains mois, histoire de boucler la boucle. J’ai également été interviewé à la radio pour parler de mon livre.

Malgré tout, « La Mer des Secrets » n’aura pas été mon unique actualité littéraire en 2018. J’ai suspendu au printemps l’écriture de la suite des Merveilles du Monde Hurlant, parce qu’il aurait été trop frustrant de la terminer avant la sortie du bouquin. Cela m’a donné le temps de me consacrer à quelques autres projets.

En particulier, j’ai mis en forme mon système générique de jeu de rôle, « META », que vous pouvez toujours trouver ici. Les retours ont été très encourageants. J’ai également écrit un décor de campagne qui va avec, intitulé « Kocmoc », mais je n’ai pas encore eu le courage de m’attaquer à sa laborieuse mise en page. Peut-être le ferai-je ces prochains mois.

2018, c’est l’année où j’ai rejoint le GAHeLiG, le Groupe des auteurs helvétiques de littérature de genre. J’ai eu la grande joie de faire la connaissance de certains d’entre eux et de contribuer modestement à quelques apparitions du groupe dans les médias. Nous avons un projet commun pour lequel j’ai rédigé une nouvelle.

J’ai également entamé la rédaction d’une autre nouvelle personnelle, dont l’action se situe dans le Monde Hurlant. Je suis sur le point d’en achever l’écriture, et je dois dire qu’à présent, je ne sais pas trop quoi en faire, ni à qui la faire lire ! Et puis, comme chaque année, j’ai rédigé un conte de Noël pour mes enfants.

Au cours de l’année 2018, le blog a volé de succès en succès. Le nombre de pages vues, mais surtout, le nombre de commentaires et de réactions, grimpe de mois en mois et c’est un grand plaisir de voir que certains en trouvent la lecture agréable ou utile. Mon article « Les huit types de lecteurs » est, sauf erreur, le plus populaire nouveau billet de l’année. Quant au billet qui continue à accumuler, jour après jour, le plus de vues, sans trop que je me l’explique, sans doute à cause d’un référencement positif chez Google, c’est « La structure d’un roman: les chapitres« , lu à ce jour à plus de 3’500 reprises. C’est un peu un mystère.

Merci de votre lecture attentive. Je me réjouis de vivre 2019 à vos côtés.

L’interview: Florence Cochet

Elle se laisse paraît-il tenter par une tablette de chocolat, une coupe de champagne ou un livre passionnant. En matière d’écriture, les choix de la Suissesse Florence Cochet sont tout aussi éclectiques et raffinés: fantastique, thriller, science-fiction – elle a déjà signé une demi-douzaine de romans dans les styles les plus divers.

Cette interview est réalisée avec la complicité des Auteurs helvétiques de littérature de genre, un groupe dont je fais partie. Retrouvez sur ce blog d’autres entretiens avec des auteur-e-s qui démontrent le talent des Suisses dans la littérature de genre.

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La plupart de tes protagonistes sont des jeunes femmes qui se découvrent une destinée extraordinaire. Faut-il y voir un reflet de ta trajectoire personnelle d’auteure ?

Si seulement ! J’espère que ta question est prémonitoire. Plus sérieusement, les similitudes partagées par mes protagonistes proviennent de ma (lointaine) adolescence. Avec ma meilleure amie, nous avons inventé des dizaines d’histoires qui se déroulaient dans des mondes fantastiques. Mes héroïnes, et plus particulièrement celles du Sang de la guerrière, sont nées de là. Dans mes lectures, c’est pareil : j’apprécie les femmes fortes et possédant des pouvoirs défiant la réalité. Mention spéciale à Mercy Thompson et Kate Daniels.

Ce choix de protagonistes, c’est aussi une manière de s’adresser à un lectorat spécifique ? Pourrais-tu envisager d’écrire, par exemple, un récit centré sur une vieille dame amère ou sur un jeune homme ?

Quand je construis mon scénario et mes personnages, ils correspondent à une « tranche d’âge » et à un « genre littéraire ». Vu mon éclectisme (thriller fantastique, SF, fantasy, romance, jeunesse…), je ne suis pas certaine que mon lectorat me suive sur tous mes chemins de traverse. Pour la deuxième question, en tant que femme, c’est plus simple pour moi de me glisser dans la peau d’une héroïne. Je ne suis pas certaine d’être crédible dans celle d’une vieille dame amère (encore que ça ferait un bon exercice de style), mais mon prochain roman devrait avoir un préadolescent pour héros. On verra si je parviens à lui donner assez de substance.

Avec « La Proie du Dragon », tu viens d’entamer une nouvelle série intitulée « Altérés », qui parle de la lutte entre l’homme et la machine. La technologie, c’est une source d’angoisse pour toi ?

En soit, les avancées technologiques sont extraordinaires, mais il y a de quoi s’inquiéter, non ? Regarde l’usage que l’homme en fait, en partant du téléphone portable qui abrutit (moindre mal) pour finir au développement des armes autonomes (et autres joyeusetés). Sans parler des nanotechnologies et du transhumanisme. La course en avant, le manque de recul, la bêtise et l’égoïsme humains, cela me fait peur. Je pense qu’avec le développement de l’intelligence artificielle, nous approchons du point de non-retour (si nous ne l’avons pas déjà franchi). Nous sommes en train d’ouvrir la boîte de Pandore et nous risquons bien de ne réussir à la refermer qu’une fois qu’elle sera totalement vide. (Je sais, je ne dégouline pas d’optimisme…)

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Fantasy, fantastique contemporain, romance, science-fiction, etc… Tu œuvres dans des genres divers. Est-ce une volonté de toucher des publics différents ?

Plutôt une volonté d’écrire ce qui me plaît (et qui, je l’espère, plaira aux autres), et d’essayer d’aborder les thèmes sous un angle différent. Par exemple, pour « La Domination des sens », si le thème est rebattu et passablement « cliché » (la jeune citadine et le millionnaire), j’avais envie de me singulariser par son traitement. De ce fait, l’héroïne est une jeune femme ronde à lunettes et le récit aborde les 5 sens, l’un après l’autre, de manière à titiller ceux du lecteur.

Tu préfères les littératures dites « de genre ». Tu pourrais envisager d’écrire dans un registre réaliste ? Qu’est-ce qui te retient ?

Si tu parles de la littérature qualifiée de « littérature blanche » par les auteurs dits « de genre » (alors que d’autres diront, avec des trémolos dans la voix, la littérature avec un grand L), je pense que c’est le manque d’idées et d’intérêt qui me retient. Cette littérature ne me fait pas vibrer comme la SFFF, elle manque d’imaginaire, en somme. Je pourrais en revanche écrire du feel good, de la chick lit, etc., qui sont aussi des « genres », mais ancrés dans le réel.

T’évader de la réalité, est-ce une des raisons qui te pousse à écrire ?

Sans hésitation, oui. Je trouve la réalité plutôt laide, quand on l’observe dans sa globalité. Écrire, c’est vivre mille vies différentes, vivre l’impossible, refaire le monde à sa manière. C’est pareil pour la lecture. Je serais malheureuse si je ne pouvais plus lire ni écrire.

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« Ce qui est dur, ce n’est pas de trouver sa muse, c’est de la supporter », a dit Harlan Coben. Et toi ? As-tu parfois du mal à supporter l’inspiration qui survient sans prévenir ? Comment trouves-tu l’inspiration ? D’où viennent tes idées ?

J’aime passionnément ma muse et n’ai pas encore eu de frictions avec elle. Il faut dire qu’elle est plutôt sympa : elle me laisse dormir et s’arrange pour que j’aie toujours un carnet à portée de main quand elle m’envoie de l’inspiration. Ce qui est fatigant, c’est que toutes les idées qu’elle me souffle me semblent bonnes et que les journées ne comptent que 24 heures. Les idées viennent « comme ça », au hasard des rencontres et des discussions. Pour « Altérés », par exemple, mon mari évoquait avec un ami un livre qu’il avait lu (Black out). Mon oreille a traîné jusqu’à eux et mon esprit a turbiné autour d’une question : si les IA voulaient éliminer l’humanité, comment les hommes réussiraient-ils à les contrer ? Réponse : avec des bombes à black-out et des impulsions électromagnétiques, de manière à faire tomber les réseaux pour les isoler. Bien sûr, cela conduirait au chaos et à la destruction de la société telle qu’elle est. Et, trois siècles plus tard… Je tenais l’embryon d’Altérés.

De quand date ton intérêt pour l’écriture ? Quand as-tu compris que c’était quelque chose à quoi tu souhaitais consacrer du temps ?

Mon intérêt, depuis l’adolescence. (Journaux intimes, poèmes d’amou-ou-our, etc.) Ma volonté d’écrire « sérieusement » date de 2014. Mes enfants ayant grandi, j’avais plus de temps et je me suis dit que c’était le moment ou jamais, et que si ça ne fonctionnait pas, je tournais la page.

J’ai tourné des pages, mais pas celle de l’écriture, au final.

Écrire, pour toi, c’est toujours un plaisir ? Est-ce parfois une douleur ?

Une douleur, non. Je n’ai pas la fibre masochiste. Par contre, je qualifierais l’écriture de travail que je fais avec plaisir. Je m’impose des horaires, une régularité, des exigences, etc. Et sur la durée, je vois la différence, même si j’ai l’impression d’avoir encore des milliers de choses à apprendre. J’aimerais un jour (on peut rêver) vivre partiellement de mes textes.

Certains de tes textes s’épanouissent sur Wattpad. Ce contact direct avec le lecteur, c’est quelque chose que tu recherches ?

L’échange avec le lecteur me plaît énormément. Quand mon recueil de nouvelles avait été lu dans une classe, et que j’avais rencontré les élèves, c’était magique. L’écrivain est très seul, au fond. Pouvoir discuter avec quelqu’un qui a apprécié (ou pas) son texte est enrichissant. Au-delà de ce lien avec le lecteur, Wattpad permet aussi de découvrir le début d’un texte pour se faire une idée. À l’heure où l’on commande beaucoup par Internet et que les extraits disponibles sont courts, j’avais envie d’offrir la possibilité aux intéressés de lire quelques chapitres (pour Altérés) ou une nouvelle dans l’univers d’un texte (Morsure).

Et les salons, les dédicaces ? Quelle place cela occupe dans ta vie ?

Minime, pour l’instant. Cette année, j’ai participé à quelques salons, dont ceux de Genève et Paris, qui m’ont mis des étoiles plein les yeux. C’est toujours agréable et enrichissant d’échanger avec des auteurs, des lecteurs, des organisateurs et des maisons d’édition. Je rêve, en tant qu’auteur suisse romande, de participer au Livre sur les Quais, et en tant qu’auteur de l’imaginaire, de retourner aux Imaginales. Un jour, peut-être.

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Tu fais partie du groupe des Auteurs helvétiques de littérature de genre. Y a-t-il selon toi quelque chose de typiquement suisse dans ton approche de l’écriture ?

Bonne question… Si avoir le souci du travail bien fait, douter énormément, remettre son travail sur le métier des centaines de fois et tenir compte de toutes les critiques constructives sont typiquement suisses, alors oui.

Un conseil, une suggestion à ceux qui te lisent et qui ont envie d’écrire ?

Écrivez, tout simplement, sans vous poser trop de questions. Mais si vous voulez être publié ou vous autopublier, soyez prêts à travailler énormément (en mettant votre ego de côté). Parce qu’au fond, écrire n’est en rien différent du dessin ou de la musique. Ce n’est pas parce qu’on est capable de jouer au Pictionary qu’on deviendra Magritte, ni parce qu’on peut pianoter « joyeux anniversaire » qu’on peut interpréter du Bach.

(Au passage, les appels à texte sont un bon moyen de s’exercer et d’entamer une bibliographie.)

Quels sont tes prochains projets littéraires ?

En vrac, parmi tant d’autres : un roman jeunesse (9-11 ans) avec un héros haut potentiel, un roman sur un jeu de séduction façon jeu d’échecs, un roman d’anticipation basé sur ma nouvelle Sous le dôme (avec des amazones), un « truc » qui a pour titre provisoire J’ai choisi de mourir pour vous, une nouvelle sur une mère tueuse en série… Décidément, c’est vraiment, vraiment dommage que les journées n’aient que 24 heures…

✒ Tu es auteur-e? Tu souhaites être interviewé sur Le Fictiologue? Contacte-moi! (Non, je n’interviewe pas que des Suisses).

Interviewé sur la page des Auteurs helvétiques

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À chacun son tour d’y passer: j’ai été interviewé par Marylin Stellini sur la page des Auteurs helvétiques de littérature de genre. L’occasion d’évoquer ma trajectoire, mon approche et mes projets. Merci Marylin!

Quand a commencé la rédaction de ton premier roman, et étaient-ce tes premiers pas dans l’écriture ?

Pour toutes celles et ceux qui écrivent, je crois que c’est pareil : l’écriture est un passager clandestin, on ne sait pas trop quand elle a grimpé à bord. En ce qui me concerne, ça remonte à si loin que je ne me souviens plus d’un temps où je n’écrivais pas […]

⚠️ Vous pouvez lire l’intégralité de l’entretien ici.

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L’interview: Katja Lasan

Elle se définit comme une « romancière à l’imagination débordante »: Katja Lasan vit et écrit en Suisse, et son imagination touche aux genres les plus divers. Elle vient de sortir le troisième tome de sa saga « Le Talisman de Pæyragone » aux éditions Cyplog.

Cette interview est réalisée avec la complicité des Auteurs helvétiques de littérature de genre, un groupe qui s’est constitué depuis peu et dont je fais partie. Attendez-vous à lire bientôt d’autres entretiens avec des auteur-e-s du groupe.

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Si tu n’avais pas choisi, en 2014, de publier ton roman, où en serais-tu aujourd’hui ?

Je pense que j’aurais continué ma vie d’avant. Éducatrice de l’enfance, travaillant dans une garderie de Lausanne, avec des enfants de 4 à 6 ans. Peut-être serais-je encore mariée et aurais-je une vie moins compliquée.

La publication a tout bouleversé, c’est certain, mais je ne regrette rien, car j’y ai gagné beaucoup : une nouvelle forme d’indépendance, plus de force mentale, et surtout des rencontres extraordinaires qui m’ont amenée là où j’en suis aujourd’hui. C’est-à-dire avoir tout lâché pour me consacrer pleinement au monde de l’édition et de l’écriture, sous diverses formes.

L’écriture, c’est une nécessité pour toi ? Une manière de communiquer ? Un exorcisme ?

Une nécessité, oui. Une catharsis, un exutoire. J’y libère souvent ce que je ne parviens pas à exprimer verbalement. Je ne suis pas très douée pour la communication orale ou pour entrer en lien avec les autres, par contre, par écrit, c’est très différent. J’y mets beaucoup plus de subtilité et de nuances,  la répartie me vient plus facilement.

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« Un peu fêlés, un brin torturés, mais toujours attachants » :  c’est ainsi que tu décris tes personnages. Est-ce que ces qualificatifs s’appliquent également à ton œuvre ? A toi-même ?

À moi, je ne suis pas sûre. Nous avons tous nos fêlures, nos chemins de vie, mais je ne pense pas en être torturée. Quant à mon « œuvre », j’essaie de la rendre émotionnelle, pour que l’on s’en souvienne encore après avoir refermé le livre, ce qui implique des caractères forts, qui sortent du commun, qui sont ce qu’ils sont parce qu’ils ont déjà une certaine expérience de vie. J’aime qu’ils ne laissent pas indifférents, que nous les aimions et qu’ils nous horripilent en même temps. Donc oui, j’espère que ces qualificatifs sonnent également juste pour l’ensemble de mes écrits.

Tu as une approche originale de l’édition, puisque tu t’es servie de Facebook comme plateforme de pré-édition. Pourquoi choisir cette voie ? Qu’est-ce que ça t’a apporté ?

Je ne connaissais pas Wattpad, sinon je serais sûrement passée plutôt par le biais de cette plateforme. Mais Facebook, c’est tout simplement, à l’origine, parce que je faisais partie d’un groupe de mamans dont je me sentais assez proche, et c’est sur notre groupe que j’avais diffusé les premiers chapitres de Gueule d’ange, juste pour avoir un avis objectif. La sauce a pris, elles ont réclamé la suite et du coup, j’ai créé un groupe pour le roman. Elles y ont invité leurs copines et de fil en aiguille, j’ai eu un petit suivi qui m’a donné confiance en moi  et l’envie d’en faire quelque chose de concret quand j’ai mis le point final à l’histoire.

Ces femmes m’ont portée, tout simplement, et je leur dois beaucoup. Sans elles, je ne suis pas certaine que j’aurais osé franchir le pas.

Un conseil, une suggestion à ceux qui te lisent et qui ont envie d’écrire ?

Si l’envie d’écrire vous prend, lancez-vous ! Mais si vous souhaitez en faire concrètement quelque chose, alors prenez le temps de le faire bien : temps de l’écriture, de la reclecture, de la correction., et de la relecture encore.  Un livre se travaille, se peaufine, se réfléchit, et n’ayez pas peur de la critique, elle fait partie du jeu.

Le mot « rock’n’roll » revient souvent comme adjectif sous ta plume. Quel sens est-ce que tu lui donnes ? Qu’est-ce que ton œuvre a de rock’n’roll ?

Déjà, le rock’n’roll est né entre la fin des années 40 et le début des années 50, une époque qui me parle et que j’aurais voulu connaître. Mon grand regret, c’est que jamais je n’assisterai à un concert en live d’Elvis Presley.

Ce genre musical me parle, me prend au cœur et au corps, me fait déconnecter. J’aime son histoire, ses origines, son évolution, ses périodes sombres et trash, ses sous-genres. Les rockeurs, pour moi, sont des rebelles, des artistes qui vivent à 100 à l’heure, parfois jusqu’à l’excès, tout en se fichant des conventions et des bien-pensants. Ils aiment provoquer, mais derrière se cache souvent une sensibilité à fleur de peau. C’est en cela que mes personnages leur ressemblent. Derrière leur carapace, ils cachent des âmes généreuses, mais remplies de blessures, il faut les apprivoiser, savoir les comprendre et voir au-delà des apparences.

Et puis, ils écoutent tous du rock, parce que la pop, le r’n’b ou autres, ça ne leur sied tout simplement pas ^.

La musique joue quel rôle dans ton écriture ?

Étonnement peut-être, je n’y connais pas grand-chose en musique. Mais je l’apprécie, j’aime étudier les textes, en comprendre le sens. Quand j’écris, j’ai besoin de silence, la musique je l’écoute avant ou après. Elle peut m’inspirer des scènes, j’imagine dessus des actions, mais une fois que je me mets devant mon ordinateur, j’éteins tout. Par contre, dans mes textes, oui, elle est présente. Il y a toujours des références, parce qu’elle est essentielle dans ma vie. Comme disait Kant : « La musique est la langue des émotions. », et moi, elle me rend vivante.

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Tu viens de sortir le troisième volume de ta trilogie de « romance paranormale », Le Talisman de Paeyragone. Qu’est-ce qui t’a donné envie de développer cette histoire sur plusieurs tomes ?

À la base, je pensais en écrire que deux tomes. Mais vu la taille du premier volume, il fallait couper. Donc, j’ai divisé en quatre. Pour bien développer l’histoire, il m’était impossible de faire plus court (et je suis nulle pour le court ^^). Ce qu’il se passe entre les lignes va beaucoup plus loin que ce que vous pouvez lire sur les résumés. J’ai créé une histoire et des personnages très complexes, qui méritaient d’être fouillés. La réduire à deux ou trois tomes, cela aurait été prendre le risque de ne pas aller assez en profondeur et de ne survoler que quelques intrigues. J’en aurais été sans aucun doute frustrée.

« Dans un roman, chaque page lue est une minute d’évasion offerte à votre âme » a dit Maxime Chattam. Que t’apporte la littérature et que souhaites-tu apporter aux lecteurs avec tes romans ?

Oh ! Chattam… mon maître de cœur ! Tu l’as fait exprès ? L’évasion, c’est exactement le mot que j’utilise quand on me pose cette question. Je veux que le lecteur s’envole pour un ailleurs, qu’il oublie son quotidien et ses soucis ; qu’il déconnecte complètement, en fait, pour se plonger dans son entier aux côtés de mes héros. Quand je lis, c’est ce que je recherche aussi. Ne plus être sur mon canapé, m’imaginer les décors comme si j’y étais, jusqu’à pouvoir sentir les odeurs et entendre les pas des personnages. Frissonner… sourire… avoir la larme à l’œil… être envahie par les émotions. J’espère que j’y parviens, en tout cas, quand les lecteurs ont un de mes livres entre les mains.

Rencontrer tes lecteurs lors de salons ou de dédicaces, ça te fait quel effet ?

Toujours bizarre, surtout quand ils entrent dans les détails de mes histoires. Là, je me dis : « Ah ouais ! ils ont vraiment lu ! » Je suis surprise aussi lorsque certains se confient, comme si on se connaissait depuis toujours, ou qu’ils s’imaginent que ma vie est aux antipodes de ce qu’elle est réellement. Je n’ai rien d’exceptionnel, ma vie est tout ce qu’il y a de plus banale, j’écris juste des histoires, je vis beaucoup dans mon imaginaire et je ne suis pas seule dans ma tête.

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Ton méchant s’appelle Locle. As-tu des comptes à régler avec cette charmante petite ville des montagnes neuchâteloises ?

Pas du tout, je n’y ai même jamais mis les pieds, mais j’ai toujours trouvé que ça ferait un bon nom pour un méchant ^.

Tu fais partie du groupe des Auteurs helvétiques de littérature de genre. Y a-t-il selon toi quelque chose de typiquement suisse dans ton approche de l’écriture ?

Aucune idée. Des expressions ressortent, parfois, mais à part ça… Je ne sais vraiment pas. Je n’ai jamais réfléchi à la question.

Tu as aussi des origines croates et françaises, en quoi est-ce que ça enrichit tes écrits ?

En fait, je suis née en Suisse, j’y ai vécu toute ma vie, j’aime ce pays, mais en réalité je n’ai pas une once de sang helvétique. À mes 17 ans, j’ai demandé la naturalisation pour me faciliter la vie ici et parce que je trouvais normal de l’obtenir après y avoir fait toute ma scolarité et d’y prévoir mon futur. Ma mère était française, mon père est croate, mais c’est avant tout ce qu’ils sont et étaient qui enrichit mon univers. La manière dont ils m’ont fait découvrir le monde, comme ils me l’ont appris. L’amour de ma mère, surtout, pour la littérature et le cinéma. Ce dernier, comme la musique, a une influence sur mes écrits. Quand on me lit, j’aime que l’on voie défiler un film devant ses yeux. Si tel est le cas, alors c’est que j’ai déjà en partie réussi.

✒ Tu es auteur-e? Tu souhaites être interviewé sur Le Fictiologue? Contacte-moi! (Non, vraiment, c’est à peu près aussi simple que ça).

L’interview: Marlène Charine

Même si les livres font partie de sa vie depuis toujours, c’est peu avant la quarantaine que Marlène Charine a eu l’excellente idée de se lancer dans l’écriture. Depuis, cette Suissesse installée dans la région bâloise n’arrête pas: déjà deux romans publiés, un grand nombre de nouvelles et une multitude d’autres projets, tous très différents les uns des autres. Elle nous fait l’amitié de nous en parler.

Cette interview est réalisée avec la complicité des Auteurs helvétiques de littérature de genre, un groupe qui s’est constitué depuis peu et dont je fais partie. Attendez-vous à lire bientôt d’autres entretiens avec des auteur-e-s du groupe.

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Tu lis depuis toujours. Qu’a-t-il fallu pour que tu fasses le bond de l’écriture ?

Mes premières tentatives d’écriture remontent à plus de vingt ans, avec une nouvelle qui a été publiée entretemps, mais que je n’oserais plus présenter telle quelle aujourd’hui. Ce texte est né d’une envie de traverser le miroir, de créer quelque chose moi-même. Cette petite flamme a dû attendre deux décennies avant de s’épanouir complètement, mais elle est toujours restée vivace.

À présent, quelle sensation ça fait d’être une jeune auteure ?

C’est beaucoup d’émotions ! Depuis 2015, j’ai vécu nombre de moments uniques, intenses, formidables. Les premiers « oui », pour des nouvelles, puis pour les romans, la découverte des couvertures, les sommaires, les contacts et échanges, les séances de dédicaces en salon ou en solo, les retours spontanés de lecteurs… Je ne m’en lasse pas, et espère vivre encore souvent de tels instants.

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Ce que tu écris aujourd’hui, aurais-tu pu l’écrire à une autre époque de ta vie ?

Pas de manière aussi satisfaisante. Je pense qu’une certaine maturité m’était nécessaire pour trouver ma « voix », mon style d’écriture, mais aussi pour ne plus m’éparpiller lors de l’élaboration d’un projet.

Comme la plupart des auteur-e-s, tu n’es pas professionnelle actuellement. Quand parviens-tu à te consacrer à l’écriture ? Est-ce que tu souhaiterais pouvoir disposer de davantage de temps ?

Chaque année, je demande au Père Noël de m’offrir des journées de 27 heures… Comme mes courriers doivent se perdre sur la route du Pôle Nord, je jongle entre enfants, boulot, maison et famille. Mon travail à temps partiel me permet toutefois de dégager plusieurs heures consacrées à l’écriture dans la semaine.

Malgré tout, tu es une auteure prolifique, avec deux romans, plusieurs autres récits publiés et toutes sortes de projets. Quel est ton secret ?

Le thé vert et le chocolat ! Plus sérieusement, un imaginaire bien musclé qui tourne en permanence, et un besoin continuel de créer quelque chose.

Parmi tous tes projets et tous les genres auxquels tu as touché, est-ce que tu discerne un fil rouge, un thème central que tu aimes revisiter ?

Le thème de l’identité revient souvent dans mes récits. Qui est-on, qu’est-ce qui est inné ou acquis, quels sont les choix possibles pour changer, devenir ou non quelqu’un d’autre, trouver sa place… Ces thématiques me passionnent. Mes personnages ont également souvent un jumeau, ou des relations fraternelles fortes.

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Vivre de ta plume, c’est un objectif ? As-tu un plan de carrière ?

Ce serait merveilleux ! Mais je crois hélas qu’il faut savoir rester réaliste ; les succes-stories à la Dicker ou à la Dabos en SFFF restent bien rares… Mon objectif de carrière en tant qu’auteure, ce serait surtout de tenir sur la durée, de faire mon petit trou, même modeste.

Quand tu n’écris pas, est-ce qu’une partie de toi continue à réfléchir à l’écriture ? D’où viennent tes idées ?

Je « pré-écris » énormément en conduisant ou lors de mes insomnies, cela me permet souvent de jeter la trame d’une histoire ou de développer des dialogues. Quant à l’origine de mes idées… Bonne question ! Ça peut venir d’une bribe de rêve d’un détail vu dans un film, dans la rue… Je ne sais pas trop, en fait. Souvent, c’est un personnage qui s’impose, ou une scène qui se dessine, et le reste s’imbrique à partir de là. Et j’adore cette phase de création pure, quand on définit un monde, ses règles, quand les personnages naissent et s’affirment… C’est vraiment mon étape préférée, et c’est pour cela aussi que le format nouvelle me plait autant.

« Le Projet Alice » et « Tombent les anges » sont respectivement un thriller teinté d’anticipation et un thriller mêlé de surnaturel. Le mélange des genres, c’est important pour toi ?

Très important ! Il y a tellement des pistes passionnantes à explorer, rien qu’en SFFF. Se cantonner à un seul genre serait bien dommage. Voilà pourquoi j’essaye, en tout cas pour les nouvelles, de tester quelque chose de nouveau à chaque fois, qu’il s’agisse  du genre, de la narration, du style… Ça permet d’élargir son horizon et d’acquérir de l’expérience en écriture. Je fais en sorte de toujours sortir des sentiers battus, jusqu’à écrire de l’heroic fantasy, bien que ce ne soit pas ma tasse de thé. Sur le front des romans aussi, j’ai actuellement des projets en low fantasy, bit-lit, fantastique, fantasy/post-apo, urban fantasy et un thriller.

 

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Tu fais partie du groupe des Auteurs helvétiques de littérature de genre. Y-a-t-il selon toi quelque chose de typiquement suisse dans ton approche de l’écriture ?

Hormis une certaine constance et un côté consciencieux qu’on pourrait juger tout helvétique, je ne crois pas. Au contraire, puisque je vise plutôt des éditeurs et donc un lectorat français, je dois veiller à ne pas parsemer mes textes d’expressions suisses. Finis les soupers, les chiffres en septante ou nonante,  les parcages, les « j’aurais meilleur temps »…

Un conseil, une suggestion à ceux qui te lisent et qui ont envie d’écrire ?

Continuer à lire, plein de choses, de genres et de styles différents, tout d’abord. Puis se lancer ! Chaque auteur a sa manière de fonctionner, jardinier, architecte, noircisseur de feuillets ou accro au clavier… Il faut trouver sa propre voie, son format de prédilection, ses méthodes. Celle dite « du flocon » m’a parfois bien aidée à cadrer des récits qui partaient dans tous les sens. Après, il faut savoir faire preuve de patience, accepter les critiques, remettre souvent son ouvrage sur le métier… En bref, faire preuve de persévérance. (Je dis ça, mais il n’y a pas plus impatiente que moi ! 😉 )

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Tu as, paraît-il, une trilogie de fantasy qui dort dans tes tiroirs. De quoi s’agit-il et quand pourras-t-on la lire ?

Ha, ce projet-là, toute une histoire… L’idée de base date d’il y a plus de dix ans. Depuis, la trame s’est bien modifiée, ce qui devait être un one-shot léger est devenu une trilogie parfois assez sombre, que j’essaye de retricoter en dyptique, et le titre a changé plusieurs fois, pour finalement s’arrêter sur « la Bannière au Renard ». J’espère que je trouverai bientôt un éditeur pour cette histoire qui me tient à cœur.

Parmi tes projets, lequel est le plus proche de se réaliser ?

Il me manque une boule de cristal pour répondre à cette question ! J’aimerais bien sûr que la prochaine bonne nouvelle concerne « la Bannière au Renard », puisque c’est le plus abouti de mes projets en cours. Autrement, 2018 s’annonce chouette point de vue nouvelles, avec un récit fantastique fraîchement paru dans l’anthologie Malpertuis IX, et un autre, horrifique celui-là, à venir dans Ténèbres. Sinon, j’espère pouvoir encore écrire une ou deux fois le mot « fin » en bas d’un bon paquet de pages… 😉

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