Les personnages: résumé

blog le petit plus

Comme j’ai pris l’habitude de le faire chaque fois que je clôt un chapitre sur ce blog, je rassemble ici tous les billets consacrés aux personnages que j’ai rédigé ces dernières semaines, en espérant que vous trouviez cela utile.

Bonne lecture et n’hésitez pas à me faire part de vos retours! ☺️

Première partie: Les personnages principaux

Deuxième partie: Les personnages secondaires

Troisième partie: Personnages – quelques astuces

Quatrième partie: Personnages – les outils

Cinquième partie: Le protagoniste

Sixième partie: L’antagoniste

Septième partie: Les partenaires de l’antagoniste

Publicités

Les partenaires de l’antagoniste

blog partenaires antagoniste

Bien souvent, un antagoniste efficace est quelqu’un qui sait s’entourer. Après avoir examiné le rôle de l’antagoniste dans une œuvre de fiction, je vous propose ici de nous pencher sur un certain nombre de personnages annexes qui vivent dans son orbite et contribuent avec lui à rendre la vie dure aux protagonistes d’un roman.

Cela va de soi : aucun des rôles ci-dessous n’est indispensable, et chacun d’entre eux représente un stéréotype qu’il convient de développer, de subvertir et de traiter avec doigté et imagination afin de lui donner du relief et de l’intérêt. Je vous laisse un peu de boulot.

Le dragon

Bien souvent, c’est en tout cas l’option la plus classique, l’antagoniste d’une histoire n’est vaincu qu’à la fin. Lorsque ses plans sont déjoués, la tension narrative retombe et l’histoire se termine. Il est même très courant que protagoniste et antagoniste ne se confrontent que juste avant la conclusion du roman. Comment, dès lors, incarner la menace que représente l’antagoniste, comment compliquer la vie des personnages principaux en attendant ce fatidique face-à-face ?

Pour cela, il y a le dragon (un terme que j’emprunte à TVTropes). Il représente l’obstacle que doivent franchir les protagonistes avant de vaincre l’antagoniste. Alors que l’antagoniste est celui qui tire les ficelles, qui orchestre la série d’embûches qui se dressent sur le chemin des héros, le dragon est là, sur le terrain, pour se confronter à eux physiquement et leur rendre la vie dure. S’il est vaincu, cela représente une grande avancée, mais pas la victoire finale. Dans Star Wars, le rôle du dragon est tenu par Darth Vader.

Le dragon peut être le fidèle lieutenant de l’antagoniste, un mercenaire qu’il paye pour exécuter ses basses œuvres ou un allié qui accepte temporairement de jouer un rôle mineur. Il peut même s’agir d’un authentique dragon ou d’une autre créature fabuleuse. À noter que même en-dehors de la littérature d’aventure, le rôle du dragon peut très bien trouver sa place. Le tueur à la solde d’un baron de la drogue dans un thriller, le DRH sans scrupules qui exécute les basses œuvres d’un patron, la sœur acariâtre qui rapporte tout à un père manipulateur dans une saga familiale : ce sont tous des dragons.

Enfin, le dragon, comme l’antagoniste, peut avoir un arc narratif, il peut évoluer : il est même recommandé qu’il en soit ainsi. Un dragon peut nourrir ses propres ambitions, souhaiter prendre la place de l’antagoniste, ou, au contraire, trouver la rédemption et aider les personnages principaux à triompher de celui qui sera dès lors devenu leur ennemi commun. Comme l’antagoniste, plus vous consacrez de temps à comprendre ce qui le motive, meilleur sera votre dragon, et donc tout votre récit.

Les sbires

Si le dragon constitue l’obstacle qui semble infranchissable sur la route du héros, les sbires en sont les jalons, les accidents de parcours, qui viennent corser la vie des personnages principaux mais dont ils finissent par triompher tôt ou tard. Dans Le Seigneur des Anneaux, les sbires sont les Orcs, alors que dans Harry Potter, ce sont les Mangemorts.

Le rôle symbolique des sbires est de nous rappeler que l’antagoniste possède des alliés, des amis, une organisation qui le soutient, et que son pouvoir s’exprime à travers eux. Oui, il est possible de s’en défaire, mais pas de les éliminer tous : leur présence nous confirme que rien ne changera vraiment tant que les plans de l’antagoniste ne seront pas déjoués.

Même si les sbires constituent une menace diffuse et souvent désincarnée, sans nom et parfois sans visage, il est tout de même important de s’interroger sur ce qui les motive à épouser la cause de l’antagoniste. Qu’ont-ils à y gagner ? Agissent-ils par conviction, par intérêt, par peur ? Qu’est-ce qui serait susceptible de les faire abandonner le combat ou changer de camp ?

Attention cependant : plus vous humanisez les sbires, plus il va devenir inconfortable que votre héros les massacre par dizaines. La confrontation ne doit pas nécessairement prendre un tour violent. La simple présence des sbires peut obliger les protagonistes à ruser, à se montrer prudent ou à faire preuve de discrétion.

medieval-monsters

Le miroir

J’ai eu l’occasion de le dire : il est crucial que l’antagoniste ait de l’épaisseur, des objectifs identifiables et même une vie intérieure. Tout cela n’est pas facile à obtenir si on n’a aucun accès à ses pensées. Dans un roman où l’antagoniste est absent ou n’est révélé que dans les derniers chapitres, il risque de paraître creux et inintéressant. Une manière d’étoffer son rôle, c’est de lui donner un miroir, c’est-à-dire un autre personnage avec qui il peut dialoguer. Monsieur Mouche, dans Peter Pan, est le miroir du Capitaine Crochet.

Le miroir peut être un conseiller, un proche, un ami, un confident, un stratège. Quoi qu’il en soit, son rôle dans l’intrigue est de donner à l’antagoniste quelqu’un à qui parler, ce qui permet déjà de rendre certaines scènes d’exposition plus naturelles, mais aussi de mettre au jour les doutes et les contradictions psychologiques de l’antagoniste.

Par moments, le miroir peut faire office de conscience pour l’antagoniste, et tenter de le pousser en direction d’un comportement plus moral, ou au contraire, il peut l’inciter à commettre des actes de plus en plus répréhensibles. Il est même possible de mettre en scène deux miroirs différents, qui tiennent chacun un de ces rôles, comme les anges et les démons qui apparaissent sur les épaules des personnages de dessins animés.

Comme le dragon, le miroir peut lui aussi gagner à avoir un arc narratif, à avoir ses propres ambitions et sa propre ligne morale, distinctes de celles de son patron.

Le satellite

Le satellite est un personnage qui existe dans l’orbite de l’antagoniste mais qui ne participe pas à ses plans. Typiquement, il s’agit d’un membre de sa famille ou d’un être aimé : quelqu’un de proche, qui compte dans sa vie et qui, bien souvent, représente un aspect de son existence qui n’est pas directement lié à ses ambitions. Il peut s’agir d’un conjoint, d’un enfant ou d’un parent, mais aussi d’un ami, d’un mentor, de quelqu’un dont l’antagoniste aurait la charge. Il peut même s’agir d’une institution : une entreprise, une fondation, un orphelinat, un théâtre, allez savoir. Dans Le Parrain, l’épouse de Michael Corleone, Kay, est son satellite.

Il y a deux bonnes raisons d’adjoindre un ou plusieurs satellites à un antagoniste. La première, c’est que cela les humanise : si celui que l’on a jusque-là voulu voir comme un « méchant » se préoccupe sincèrement de personnes qu’il aime, est-il vraiment aussi mauvais que cela ? Cela peut même inviter le lecteur à reconsidérer sa position : et si c’était le protagoniste qui était dans l’erreur ?

Seconde raison de recourir à un satellite : cela donne un point faible à l’antagoniste. À partir du moment où le protagoniste en entend parler, il peut tenter d’exploiter cette faille et en appeler à l’aspect humain de son adversaire, voire même en menaçant ou en mettant en danger ces satellites. Là aussi, cela ajoute de l’ambiguïté et remet en question les rôles attribués aux personnages de l’histoire : si le protagoniste est prêt à faire du mal à des innocents pour damer le pion à l’antagoniste, lequel est vraiment le plus mauvais ?

drawn-creature-medieval-9

Le para-antagoniste

Un para-antagoniste, c’est un antagoniste parallèle. Il s’agit d’un personnage qui n’est pas l’antagoniste principal de l’histoire et qui ne partage pas ses buts, mais qui, pour d’autres raisons, va tout de même compliquer la vie des protagonistes. Bien souvent, un para-antagoniste ne s’oppose pas au personnage principal, mais à un de ses proches. Le cas le plus connu est celui de Jabba, le baron du crime de Star Wars qui fait office de para-antagoniste, principalement opposé au personnage de Han Solo.

Avec l’introduction de ce genre de personnage, on a également l’opportunité de proposer un antagoniste bis qui tranche complètement avec l’antagoniste principal, du point de vue de son caractère, de ses méthodes, du ton qui lui est associé (l’un peut être tragique et l’autre comique, par exemple) ainsi que des thèmes qu’il illustre. C’est par leur contraste qu’ils vont chacun trouver leur place dans l’intrigue.

Un para-antagoniste peut venir apporter un zeste d’incertitude dans un roman. Puisqu’il ne s’intéresse à priori ni aux affaires du protagoniste, ni à celles de l’antagoniste, il peut, au gré des circonstances, choisir de s’allier avec l’un ou avec l’autre – ou corser l’existence des deux.

Bien entendu, un para-antagoniste fonctionne comme un antagoniste, et peut, au même titre que celui-ci, avoir un arc narratif qui lui est propre, ainsi que ses propres sbires, dragons, miroirs, etc… Attention tout de même à ne pas trop en faire et à ne pas surcharger l’intrigue de votre roman avec d’innombrables personnages qui s’opposent aux héros et aux uns et aux autres. Tout le monde ne s’appelle pas G.R.R. Martin.

L’anti-antagoniste

Ce que je choisis d’appeler ici un « anti-antagoniste », c’est un personnage qui est l’antagoniste de l’antagoniste, sans être le protagoniste.

Il y a deux cas de figure principaux qui peuvent se présenter : le premier, c’est celui d’un rival ou d’un adversaire de l’antagoniste, mais qui n’est aucunement lié aux préoccupations et aux affaires du protagoniste. Dans ce cas, il s’agit d’un personnage dans lequel les personnages principaux peuvent trouver un allié potentiel – à moins qu’il ne finisse par se retourner contre eux également. « Les ennemis de mes ennemis sont mes amis » : ce principe un peu trop mathématique peut donner lieu dans un roman à un cas de conscience et à un test moral pour les héros, en particulier si l’anti-antagoniste est à peine moins ignoble que l’antagoniste.

La seconde situation, c’est celle où l’anti-antagoniste se révèle être un super-antagoniste, que tous les personnages, bons ou mauvais, finissent par devoir combattre. Dans sa trilogie « Seven Princes », John R. Fultz révèle ainsi qu’une des motivations des méchants des deux premiers tomes était de prévenir l’arrivée d’un méchant encore plus méchant, qui finit par débarquer dans le dernier volume. Oh, quelle méchanceté! Tout cela m’écœure.

⏩ La semaine prochaine: le style

L’antagoniste

blog antagoniste

Un antagoniste, c’est le méchant dans une histoire : celle ou celui qui tente de déjouer les plans du protagoniste, dont les actes sont autant d’embûches pour les personnages principaux, qui représente un contrepoint dramatique, symbolique et thématique aux thèses du roman. Parfois même, il a une moustache.

Un roman peut très bien se passer d’un antagoniste. Dans le genre du bildungsroman, par exemple, on suit la trajectoire d’un enfant ou d’un jeune jusqu’à l’âge adulte, en étant le témoin des embûches qu’il doit traverser pour devenir la personne qu’il sera. Des romans psychologiques s’attachent à décrire des individus à un tournant de leur vie, face à un divorce, une prise de conscience, une transformation, qui n’a nul besoin d’être incarnée dans un méchant de fiction. Il y a des romans de voyage qui nous emmènent à la découverte du monde et des états d’âme de ceux qui le découvrent. Certains textes de science-fiction, et même quelques romans policiers, tournent autour d’une énigme à résoudre, sans aucun plan maléfique à déjouer.

Un texte romanesque est presque toujours l’histoire d’un conflit

En ce qui concerne les auteurs qui font le choix d’inclure un antagoniste dans leur roman, il faut cependant souligner à quel point son rôle est important : un texte romanesque, et plus largement la fiction en général, est presque toujours l’histoire d’un conflit. Il peut s’agir d’un conflit d’intérêt, d’une guerre, d’une divergence d’opinion, d’une lutte intérieure, mais lorsque l’on simplifie les choses à l’extrême, on trouve toujours un gros problème en attente de résolution. L’antagoniste, c’est celui qui cause ce gros problème, qui orchestre les soucis. C’est même parfois lui, le gros problème. C’est dire à quel point il est important : par bien des aspects, c’est lui qui va donner sa forme au roman.

A quoi ressemblerait la vie de Harry Potter si on retirait Voldemort de l’histoire ? Les Misérables sans Javert ? Peter Pan sans le Capitaine Crochet ? On peut parier que ça serait beaucoup plus tranquille, voire même un peu ennuyeux.

L’existence d’un antagoniste apporte à l’histoire un conflit central, qui lui procure de la tension et esquisse sa structure. Sans lui, sans les enjeux dramatiques qu’il génère naturellement, un romancier risque de laisser son œuvre s’embourber dans une série de conflits mineurs et d’incidents aléatoires : du mélodrame ou rien d’important ne se produit.

Dans de nombreux ouvrages d’aventure, de fantasy, de science-fiction, l’antagoniste prend la forme d’un grand méchant, aussi central dans l’intrigue et aussi complexe que le protagoniste. Quel que soit votre intrigue et le genre dans lequel vous œuvrez, votre antagoniste mérite d’avoir autant d’attention que votre protagoniste. Faites en sorte qu’il s’agisse d’un personnage complet, vraisemblable, solidement charpenté. Donnez-lui un objectif et aidez le lecteur à voir les choses de sa perspective. Plus l’antagoniste sera intéressant, plus le conflit au cœur du roman sera crédible.

Les antagonistes poursuivent leurs propres buts

À ce sujet, une formule bien connue, c’est « Chaque méchant est le héros de sa propre histoire. » En d’autres termes : ceux qu’on nous présente comme les « méchants » d’un roman ne se conçoivent pas ainsi. Ils poursuivent leurs propres buts, de manière tout aussi rationnelle que les autres personnages. Même s’il y a des exceptions, il s’agit néanmoins d’un principe à garder à l’esprit pour donner de l’épaisseur à votre antagoniste.

Une possibilité pour donner du relief à une histoire, c’est de concevoir l’antagoniste comme un double du protagoniste : tous les deux, par exemple, viennent de milieux modestes, tous les deux ont grandi dans la même ville, avaient les mêmes rêves et les mêmes ambitions, mais leurs trajectoires individuelles les mènent à s’opposer frontalement. Pour que le conflit extérieur soit doublé d’un conflit intérieur, les deux personnages peuvent avoir une histoire commune qui précède le roman, voire des liens familiaux ou affectifs : une sœur, un amant, un mentor, une amie.

À l’inverse, la paire protagoniste/antagoniste peut être conçue comme deux pièces opposées en tous points : l’un est riche et l’autre pauvre ; l’un jeune, l’autre vieux ; une femme et un homme ; un introverti et un extraverti ; un savant et un autodidacte ; un sceptique et un zélote. Leur opposition tournera alors en une étude riche en contraste de leurs différences.

Il peut lui aussi évoluer et posséder son propre arc dramatique

Il est intéressant de noter qu’un antagoniste n’a pas à être une figure figée : il peut lui aussi évoluer et posséder son propre arc dramatique. Les deux options classiques sont l’arc de rédemption, où l’antagoniste en vient progressivement à tomber d’accord avec le protagoniste, et l’arc de radicalisation, où ce qui n’était qu’un désaccord léger devient une lutte acharnée. Cela dit, des évolutions de toutes sortes sont possible, et il est donc conseillé de se demander dans quelle mesure les événements du roman peuvent faire changer son antagoniste, afin qu’il y gagne en épaisseur psychologique.

De même, tout ce que j’ai dit au sujet du protagoniste et des personnages principaux est valable pour l’antagoniste : lui aussi est défini par ses actes, a des liens avec d’autres personnages, occupe une niche spécifique dans le décor de l’intrigue, a des failles, des opinions, une manière distinctive de parler, etc…

La tentation peut exister chez certains auteurs de décider que l’antagoniste n’est pas une personne, mais un concept désincarné : le capitalisme, la religion, la maladie. Cela peut fonctionner si l’on y met du cœur et du travail, mais en optant pour cette solution, l’intrigue risque de s’égarer : un antagoniste abstrait mène à une intrigue abstraite, à laquelle il est difficile de s’intéresser. Rien n’intéresse davantage les humains que les autres humains, et votre concept ne sera que plus captivant s’il est incarné dans une personne de chair et de sang, qui peut agir, réagir, ressentir des émotions et en exprimer.

Il a sa place même en-dehors de la littérature de genre

Jusqu’ici, je suis parti du principe un peu simpliste selon lequel l’antagoniste était le méchant de l’histoire, qui s’oppose à un gentil protagoniste. C’est loin d’être le seul cas de figure. Dans un récit dont le personnage principal est un tueur en série, le flic qui le poursuit implacablement sera l’antagoniste de l’histoire, même si sa morale est irréprochable. De même, une histoire qui mettrait en scène un chef de gang criminel en pleine guerre contre un de ses rivaux, le premier serait le protagoniste, le second l’antagoniste, même si aucun d’entre eux ne peut prétendre à la supériorité morale sur l’autre.

Pour continuer à déboulonner la figure de l’antagoniste présenté comme le méchant de l’histoire, on peut encore noter qu’il a sa place même en-dehors de la littérature de genre. Oui, on peut écrire un roman sans antagoniste, mais ceux-ci viennent malgré tout se loger là où on ne les attend pas. Une histoire où une sœur se dispute un héritage avec une autre pourra très bien les mettre en scène comme, respectivement, un protagoniste et un antagoniste, alors qu’on est à mille lieux du roman d’aventure. L’antagoniste peut même être intérieur. Dans Crime et châtiment de Dostoïevski, le sentiment de culpabilité de Raskolnikov en fait son propre antagoniste, tant et si bien que le personnage incarne les deux rôles simultanément.

📖 La semaine prochaine: les partenaires de l’antagoniste

Le protagoniste

blog protagoniste

Vous allez dire que je radote. C’est vrai, j’ai déjà eu l’occasion de détailler un certain nombre de principes destinés à caractériser les personnages principaux d’un roman et les distinguer des personnages secondaires. Ici, j’aimerais encore prendre le temps de m’attarder quelques temps sur le rôle spécifique du protagoniste.

C’est au poète grec Thespis que l’on doit l’invention du protagoniste. Dans son œuvre comme dans le théâtre grec antique qui a suivi, « protagoniste » était tout simplement le nom que l’on donnait à un acteur qui évoluait en-dehors du chœur et entrait en dialogue avec celui-ci, incarnant généralement un ou plusieurs des personnages centraux de la tragédie. Ah, sacrés Grecs.

Beaucoup de choses ont changé depuis cette époque, mais une idée reste centrale : le protagoniste, c’est celle ou celui qui se détache de la masse, dont on perçoit la voix singulière au milieu du vacarme ambiant. Le protagoniste, c’est donc devenu le personnage principal d’une œuvre. Un rôle central qui se manifeste de différentes manières.

Le moteur de l’intrigue

Un protagoniste est, de tous les personnages d’un roman, celui qui est le plus étroitement lié à son intrigue. C’est de lui que l’on raconte l’histoire, c’est lui qui en fournit l’impulsion, qui est le premier concerné par les remous du roman, qui prend toutes les décisions majeures qui influencent le cours de l’histoire.

Le protagoniste donne à l’intrigue sa direction. C’est lui dont les choix et les actes changent la tournure des événements. D’une certaine manière, on peut dire que le protagoniste est une machine à générer l’histoire au cœur de laquelle il se situe. Sans lui, dispersée entre de multiples personnages, le roman risquerait de devenir une expérience chorale et sans forme, dont aucune figure centrale ne se détacherait pour donner de la cohérence à l’ensemble. Un protagoniste, ça n’est rien d’autre que l’outil avec lequel l’auteur donne sa forme au narratif.

Il est possible d’opter pour un protagoniste qui n’est pas le moteur de l’intrigue, une figure centrale ballottée par des événements qui ne dépendent pas d’elle, comme un bouchon de liège au milieu d’un océan déchaîné, mais il est très difficile de réussir à rédiger un roman captivant en choisissant cette option : le risque est que le lecteur se demande pourquoi on suit les aventures de cette figure passive qui ne fait que subir les événements, plutôt que celles des personnages qui prennent réellement les décisions.

L’incarnation des thèmes

Même si les thèmes sont des éléments qui nourrissent toute une œuvre et guident les choix de l’auteur dans leur ensemble, c’est à travers le protagoniste que ceux-ci s’illustrent le plus visiblement.

Bien souvent, c’est lui qui les incarne le plus directement et le plus littéralement, étant entendu qu’un livre qui traite de la mortalité mettra généralement en scène un protagoniste qui est confronté à la mort, qu’un livre dont le thème central est la solitude comportera vraisemblablement un protagoniste qui en souffre et qu’un livre qui tourne autour de l’idée de l’avarice va nous présenter un personnage avare ou qui subit les conséquences des actes d’individus âpres au gain.

En fait, un auteur qui souhaite accorder toute l’attention qu’ils méritent aux thèmes de son roman pourra difficilement faire l’impasse sur la réflexion qui consiste à se demander quel impact ceux-ci ont sur le protagoniste et de quelle manière celui-ci peut aider à mettre en lumière les thèmes du livre. Sans cette approche, si, pour une raison ou pour une autre, le protagoniste est laissé de côté de la réflexion thématique du roman, celle-ci risque d’être incomplète ou peu convaincante.

À l’inverse, si les principaux thèmes d’un livre sont exprimés à travers le cheminement du protagoniste, ils gagneront en clarté et en visibilité et le travail thématique du romancier sera, sinon complet, en tout cas bien avancé.

Les yeux du lecteur

On a eu l’occasion d’en parler : il y a de nombreuses manières de raconter une histoire et la fonction de narration n’est pas toujours couplée avec le personnage principal d’une œuvre. Malgré tout, quel que soit la façon dont les événements sont rapportés, le protagoniste reste le principal compagnon de voyage du lecteur : c’est à ses côtés que celui-ci découvrira l’univers de l’œuvre, à travers lui qu’il traversera toutes sortes d’émotions, ce sont ses interrogations qu’il partagera et c’est de lui que va dépendre une bonne partie l’attachement que le lectorat peut avoir vis-à-vis d’une œuvre.

On le répète : il n’est pas indispensable que le personnage principal d’un livre soit sympathique. Mais dans la mesure où lecteur et protagoniste vont passer pas mal de temps ensemble, l’auteur serait bien avisé de faire en sorte que l’on ait au moins une bonne raison de vouloir suivre les aventures d’un tel individu : parce qu’il est attachant, parce qu’il est intéressant, parce qu’il est imprévisible, etc…

Un livre peut être aussi bien écrit que l’on veut, si le lecteur est rebuté par le protagoniste, s’il le trouve fade, horripilant ou mal choisi, il aura envie de le refermer avant de l’avoir terminé et de passer à autre chose. Confession personnelle : à en croire certaines critiques, plusieurs lecteurs de mon roman « La Ville des Mystères » n’ont pas apprécié que son héroïne adolescente tombe amoureuse d’un inconnu au premier regard. Désapprouvant cette attitude, ils n’ont pas cru au personnage, ni, dès lors, au livre. Il n’est bien sûr pas possible de concevoir un personnage qui plaise à tout le monde, mais ce serait une erreur de négliger cette dimension.

Le miroir des personnages

Dans un roman où un personnage central se détache en tant que protagoniste, celui-ci va occuper la place centrale du réseau de liens qui se tisse entre tous les personnages. C’est à travers son regard, par le biais des relations qu’ils entretiendront avec lui que les autres personnages de l’histoire vont se révéler et prendre leur pleine dimension.

À moins de bâtir un roman choral, où chaque personnage jouit de la même importance et où aucun d’entre eux n’occupe le devant de la scène, les relations entre le protagoniste et les autres personnages sont les seules qui comptent vraiment. À moins qu’elles servent à les définir (comme dans le cas de jeunes mariés), les relations qu’entretiennent les personnages secondaires entre eux sont tangentielles, voire anecdotiques, et risquent d’alourdir le récit et de plonger le lecteur dans la confusion.

Dans la plupart des cas, le romancier aura donc avantage à utiliser le protagoniste comme un révélateur des autres personnages, et à s’arranger pour qu’il soit impliqué dans toutes les relations les plus significatives de l’histoire.

L’adversaire de l’antagoniste

Dans un roman qui possède un antagoniste, celui-ci sera automatiquement lié de près au protagoniste. Un prochain billet détaillera ce rôle. Rôh mais le suspense est insoutenable.

Se tromper de protagoniste

À la lecture de ces conseils, il se peut que vous ressentiez une gêne, en réalisant que le protagoniste de votre projet de roman n’a rien en commun avec le rôle que je décris ici : ce n’est pas lui qui fait avancer l’intrigue, les thèmes principaux du roman sont illustrés par d’autres personnages, tout dans sa manière d’agir est hostile au lecteur et les relations qu’il tisse n’ont rien de significatif.

Si vous vous retrouvez dans cette situation, il y a plusieurs explications possibles : peut-être que c’est parce que je fais fausse route dans mes conseils, peut-être que votre idée est tellement originale qu’elle s’affranchit des conventions, mais il est également possible que vous vous soyez trompé de protagoniste. Celle ou celui dont vous pensiez qu’on racontait l’histoire ? En réalité, ce n’est qu’un personnage secondaire.

Il n’y a pas de mal à réaliser que le véritable protagoniste de « Don Quichotte » est son écuyer Sancho Panza : cela permet d’adapter l’approche que l’on a d’un roman et de tout modifier en fonction de cette prise de conscience. En prenant conscience que l’on s’est trompé de protagoniste, toutes sortes d’éléments problématiques d’un texte deviennent clairs, les blocages se défont d’eux-mêmes. Reste à l’auteur à réécrire certaines scènes et à procéder à quelques adaptations pour que cette bascule d’un protagoniste vers un autre soit une réussite.

📖 La semaine prochaine: l’antagoniste

Les personnages principaux

blog personnages principaux

Créer des personnages est un des piliers de l’écriture romanesque, sans doute aussi important que de bâtir une intrigue. Pourtant, alors que la construction de l’histoire est une question technique et fastidieuse, celle des personnages est plus instinctive, reposant sur l’observation et l’expérience humaine de l’auteur. Bref, c’est plus rigolo à faire.

Pourtant, ne nous y trompons pas : même s’ils se ressemblent, un personnage n’est pas une personne, et ce qui est valable pour l’un ne l’est pas nécessairement pour l’autre. Il existe des techniques qui permettent de tirer le meilleur de cette étape de l’écriture, et je vous propose de nous y attarder dans ce billet et les suivants.

Par souci de clarté, et même si en pratique la division entre les deux n’est pas toujours tranchée, je vais me pencher tout d’abord sur les personnages principaux, pour examiner la semaine prochaine les personnages secondaires, qui ne fonctionnent pas tout à fait de la même manière.

Les personnages principaux, protagonistes ou pas, antagonistes ou pas, sont les agents de l’intrigue, des machines à histoires, ceux dont on raconte les aventures et sur qui les événements ont le plus d’impact. Comme le lecteur passe beaucoup de temps à leurs côtés – et parfois même dans leur tête – ils sont plus complexes que les autres et nécessitent plus d’attention de la part d’un écrivain. Voici quelques règles à garder en tête à leur sujet.

Les personnages principaux sont définis par leurs actes

Un personnage est ce qu’il fait. Personnage = action. S’il n’y a qu’une seule leçon à retenir, c’est celle-là. Votre protagoniste a peut-être un look d’enfer, la langue bien pendue et une tragique histoire personnelle, mais la seule chose que les lecteurs vont retenir à son sujet, ce sont ses actes (avec la précision tout de même que dans certains cas, parler, c’est agir).

Ainsi, lorsque vous souhaitez définir ce qui fait l’originalité d’un personnage, ne le faites pas à travers des descriptions ou des anecdotes, mais à travers des scènes où il agit. Ne gaspillez pas le temps du lecteur à nous dire que votre détective est un casse-cou, montrez-le en train de grimper dans une voiture en marche. Ne vous contentez pas d’affirmer que la duchesse a un sens moral chancelant, faites-lui accepter un pot de vin.

Par ailleurs, la passivité empoisonne le récit. Un personnage principal doit agir et emmener toute l’histoire avec lui. Ce n’est pas une feuille charriée par le courant, c’est un saumon qui remonte la rivière : il agit, il mène le bal, il influence le déroulement de l’histoire.

 

Les personnages principaux sont compréhensibles

Il n’est pas indispensable que les personnages principaux soient sympathiques : les lecteurs sont tout à fait capables d’accepter de suivre les aventures d’individus peu recommandables, d’anti-héros, voire de monstres abominables (il y en a même qui préfèrent ça).

Par contre, aussi épouvantables soient-ils, il faut qu’ils soient compréhensibles : leurs motivations d’agir doivent être claires, et même si on désapprouve leurs actes, il est impératif que l’on comprenne pour quelle raison ils agissent comme ils le font. Il faut que les rouages de leurs mécaniques internes soient visibles, en tout cas en partie.

C’est le secret de séries télé comme Breaking Bad, qui nous font adopter le point de vue de personnages franchement ignobles : même quand on n’est pas de leur côté, même quand on les désapprouve, ce qui les motive à agir est toujours parfaitement clair.

Cela dit, même si les lecteurs sont prêts à tout pardonner à des personnages monstrueux pour autant que ceux-ci soient convaincants et bien construits, ils ont beaucoup plus de peine à tolérer des personnages agaçants. Donc gardez à l’esprit que si votre protagoniste n’a pas de sens moral, accorde peu d’intérêt à la vie humaine et est prêt à tout écraser sur son passage pour atteindre ses objectifs, cela gênera probablement moins le lecteur que s’il est capricieux, querelleur, mièvre, radoteur ou pleurnichard.

hauntology

Les personnages principaux ont un arc narratif

La fonction d’un personnage principal dans l’intrigue n’est pas fixe. Elle évolue au cours du récit. Comme on a eu l’occasion de le voir auparavant, une histoire, c’est un récit au cours duquel le personnage change. Au fil des pages, les personnages importants d’un roman vont en apprendre plus sur eux-mêmes, changer de statut et d’opinions, et ressortir différents de leurs expériences. Un personnage principal qui ne change pas n’a aucun intérêt.

En général, on peut même affirmer qu’un personnage principal intéressant a deux arcs narratifs : un extérieur et un autre intérieur. Il va poursuivre un but tout au long du roman, pour parvenir finalement (ou non) à le réaliser, et en parallèle, il va suivre un cheminement intérieur dont il va sortir changé, ayant appris une leçon au sujet de lui-même. Dans certains cas, le personnage à la fin du roman a peu de choses à voir avec ce qu’il était au début, même s’il n’est pas indispensable d’atteindre de telles extrémités.

Les personnages principaux occupent une niche

Même si les différents personnages principaux de votre roman sont développés, riches et plein de contrastes, il n’en reste pas moins qu’ils vont occuper un rôle spécifique dans l’intrigue, un rôle qui peut changer au cours de l’histoire, mais dont l’auteur doit être conscient. Il est crucial d’éviter les doublons, c’est-à-dire les situations dans lesquelles deux personnages remplissent la même fonction, qui peut être résumée par les mêmes mots. Si deux de vos personnages principaux sont des « indics sarcastiques », de « braves chevaliers » ou des « femmes au foyer désespérées », à moins que votre objectif soit justement de les comparer l’un à l’autre, il faut agir : lorsque cela se produit, mieux vaut fusionner les personnages ou en modifier un afin qu’il soit plus distinctif.

Dans sa série de romans de science-fiction humoristique Le Guide galactique, Arthur Adams présente dès le départ un personnage nommé Ford Prefect, un type cool et excentrique qui a pas mal roulé sa bosse dans l’univers. Juste après, il un introduit un autre personnage, Zaphod Beeblebrox, un type encore plus cool, plus excentrique et qui connait encore mieux l’univers. Ford est éclipsé et ne trouve plus jamais sa place dans le narratif. Ne faites pas comme Arthur Adams (sauf bien sûr si vous voulez devenir un auteur à succès).

Les personnages principaux ont des liens

Pour définir un personnage, il faut s’intéresser à lui et à ce qui se passe à l’intérieur de sa tête, bien entendu. Mais il est tout aussi crucial de se pencher sur celles et ceux qui l’entourent, les personnes qu’il aime, celles qu’il déteste, le genre de rapports qu’il entretient avec elles, comment ceux-ci se construisent et se dégradent. Un personnage principal se situe au cœur d’un réseau de relations humaines complexes qui aident le lecteur à mieux comprendre qui il est.

L’affection prend parfois des destinations imprévisibles, et les gens peuvent haïr des individus qui leur ressemblent et qui sont plutôt recommandables, et avoir des coups de cœur pour des individus qui se situent aux antipodes d’eux, moralement et socialement.

Ainsi, votre protagoniste sera plus intéressant s’il entretient des sentiments puissants, positifs ou négatifs, vis-à-vis de certains personnages secondaires, à plus forte raison s’ils sont inattendus. Votre chevalier au grand cœur a peut-être d’admirables qualités morales, mais si vous lui flanquez un repris de justice comme meilleur ami, il gagnera en profondeur. Autres exemples : un homme cruel mais sincèrement amoureux d’une femme admirable, ou un personnage honnête mais dévoré de jalousie pour quelqu’un qu’il estime plus privilégié que lui.

3f2a9e74aa397859761158907cd17bd6

Les personnages principaux ont des failles

Nos défauts nous donnent plus de caractère que nos qualités. Il ne s’agit pas d’un jugement de valeur : bien sûr, les gens fiables, honnêtes, généreux ou hospitaliers sont formidables, mais d’une certaine manière, ils incarnent la norme, la manière dont on est supposé se comporter en société. Dès lors, les défauts, les failles, tout ce qui vient ébrécher la surface trop lisse d’une personnalité, va automatiquement rendre un personnage plus mémorable. Il est important d’en tenir compte en créant un personnage de roman.

Attention cependant à ne pas tomber dans le piège du défaut qui tombe de nulle part. Un protagoniste valeureux et honnête ne va pas devenir plus intéressant parce que vous décidez qu’il est allergique au pollen ou qu’il a la phobie des araignées. Pour qu’une faille enrichisse un personnage, il faut qu’elle s’insère dans ce que l’on connait déjà de lui, en particulier si elle vient compliquer les buts qu’il poursuit. Une faille est d’autant plus riche qu’elle vient prendre sa place dans l’évolution du personnage et mettre un peu de sel dans ses relations avec les autres.

Les personnages principaux ont une manière de parler distinctive

Si un personnage existe à travers ses actes, il existe également à travers sa manière d’agir et de s’exprimer. Chaque personnage a une voix qui lui est propre, un niveau de langage spécifique, des tics, des expressions favorites, des habitudes. Certains sont très bavards et multiplient les monologues, d’autres ne parlent que s’ils y sont obligés, d’autres encore passent leur temps à poser des questions. Même s’il vaut mieux éviter de tomber dans la caricature, qui peut vite agacer (dans ce domaine, monsieur Jar-Jar, il est facile d’en faire trop), en réfléchissant à sa manière de s’exprimer, on pourra lui donner une dimension supplémentaire. En plus, si tous vos personnages principaux s’expriment de manière distincte, vous simplifierez considérablement la compréhension des dialogues.

S’exprimer, ça n’est pas seulement parler, d’ailleurs. Prenez le temps se penser au langage corporel de votre personnage principal : certains sont très tactiles, d’autres soulignent leurs pensées de gestes théâtraux, d’autres encore ne bougent pas d’un pouce. Là aussi, allez-y mollo, les lecteurs repèrent très vite quand un auteur décrit les mêmes gestes encore et encore. Donc oui, votre personnage peut se lisser nerveusement la tresse quand elle est nerveuse, mais par pitié, pas à chaque fois.

Les personnages principaux ont des opinions

En jetant les bases de votre roman, vous aurez peut-être l’impression qu’un personnage compréhensif, ouvert et d’accord avec tout le monde va paraître sympathique, mais en fait pas du tout. Ce genre de personnage est toxique pour l’intérêt du lecteur : pour fonctionner et stimuler l’intérêt, un personnage doit avoir des convictions et des opinions tranchées, qu’il est prêt à défendre avec passion. Mieux vaut désapprouver les actes du protagoniste que d’y rester indifférent.

En deux mots : un personnage principal a du tempérament. S’il n’en a pas, s’il est transparent et inconsistant, il sera vite éclipsé par les autres personnages qui l’entourent et qui ont plus de relief que lui.

Les personnages principaux ont un nom distinctif

La priorité quand on nomme les personnages principaux d’un roman, c’est de faire en sorte qu’on ne puisse pas les confondre les uns avec les autres. Si votre lecteur a du mal à savoir qui est qui, vous êtes mal barrés.

Dans sa série « La Quête d’Ewilan », Pierre Bottero a souvent recours aux mêmes sonorités pour nommer ses personnages : Ewilan, Edwin, Ellana, Elea, Elicia. Attention : le nom d’un personnage, ça n’est pas qu’une série de lettres, c’est aussi une image sur la page, que le lecteur identifie sans même y penser. Facilitez-lui la vie en donnant à vos personnages principaux des noms qui commencent par des lettres différentes, en particulier s’ils sont amenés à se côtoyer. De cette manière, ils seront visuellement et phonétiquement distincts.

Un nom peut aussi contribuer à définir un personnage, à travers la signification du nom de famille, l’aspect désuet ou moderne d’un prénom, ou par exemple en faisant usage de certaines sonorités plutôt que d’autres. Un personnage de combattant paraîtra plus crédible s’il est baptisé « Raknag » plutôt que « Trifougnet » (mais la crédibilité n’est pas nécessairement le but que vous recherchez).

Par ailleurs, il peut être très utile de donner un surnom à certains de vos personnages principaux, pour éviter les répétitions. Pensez-y lorsque vous les concevez : il peut s’agir d’un sobriquet affectueux (« Pupuce »), d’un titre (« Le terrible »), ou d’un simple descriptif professionnel, ethnique ou autre (« le cambrioleur », « le Gascon », « l’adolescente », « le rouquin »)

Les personnages principaux ont des contradictions

Une manière simple et efficace de donner de la profondeur à un personnage, tout en le dotant d’un conflit intérieur qui peut être potentiellement résolu au cours de l’histoire, c’est de définir deux choses : ce qu’il souhaite et ce dont il a besoin. C’est tout simple à faire et ça permet de créer une personnalité distinctive en deux traits de pinceau.

Tous autant que nous sommes, nous avons rarement assez de recul pour nous rendre compte de ce qui est bon pour nous, de ce qui nous rend meilleur et nous permet de progresser, préférant bien souvent privilégier la satisfaction immédiate de nos désirs. C’est dans cette contradiction entre les souhaits et les besoins que vont se loger toutes sortes de choses savoureuses…

Un personnage pourra passer son temps à courir après ses désirs pour tenter de les satisfaire, alors que s’il prenait conscience de ce dont il a besoin, il réaliserait que cela se trouve juste à côté de lui… C’est un classique de la comédie romantique : le personnage féminin est attirée par le Mauvais Garçon (souhait) et prend beaucoup de temps à réaliser que le Mec Sensible est ce qu’il lui faut pour être épanouie (besoin). On retrouve ça aussi dans les romans d’aventure, où le personnage principal rêve de gloire (souhait) mais doit se résoudre à faire un important sacrifice personnel (besoin).

📖 La semaine prochaine: les personnages secondaires