Apprends à accepter la critique

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Un texte littéraire, je l’ai déjà dit, n’existe que dans le frottement entre l’auteur et un (ou si possible plusieurs) lecteurs. La littérature, ce n’est pas seulement un texte, c’est un texte qui est lu, par quelqu’un d’autre que celle ou celui qui l’a écrit.

Et l’infinie variété de l’espèce humaine étant ce qu’elle est, bien souvent, les lecteurs vont avoir un point de vue bien à eux sur ce que vous avez écrit, celui-ci va même parfois se préciser pour prendre la forme d’une opinion, et oui, de temps en temps, ils n’aimeront pas ce qu’ils ont lu, ou, pour le moins, ils resteront sceptiques, ou exprimeront des réserves. Et oui, de temps en temps, ils vous en feront part, et pas toujours en faisant preuve d’autant d’égards que vous pourriez le souhaiter. Dans certaines occasions, ça peut être brutal.

Et vous savez quoi ? C’est comme ça, il faut vous y faire.

Oh oui, c’est douloureux. Bien entendu, voir des mots que l’on a consacré tant d’efforts à aligner les uns derrière les autres être critiqués sans aucune pitié, c’est désagréable. Constater que ces personnages que l’on aime tant peuvent être détestés par d’autres, c’est un crève-cœur. Mais c’est tout bonnement le prix à payer lorsque l’on choisit de publier ses écrits. Un livre n’appartient pas longtemps à son auteur. Dès qu’il est libéré, offert à la curiosité du monde, il est comme un canari qui s’enfuit par la fenêtre et on ne saurait décider de sa trajectoire. Les lecteurs en font ce qu’ils veulent, en pensent ce qu’ils veulent, c’est ainsi.

C’est tout bonnement inévitable. En-dehors des propos insultants ou délibérément blessants, qui n’ont pas d’autre raison d’être que de nuire, toutes les critiques sont légitimes. C’est quelque chose qu’il faut se verrouiller dans le crâne. Un lecteur n’a pas aimé votre bouquin ? Il a détesté le personnage dont vous êtes le plus fier ? Il n’a rien compris à votre intrigue ? Il a jugé que la manière dont vous avez traité vos thèmes est révoltante ? Il critique le cœur de votre histoire alors que tout indique qu’il ne l’a pas vraiment comprise ? C’est son droit le plus strict. Les lecteurs ne sont pas là pour vous encourager, juste pour vous lire et, dans le meilleur des cas, dire si ça leur a plu.

Tout ce que vous pouvez faire, c’est vous montrer gracieux, et accepter toutes les critiques avec élégance, en remerciant celles et ceux qui les ont formulées d’avoir pris le temps de vous lire et d’exprimer leur point de vue, car ne vous y trompez pas, c’est un cadeau magnifique. Même si c’est très tentant, à moins qu’on vous pose des questions, ne cherchez pas à vous justifier, ne tentez jamais de contre-argumenter face aux critiques, surtout n’allez pas prétendre que vos critiques sont jaloux ou qu’ils n’apprécient pas vos écrits parce qu’ils ne comprennent pas votre style. Votre argument, c’est votre roman. S’il n’a pas plu, rien de ce que vous pourrez dire n’y changera rien.

Alors léchez vos plaies, et profitez de ces moments. Outre la joie d’être lu, vous recevez quelque chose de précieux, même si c’est parfois en pleine figure : des retours. Il est très rare qu’une réaction tombe de nulle part. Même une critique qui ne semble pas constructive peut être précieuse. Si un lecteur vous dit qu’il y a quelque chose qui ne fonctionne pas avec votre intrigue ou avec vos personnages, il aura presque certainement raison, même si son diagnostic en lui-même n’est pas tout à fait correct. Un lecteur vous dira peut-être que votre style l’a empêché de prendre vos personnages au sérieux : il a peut-être tort, si ça se trouve c’est la construction dramatique qui est en faute, et pas le style, mais ce qu’il faut retenir, c’est que quelque chose dans vos personnages n’a pas convaincu, et qu’il faudra faire mieux la prochaine fois.

Parfois, deux remarques de lecteurs semblent s’annuler, ou sont en contradiction l’une avec l’autre. Le personnage le plus détesté de l’un est le préféré de quelqu’un d’autre. Si vous le pouvez, interrogez-le sur les raisons qui les ont mené à forger leur avis, et retenez tout ce qui peut vous être profitable pour progresser, en laissant de côté le reste.

Quand un roman est terminé, il n’y a plus rien à faire, à part un autre roman. En général, c’est peu après qu’un livre est achevé qu’on comprend finalement comment on aurait dû l’écrire depuis le début. Gardez tout ça en vous, faites la somme des retours, des critiques et des avis recueillis, et servez-vous en pour que votre prochaine histoire soit encore meilleure.

Pour un auteur, il y a un examen de conscience à faire, en particulier si vous avez du mal à encaisser la critique. Si vous vous sentez agressés par toutes les opinions négatives sur vos écrits, si les réserves exprimées vous paraissent systématiquement illégitimes, si vous voyez dans les conseils, les opinions, une quelconque forme de contrainte, de la méchanceté, la volonté de vous nuire, peut-être tout simplement que vous n’êtes pas fait pour écrire.

Présenter ses œuvres au monde, ça réclame du cran, de la confiance en soi, un peu d’inconscience parfois. Si vous n’avez pas ce courage, si les retours que vous recevez sont difficiles à vivre, peut-être serait-il plus sage de vous épargner ces épreuves et de vous trouver une autre occupation. Parce que soyez-en sûrs : les gens vont continuer à avoir des opinions et le monde ne va pas s’arrêter de tourner pour vous. Les retours des lecteurs font partie intégrante du processus d’écriture, on ne peut pas faire sans.

En fait, c’est élémentaire. Vous ne voulez pas d’avis ? Ne publiez pas. C’est aussi simple que ça. Et si vous avez choisi de publier, même si c’est parfois désagréable de recueillir des impressions qui peuvent vous déstabiliser, tirez-en le meilleur. En littérature, rien n’est jamais parfait, il y a toujours quelque chose à améliorer. Donc acceptez la critique, c’est une aubaine.

Et pendant que vous y êtes, critiquez à votre tour. Vous avez lu un livre ? Exprimez votre opinion, publiez-là sur Amazon, sur Babelio, sur les réseaux, allez chercher l’auteur et dites-lui ce que vous avez pensé en bien ou en mal. Rien ne vous interdit d’être courtois et constructif, c’est même souhaitable, mais il est encore plus important d’être sincère. Flatter les gens pour être sympa, ça ne mène à rien, comme disait Lomepal : dites la vérité. Si vous avez trouvé qu’un roman était nul, cherchez à l’articuler de la manière la plus claire et articulée possible : vous aurez ainsi contribué à ce que le prochain bouquin de l’auteur soit meilleur.

⏩ La prochaine fois: Apprends à travailler

4 réflexions sur “Apprends à accepter la critique

  1. Un rappel important selon moi. 🙂

    En tant que lectrice qui donne son avis, je n’apprécie pas vraiment les auteurs qui viennent m’expliquer comment j’aurais dû comprendre l’intrigue, l’univers ou le personnage, parce que c’est forcément de moi que vient le problème (alors qu’il n’y a pas de problème, il y a juste un avis, et un avis, c’est propre à chacun). Il n’y a pas à convaincre un lecteur, chacun a sa propre expérience de lecture et elle est tout à fait légitime (d’ailleurs, plutôt que de dire « le lecteur n’a rien compris », je dirais qu’il a compris différemment de ce qu’a voulu exprimer l’auteur). Par contre, j’apprécie ceux qui ont la démarche inverse, à savoir essayer de comprendre ce qu’a voulu dire le lecteur lorsque la critique ne leur semble pas claire. Le tout, c’est de rester bienveillant et ouvert. 🙂

    Je voulais aussi intervenir sur un point : ce qui n’est pas apprécié d’un lecteur n’est pas forcément mauvais (au sens de mal écrit, incohérent, à jeter), en particulier en ce qui concerne les personnages. C’est utile de comprendre pourquoi un lecteur déteste un personnage, mais si son argumentaire tient plus de l’émotionnel (expérience, morale personnelle) que du rationnel (cohérence interne, problème d’écriture), il faut alors savoir relativiser. Car plaire à tout le monde est impossible, que ce soit dans la vraie vie ou pour un personnage. Il faut que l’auteur apprenne à se détacher de ses personnages (c’est aussi valable pour les fans un peu trop entreprenants) et accepte que la logique émotionnelle est différente pour chaque individu. Tout comme on doit être capable de comprendre que la maladresse touchante de son enfant peut en agacer certains, il faut accepter que la personnalité ou les actes d’un personnage qu’on adore peuvent le rendre exécrable aux yeux d’une partie du lectorat. Cela ne remet pas forcément en cause la cohérence dans son écriture, mais cela rappelle qu’on ne voit pas tous nos semblables de la même façon. Bref, pour moi, il faut savoir différencier les arguments émotionnels des arguments rationnels pour pouvoir appréhender les critiques dans un bon état d’esprit. 🙂

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    • Merci beaucoup pour ce commentaire riche et intéressant. 🙂

      Il mérite une distinction supplémentaire selon moi: quand un lecteur te dit qu’il n’aime pas un de tes personnages, c’est une chose – quand il te dit que, selon lui, le personnage ne fonctionne pas, c’en est une autre. Le premier cas peut être lié, comme tu le dis très bien, à toutes sortes de facteurs liés à ses goûts personnels, à son parcours, à sa sensibilité; le second vient rarement de nulle part et mérite qu’on lui consacre de l’attention.

      Aimé par 1 personne

  2. Pingback: Tous les articles | Le Fictiologue

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