50 incipits en quête de romans

blog le petit plus

En complément à mon récent billet sur les incipits, les premières phrases des livres, voici un exercice auquel je me suis livré il y a quelques années: les incipits de cinquante romans que je n’écrirai jamais. Sentez-vous libre d’y ajouter les vôtres.

Je ne dirais pas que je suis un Juif errant, juste un Juif un peu égaré.

Elle avait toujours détesté la danse moderne, mais ça, elle aimait bien.

C’est en sentant le premier flocon l’effleurer que le petit Corse comprit enfin que c’était vraiment la Guerre.

« Bientôt tu t’éloigneras de moi, tu m’indifféreras et même tu me dégoûteras », lui dit-il, mais elle n’écoutait rien.

Voici une histoire de ma foule.

A genou dans une flaque de pisse à chercher une de ses dents – la fin de soirée à Brest lui évoquait le bagne de Cayenne.

Plus que quelques jours et cette maison n’existera plus, avec tout ce qu’elle charrie avec elle de grandes histoires, et étrangement je n’en ai rien à foutre.

Voir une voiture brûler est un spectacle d’une violence hallucinante.

C’était déjà le moment où plus personne ne fait mine de se soucier de ce que va donner la récolte.

Si vous êtes en train de lire ces mots sur un de vos putains de téléphones portables, vous pouvez arrêter tout de suite, on ne veut pas de vous dans ce livre, ok ?

A cette vélocité, réalisa-t-elle, l’objet serait sur elle dans moins de 2 secondes : trop tard pour prévenir Aura.

Babylone s’écroula un samedi après-midi.

Rakolkov, pourriture, on t’attend tout en bas de l’enfer et on est toute une bande à imaginer tout ce qu’on pourrait te faire subir, ça nous fait les journées moins longues!

Les Chinois ont un proverbe au sujet de l’amour qui dit – oh et puis je vous le raconterai plus tard, on s’en tape de ce qu’ils racontent, les Chinois.

Ici, tout est toujours en circuit fermé.

C’est en fait à la suite d’une erreur que Martine vécut autre chose qu’une vie parfaitement banale.

Ne croyez pas ce qu’on vous a raconté sur ces quinze jours, en tout cas pas tout.

Il fut réveillé par le bruit désagréable de son fémur qui se brisait.

Aucune odeur, même pas la tienne.

Il y a quelque chose de sublimement dérisoire chez ceux qui rêvent de laisser leur marque en Antarctique.

L’uniforme des matons est orné de boutons dorés.

C’était le genre de personnage à régler son poste de radio de manière à pouvoir écouter deux stations en même temps.

Souvent je me rendais, mu par le dépit, là où je devinais qu’on ne me trouverait pas.

Elle me redemande de la surnommer « Nini ».

Il aurait fallu un appétit féroce pour être rassasié de mon Congo.

Le rapport est étroit entre ces œillades que tu lui lances et la moisissure qui gagne ce que, déjà, nous n’osons plus appeler « notre couple ».

Dès que tu quittes le Rail, tu crèves, et ça c’est une vérité qu’on t’enfonce dans le crâne aussi tôt et aussi violemment que possible.

Il y a mille manières de réussir sa vie et un million de manières de la rater.

C’est difficile à croire aujourd’hui, mais autrefois toute la belle société de Providence se bousculait pour être invitée à l’une ou l’autre de nos fêtes.

Les gens de la campagne apprécient d’être réveillés par le vacarme de la ville.

Ce suicide, oui, d’accord, je l’avais très mal planifié.

On ne peut pas savoir en croquant dans un abricot s’il nous restera en mémoire toute une vie ou s’il s’agira, comme c’est généralement le cas, d’un abricot de plus.

Annoncer la mort de quelqu’un qu’on a tellement détesté ; et au téléphone, en plus !

Chaque après-midi elle arrosait ses hortensias sous le regard désintéressé de ses chats, avec au fond d’elle-même, une envie d’en finir avec tout ça, à grands coups de barre de mine.

Quand vous n’articulez pas correctement je ne comprends rien du tout – et tournez votre tête dans ma direction, s’il vous plaît.

Il s’assit en face de moi et à la manière dont il appuya son parapluie sur le rebord du fauteuil j’acquis la conviction que ce serait lui et personne d’autre.

Quelle horreur, après tout, de voir la vie en rose !

Parfois lors d’une noce ou d’un dîner, je me laisse gagner par l’ambition.

Celui qui a dit qu’il vaut mieux avoir des remords que des regrets n’a jamais rencontré Christian Rockwell.

A peine trois jours à faire semblant et déjà nous en venions à reparler de la météo.

Les sages-femmes vous racontent toutes sortes de conneries au sujet du placenta.

Le réflexe de ne pas mettre ses coudes sur la table – pourquoi diable ne doit-on pas mettre ses coudes sur la table ?

Hesarak, à Karaj, dans ce jardin chez Mottaki où résonnent encore nos pas.

Vous avez écrit le mauvais chiffre par erreur dans la case de droite et de toutes vos forces vous grattez pour tout effacer.

Il aurait tellement voulu avoir mieux prêté attention lorsqu’on lui parlait du cyanure et de ses effets !

Oublions la première fois où je t’ai vu, c’est la deuxième qui est chère à mon cœur.

Iiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii toute la journée cette saloperie de sifflement qui te vrille la tête.

Une cartouche, peut-être deux, trois tout au plus : c’est tout ce qu’il lui faudrait.

Les musiciens, les filles de joie, les surfers qui se la pètent, les végétariens, les fornicateurs, les comptables qui trompent leur femme avec des boudins, les détectives du très estimé corps de police de Venice, tout le monde se retrouvait ici à un moment ou à un autre.

Une fin vaguement tragique, ça l’aurait bien arrangé.

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19 réflexions sur “50 incipits en quête de romans

  1. Super exercice ! Mon prof de littérature nous l’avait conseillé également et je m’étais régalé à le faire.

    Parmi tes incipits, ceux qui m’ont interpellé et pour lesquels j’aimerais une suite :

    – Je ne dirais pas que je suis un Juif errant, juste un Juif un peu égaré.
    – C’est en sentant le premier flocon l’effleurer que le petit Corse comprit enfin que c’était vraiment la Guerre.
    – A genou dans une flaque de pisse à chercher une de ses dents – la fin de soirée à Brest lui évoquait le bagne de Cayenne.
    – Plus que quelques jours et cette maison n’existera plus, avec tout ce qu’elle charrie avec elle de grandes histoires, et étrangement je n’en ai rien à foutre.
    – Voir une voiture brûler est un spectacle d’une violence hallucinante.
    – Si vous êtes en train de lire ces mots sur un de vos putains de téléphones portables, vous pouvez arrêter tout de suite, on ne veut pas de vous dans ce livre, ok ?
    – Babylone s’écroula un samedi après-midi.
    – Ici, tout est toujours en circuit fermé.
    – Souvent je me rendais, mu par le dépit, là où je devinais qu’on ne me trouverait pas.
    – Dès que tu quittes le Rail, tu crèves, et ça c’est une vérité qu’on t’enfonce dans le crâne aussi tôt et aussi violemment que possible.
    – Ce suicide, oui, d’accord, je l’avais très mal planifié.
    – On ne peut pas savoir en croquant dans un abricot s’il nous restera en mémoire toute une vie ou s’il s’agira, comme c’est généralement le cas, d’un abricot de plus.
    – Celui qui a dit qu’il vaut mieux avoir des remords que des regrets n’a jamais rencontré Christian Rockwell.
    – Hesarak, à Karaj, dans ce jardin chez Mottaki où résonnent encore nos pas.
    – Oublions la première fois où je t’ai vu, c’est la deuxième qui est chère à mon cœur.

    Je ne saurais pas forcément te dire POURQUOI ceux là m’ont particulièrement accroché, mais je sens qu’une alchimie s’est faite dans mon cerveau à leur lecture. Ils ont su déclencher la curiosité et attiser l’imaginaire : que s’est-il passé (ou que se passe-t-il) pour en arriver là ou que le personnage dise cela ?

    C’est fou le pouvoir que peut avoir une simple phrase sur l’esprit ! Et c’est bien la preuve que comme pour tout domaine, dans une œuvre de fiction, il faut soigner son entrée.

    @ bientôt pour d’autres articles !

    Chris

    Aimé par 2 personnes

  2. C’est fascinant tout ce qu’une simple phrase peut évoquer !
    Pour rebondir sur ton article précédent, je pense qu’on peut très bien « rater » sa première phrase sans condamner son roman, il ne doit pas y avoir beaucoup de lecteurs qui s’arrêtent si vite dans leur lecture. Par contre, une bonne première phrase peut certainement avoir un impact positif, donner une envie irrésistible de savoir la suite (comme les exemples que tu nous donnes ici^^) et même marquer les esprits comme le « Longtemps je me suis couché de bonne heure » de Proust…

    Aimé par 4 personnes

    • Aucun lecteur ne va abandonner un roman parce que son incipit est raté, c’est certain. Mais combien de curieux, en librairie, reposeront un livre parce qu’il commence par une phrase banale? Les écrivains ne doivent jamais prendre à la légère ce jeu de séduction, selon moi.

      Aimé par 3 personnes

  3. J’adore. 🙂
    Je me suis amusé à aller en piocher quelques uns dans des livres que j’aime bien, pour voir : c’est fascinant parce qu’on ne s’en souvient généralement plus, mais quand on les redécouvre on jubile de tout ce qu’ils contiennent ou suggèrent du livre.

    «Dans un trou vivait un hobbit.»
    — Bilbo le Hobbit, J.R.R. Tolkien

    «À peine le temps de me pencher au-dessus du bastingage : mon dernier repas, arrosé de piquette, a jailli hors de mes lèvres.»
    — Gagner la Guerre, Jean-Philippe Jaworski

    «Tu raconteras ma vie.»
    — Même pas Mort, Jean-Philippe Jaworski

    «Ainsi débute mon chant : par l’éveil du fleuve à la fissure de l’hiver.»
    — Manesh, Stefan Platteau

    «Presque invisible dans la tourmente hivernale, accroché à la falaise telle une gigantesque gargouille d’onyx dominant le vide et la nuit, le dragon veille.»
    — Les Ombres de Wielstadt, Pierre Pevel

    Et pour le fun :

    «Lorsqu’une étoile tombe, ça fait un sacré barouf, quand même.»
    — Bonne Étoile, Stéphane Arnier (mon dernier récit, à paraître dans le numéro de fin d’année d’Etherval ;))

    Aimé par 1 personne

      • Mes préférés:
        – Les Chinois ont un proverbe au sujet de l’amour qui dit – oh et puis je vous le raconterai plus tard, on s’en tape de ce qu’ils racontent, les Chinois.
        – On ne peut pas savoir en croquant dans un abricot s’il nous restera en mémoire toute une vie ou s’il s’agira, comme c’est généralement le cas, d’un abricot de plus.
        – Il s’assit en face de moi et à la manière dont il appuya son parapluie sur le rebord du fauteuil j’acquis la conviction que ce serait lui et personne d’autre.
        Chapeau !

        Aimé par 2 personnes

  4. Excellent exercice, bravo ! J’ai un coup de cœur particulier pour le « Juif égaré » et « Babylone s’écroula un samedi après-midi » et pour le suicide trop mal préparé. Beaucoup de tes phrases m’inspirent déjà de potentielles histoires en quête d’auteur 🙂
    Hum… Voyons, que pourras-je proposer…
    « C’est ce jour-là que je suis morte. »
    « Je suis anti-spéciste : dans un souci d’égalité, je mange les humains aussi bien que tous les autres animaux. »
    « Longtemps, je me suis touché de bonheur » (désolée Proust, la parodie était trop tentante 😉 )
    « Celui qui a dit que la musique adoucit les mœurs est un fieffé menteur. »

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