Critique: The Year of Our War

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Le monde est à la merci d’une horde d’insectes mangeurs d’hommes dont le territoire ne cesse de s’étendre, année après année. Pour tenter d’endiguer cette vague de mort, l’Empereur peut compter sur le Cercle, cinquante êtres d’exception à qui il confère cl’immortalité. Un des membres de ce collectif, Comet Jant Shira, le messager de l’Empereur, est la seule personne au monde à savoir voler. Sans le savoir, il détient peut-être aussi la clé du mystère de l’origine des insectes.

Titre : The Year of Our War

Auteure : Steph Swainston

Éditeur : Orion Publishing (ebook, in « The Castle Trilogy »)

Il y a dans les librairies du monde entier des livres qui patientent en attendant que vous tombiez dessus, et au moment où vous vous décidez enfin à les lire, ils explosent en vous comme l’équivalent magnifique d’une mine antipersonnel. Dans le passé, j’ai connu de telles expériences avec des livres comme « La Cité des Saints et des Fous » de Jeff Vandermeer ou avec « Palimpsest » de Catherynne M. Valente. C’est à nouveau le cas avec « The Year of Our War », une œuvre d’une imagination pure et d’une audace peu commune.

L’univers du récit est une de ses principales qualités. Ces héros éternels, qui vivent dans la peur de voir leur immortalité annulée s’ils ne prouvent pas leur utilité, qui luttent contre des insectes mortellement dangereux et avec lesquels on ne peut pas négocier, forment une toile de fond qui, à la fois, est originale et semble immédiatement classique, comme si l’auteure avait mis le doigt sur un mythe oublié qui parle à notre goût d’universalité.

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Dans le roman, la prodigieuse imagination de Steph Swainston est également disponible dans une version plus corsée : le protagoniste, lorsqu’il consomme de la drogue, est transporté dans une dimension parallèle, le Shift, dont il n’est pas sûr si elle existe réellement ou s’il ne s’agit que d’une hallucination. Mélange de Lovecraft et de Lewis Carroll, cet univers bis est peuplé de géants bleus qui utilisent les entrailles de leurs ennemis dans des rituels religieux, d’animaux invisibles qu’on chasse pour leur fourrure qui ne se voit pas ou encore de créatures faites d’amas de vers qui peuvent épouser n’importe quelle forme. Peu d’auteurs jettent autant d’idées sur la plage à la fois, et les amateurs de littérature de l’imaginaire ne peuvent qu’être émerveillés par ce tour de force.

Mais la plus grande qualité du roman est son personnage principal. Jant est d’une humanité désarmante, parfaitement évoquée par l’auteur. Lui qui fait l’admiration de tous et qui est membre d’un tout petit groupe d’individus d’exception doute perpétuellement de ses qualités et croît à la manipulation dès que quelqu’un lui témoigne de l’affection ou de l’estime. Accro à la drogue comme aux femmes, il est animé par une pulsion de mort qui l’aveugle sur son véritable potentiel, bien qu’il ne s’en rende absolument pas compte. Ceux qui auront côtoyé des toxicomanes ou d’autres individus déchirés par leurs contradictions ne pourront qu’admirer la finesse avec laquelle l’auteure dépeint cette figure si familière dans la vie de tous les jours et si rare dans la fantasy.

Steph Swainston pratique une langue libre et gourmande. Libre, parce qu’elle aime s’affranchir des conventions, varie les niveaux de langage, change de temps de verbe si cela sert les scènes qu’elle écrit, avec un abandon jubilatoire. Gourmande, parce qu’elle truffe ses paragraphes d’archaïsmes et de mots rares, qu’elle vous met au défi d’aller chercher dans le dictionnaire et qui contribuent à donner de l’épaisseur à son univers.

Malgré ses qualités, « The Year of Our War » est loin d’être un roman parfait. Sa structure, en particulier, est peu convaincante : le récit met une éternité à se mettre en route, nous laisse entendre que la mort d’un des personnages lui servira de fil rouge dramatique alors qu’il ne s’agit que d’une intrigue secondaire qui finit par s’étioler. L’événement qui occupe le plus de place dans le livre – la rivalité entre deux personnages – a du mal à s’imposer comme le cœur de l’histoire et ne parvient jamais à se connecter aux thèmes centraux du roman. Plusieurs intrigues secondaires vont et viennent, flottent sans attaches ni connexions les unes aux autres, comme des croûtons dans le potage, et l’on finit par suspecter que la plupart d’entre eux ne sont que des amorces d’histoires appelées à être développées dans d’autres livres. Tout cela évoque davantage une série télé bâclée qu’un roman maîtrisé.

Cela ne suffit pas à gâcher le roman, dont les qualités sont si criantes qu’elles triomphent de tous ces défauts. The Year of Our War est à mettre entre les mains de toutes celles et ceux pour qui ce label des « littératures de l’imaginaire » n’est pas un vain mot, puisqu’on a ici affaire à une œuvre de littérature de haute tenue, parcourue d’un imaginaire extraordinaire.

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6 réflexions sur “Critique: The Year of Our War

  1. Je n’oserais point décompter ici les années passées à ahaner sur les thèmes/versions allemands. Thèmes/versions espagnols, aussi. Et thèmes/versions latins.
    Mais pas l’anglais. De toute façon je n’y aurais sans doute pas plus excellé que dans les idiomes précités.
    😦

    Aimé par 1 personne

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