L’interview: Elodie Agnesotti

Gourmande d’écriture, Elodie Agnesotti, auteure française encore bien éloignée de ses trente ans, a signé un recueil de poèmes, échafaude un roman de poésie, orchestre un blog passionnant et participe à différents autres projets créatifs et associatifs.

blog interview

Ta première publication est un recueil de poésie autoédité. Comment faire pour intéresser les lecteurs à la poésie ?

Ce n’est vraiment pas évident. La poésie est entourée d’une aura très mystérieuse, comme si elle faisait peur à beaucoup de lecteurs. J’ai l’impression qu’elle souffre de l’image qu’on nous en donne à l’école : quelque chose qui s’apprend par cœur, qui se récite… A-t-on jamais eu l’idée de faire apprendre aux élèves des passages entiers de romans pour les leur faire réciter ?

Aujourd’hui, j’ai encore l’impression que la poésie évolue dans un monde à part, avec ses lecteurs-habitués et ses codes. C’est un peu dommage. J’adorerais qu’il y ait plus de mélanges entre les genres, car c’est là que se trouve la richesse.

En attendant, quand j’écris de la poésie, c’est souvent pour y parler de voyages. Je trouve cette forme plus dynamique qu’une narration classique, qui ne laisserait pas suffisamment de place aux images et aux sons. L’avantage de cette thématique des voyages, c’est qu’elle parle à beaucoup de monde et qu’elle peut donc intéresser indépendamment de l’étiquette de genre. Quand mes lecteurs me disent qu’ils ont voyagé en me lisant, j’ai l’impression d’avoir rempli mon contrat, sans que la forme n’ait d’importance.

Écrire, pour toi, c’est un plaisir ? Un besoin ? Une torture ? Autre chose ?

Si ce n’était pas un plaisir, je pense que je n’écrirais plus depuis longtemps. Dès que l’écriture devient torture (typiquement, parce que je n’arrive pas à me sortir d’une scène que je dois écrire), j’ai tendance à passer à autre chose assez rapidement. C’est d’ailleurs une des raisons qui font que j’écris très lentement : quand je me force à extraire quelque chose de ma tête, cela ne me plaît jamais.

C’est aussi un besoin, comme une manière d’exprimer plein de choses que je n’exprime pas dans la vie quotidienne.

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Ça date de quand, ce goût de l’écriture ? Tu as des romans de jeunesse dans tes tiroirs ?

D’une certaine façon, je pense que l’écriture a toujours fait partie de moi. C’est une composante de ma personnalité. Pourtant, contrairement à d’autres auteurs, je n’ai pas cherché à écrire mes propres histoires avant l’adolescence – et encore, à cette époque, ce n’étaient que des textes courts ou des fan-fictions sans grand intérêt. L’envie d’un roman ne m’est venue qu’à la vingtaine. Quelque part, j’ai l’impression que l’écriture s’est épanouie en moi comme une fleur au printemps, pour ne se déployer qu’au moment où je me suis sentie prête. Ça ne l’a pas empêchée de toujours m’accompagner, sous des formes diverses.

Ton premier roman est à classer dans la catégorie « fantasy. » Pourquoi ce choix ?

C’est marrant parce que je ne l’ai pas vraiment vécu comme un choix. Le roman est né dans ma tête avec une certaine forme, des thématiques, et je ne me suis posé la question du genre qu’au moment où j’ai voulu présenter ce projet à d’autres gens. « Fantasy » est une étiquette facile car elle veut tout et rien dire. C’est un signal pour le lecteur. En fait, je pense que je n’aurais tout simplement pas pu dire ce que j’avais envie de dire, dans un univers réaliste. C’était une évidence.

C’est quoi selon toi, les littératures de l’imaginaire ? Est-ce à dire qu’il y a des littératures qui ne font pas appel à l’imaginaire ?

Il est certain que ce terme de « littérature de l’imaginaire » a quelque chose d’absurde.

Le propre de beaucoup de littératures, c’est justement de faire appel à l’imaginaire et de l’utiliser, à différents degrés, pour refléter la réalité. Par contre, les littératures dites de l’imaginaire (Fantasy, Science Fiction…) sont les seules, je pense, à ne pas faire semblant d’être la réalité. Il y a quelque chose de clairement assumé dans la démarche : au lieu de mettre le lecteur en face d’un miroir, on le met derrière une fenêtre et on l’invite à regarder le plus loin possible de ce qu’il connaît. Mais au final, c’est la même chose : toutes les littératures parlent de l’Homme.

Être originale, c’est important pour toi ? De quelle manière essayes-tu de te démarquer des autres auteur-e-s de fantasy ?

Je n’y pense pas trop quand j’écris et à vrai dire, ce n’est pas très important pour moi. A mes yeux, l’originalité n’est pas une fin en soi, c’est une chose qui vient assez naturellement si l’acte d’écrire est suffisamment abouti. Toute œuvre écrite avec sincérité aura forcément une part d’originalité étant donné qu’elle sera personnelle. Après tout, n’oublions pas qu’un des sens d' »original », c’est justement quelque chose d’authentique, qui provient de l’auteur et qui n’est pas une copie. Tout roman peut répondre à cette définition.

Au-delà de ça, j’ai l’impression qu’il y a quelque chose d’un peu prétentieux à dire qu’on est original. Ca sous-entend qu’on a inventé l’eau chaude ou qu’on a révolutionné la littérature, alors que, quand on y regarde de plus près, aucun roman n’est réellement révolutionnaire. C’est comme une construction : elle se base toujours sur des fondations.

Pour être très honnête, je pense qu’à raisonner en terme d’originalité, on se trompe de combat. Les lieux communs peuvent avoir quelque chose de rassurant pour le lecteur, tant qu’ils ne sont pas un raccourci mais un tremplin vers autre chose. A force de vouloir les éviter à tout prix, on peut perdre de vue ce qui est réellement important : la psychologie des personnages et la sincérité de la démarche d’écriture.

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« Le mystère est le meilleur artisan du merveilleux » a écrit Ursula K. Le Guin. Quelles sont tes recettes pour émerveiller tes lecteurs ?

Je ne sais pas si l’émerveillement est ce qui caractérise le plus ma plume. En tout cas, j’ai l’impression qu’il renvoie à quelque chose d’un peu fascinant, dans lequel Ursula K. Le Guin s’inscrit totalement. Or, je fais très peu de Worldbuilding quand j’écris. Contrairement à beaucoup de gens, ce n’est pas vraiment ce qui m’intéresse en fantasy. Je préfère imaginer que mes personnages touchent les lecteurs, ça, oui. Je n’ai pas vraiment de recette miracle pour y arriver. J’essaie de me concentrer sur les ressentis de mes personnages et de nuancer au maximum ce qui les habite. J’essaie aussi d’aborder des thèmes assez larges, dans lesquels chacun peut se reconnaître : la recherche d’identité, le sentiment d’exil, l’urgence écologique…

Comment est-ce que tu juges la qualité de la littérature de genre en France ?

C’est comme tout : il y a du bon et du moins bon. A mes yeux, le meilleur auteur de SFFF est français et s’appelle Alain Damasio. Pour le reste, je dirais que la littérature de genre souffre surtout d’une mauvaise presse qui la relègue au rang de sous-littérature dans la culture française. J’ai l’impression que c’est plutôt l’inverse aux Etats-Unis, par exemple. C’est un peu dommage car je suis sûre que cela rend les éditeurs frileux et qu’on passe à côté de bien belles choses !

Tu te préoccupes de la représentation des personnages féminins dans les médias de l’imaginaire. Ces derniers sont-ils sexistes, selon toi ? Comment l’expliquer ? Et comment en sortir ? Comment traites-tu tes propres personnages féminins ?

Pas toujours, mais bien sûr qu’il y a une part de sexisme là-dedans ! Il suffit de se reporter à l’imagerie des jeux vidéos, où la femme est souvent représentée à moitié nue (alors même qu’elle est censée combattre) et les seins prêts à exploser. C’est peut-être moins visible en littérature, mais il y a quelque chose qui est extrêmement révélateur : je ne peux citer qu’un seul personnage féminin qui soit décrit comme étant moche, et qui ne soit pas une antagoniste. C’est Chien du heaume, dans le roman du même nom de Justine Niogret. Et justement, quand je l’ai lu, ça m’a marquée parce que ce n’est pas si courant. En fait, j’ai l’impression que les personnages masculins ont droit à davantage de diversité dans leur représentation, même s’il est évident qu’il existe également des clichés liés aux injonctions de genre. Et j’aimerais beaucoup que ça évolue.

Après, c’est finalement assez logique car la littérature reflète la société qui la fait naître, et que notre société est encore très sexiste. Mais loin de moi l’idée de donner des leçons ou quoique ce soit car je m’inclus totalement dans cette réflexion. Il y a peu, je me suis rendu compte que je tombais moi-même dans ces pièges. Je n’ai jamais écrit de personnage féminin laid, tout simplement parce que j’étais limitée par ce que j’ai toujours vu ou lu et que je ne me posais pas de questions. Peu à peu, je réalise que chaque auteur est responsable des personnages qu’il crée, et que tout changement commence d’abord dans nos propres projets ! Alors j’essaie d’être attentive aux lieux communs, et surtout de travailler la cohérence des ambitions de mes personnages féminins. Qu’elles ne deviennent jamais des faire-valoir.

Tu es administratrice d’un forum consacré à l’écriture. Est-ce important pour toi de te frotter à d’autres auteur-e-s ? En quoi est-ce que ça te permet de progresser dans ton écriture ?

Je n’ai jamais envisagé ma passion sans ce côté communautaire propre aux fora d’écriture ! Bien sûr, c’est hyper important de se frotter à d’autres styles, d’autres idées… car c’est cela qui ouvre nos horizons. Quand j’achète un livre, j’ai toujours tendance à aller vers les mêmes univers, alors que là, je suis exposée à plein de choses différentes en permanence. C’est aussi une source précieuse d’avis et de regards critiques, car tout le monde n’a pas la chance de connaître des bêta-lecteurs. Mine de rien, il y a quelque chose de réconfortant dans le fait de savoir que certaines personnes attendent la suite de notre roman, c’est motivant.

Un conseil, une suggestion à ceux qui te lisent et qui ont envie d’écrire?

N’ayez pas peur, lancez-vous !

Il y aura toujours quelqu’un pour vous soutenir et apprécier sincèrement ce que vous écrivez. Tout comme il y aura toujours quelqu’un pour vous dire que vous écrivez mal et que ce que vous faîtes n’a aucun intérêt. Ce qui compte à la fin, c’est la sincérité et le cœur que vous mettrez à la tâche.

✋ Vous êtes auteur-e? Vous souhaitez être interviewé sur ce blog? Contactez-moi!

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8 réflexions sur “L’interview: Elodie Agnesotti

  1. Excellente interview, beaucoup de réflexions intéressantes ! Hélas, je pense qu’Elodie a bien cerné le problème de la poésie, et ça m’a rappelé une chanson de Grand Corps Malade, « Rencontres », dans lequel il évoque le même problème :

    « J’ai rencontré la poèsie, elle avait un air bien prétentieux
    Elle prétendait qu’avec les mots on pouvait traverser les cieux
    J’lui ai dit, j’t’ai d’ja croisée et franchement tu vaux pas l’coup
    On m’a parlé d’toi à l’école et t’avais l’air vraiment relou »

    Mais de façon plus générale, j’ai pu observer que l’organisation actuelle du système scolaire était source de nombreux blocages au niveau de l’écriture… (Combien de gens n’osent pas laisser s’exprimer leur imagination parce qu’iels ont conscience de faire des fautes, hantées par le souvenir de leurs copies couvertes de bic rouge, et des annotations « mal dit », et se privent ainsi d’une expérience extraordinaire…).
    Pour d’autres, l’écriture est apparue comme une contrainte à travers les rédactions et les écritures d’invention imposées.

    Merci en tout cas, Elodie, pour l’attention que tu portes à la représentation féminine dans tes histoires. Cela n’a l’air de rien, mais comme tu dis, et comme le disait Gandhi, soyons le changement que nous vouloir voir 😉 Plus les auteur•e•s feront attention à ne pas véhiculer les stéréotypes genrés, moins ceux-ci auront de pouvoir sur les esprits !

    Bonne continuation !

    Aimé par 1 personne

    • Je ne connaissais pas cette chanson de Grand Corps Malade, merci pour la découverte ! Ça m’attriste toujours de voir qu’au final, l’enseignement du français engendre parfois plus de blocages que de vocations… J’ai la chance d’avoir eu des profs au collège qui priorisaient l’écriture d’invention aux cours « normaux », du coup on avait souvent l’occasion d’écrire en s’amusant, sans pression. Par contre, jamais de poésie. C’était la grande absente de nos cours, le thème qui, s’il tombait au brevet ou au bac, terrorisait tout le monde. Je n’ai jamais compris ça…

      Je partage totalement ton impression sur les blocages liés aux fautes d’orthographe. De mon côté, l’école a été la source d’un blocage de lecture : dès lors qu’on m’imposait un livre, je n’arrivais jamais à le terminer. Ça ne m’empêchait pas de blablater dessus donc aucun prof ne s’en est jamais rendu compte, mais c’est ce qui a fait que je suis passée à côté de nombreux « classiques ». Je n’ai pris goût à la lecture que « tard », grâce à des sagas comme Les Royaumes du Nord ou Harry Potter. Et encore, quand mon prof de 4ème a su que je ne lisais que ça, je me souviens avoir récolté sur mon carnet de lectures un « il est temps de lire des romans de ton âge ! »…

      Ravie que cette interview ait pu te parler en tout cas ! Au plaisir !

      Aimé par 2 personnes

      • Ah oui, l’angoisse si vous étiez tombé•e•s sur la poésie sans l’avoir étudiée ! Enfin, dans ton malheur tu as apparemment eu de la chance quand même avec tes profs 😉 Ton commentaire m’a fait pensé aussi qu’outre les dégâts causés par l’école, la poésie doit également souffrir, comme l’écriture en général, du mythe très français de « l’écrivain inspiré » (tu sais, celui qui se pose à son bureau et qui écrit tout ce qu’une petite fée perchée sur son épaule lui dicte…). Et j’avoue que j’ai moi-même mis énormément de temps avant d’oser m’essayer à l’écriture de poèmes, ou de textes dont la forme approcherait, à cause de ça.

        Puis, par bonheur, un jour je me suis fait la même réflexion que toi (celle qui clôt l’interview), et j’ai osé me lancer – il était temps 😉 (enfin, j’essaye surtout d’écrire des chansons pour le répertoire musical de l’un de mes personnages chanteur, mais je suppose que ça se rapproche de la poésie sur plusieurs aspects).

        Sinon, je suis halluciné•e par la remarque de ton prof. Encore un qui a dû se faire une opinion sans lire, car ces sagas s’adressent aussi bien aux adultes qu’à la jeunesse ! (j’espère qu’il a revu son jugement sur l’âge supposé du public visé en voyant que l’engouement prenait même des gens plus vieux).

        Merci encore pour ton interview, à Julien pour ses questions intéressantes, et au plaisir de repapoter ensemble 😉

        Chris

        Aimé par 2 personnes

      • Oh oui, ce fameux mythe de l’écrivain-génie ! Mine de rien, cette idée fait beaucoup de mal et je trouve qu’elle est entretenue, à tort, par certains éditeurs, notamment quand ils crachent sur les auto-édités. Aux USA, j’ai l’impression qu’ils ont depuis longtemps tiré un trait sur cette idée qu’il suffit de tendre l’oreille et d’écouter l’inspiration pour écrire un roman, ou tout autre ouvrage d’ailleurs. Ils reconnaissent beaucoup plus volontiers qu’écrire, c’est avant tout du travail.

        Je pense qu’en effet, l’écriture de chansons se rapproche de l’expérience de la poésie, parce que cela suppose une réflexion sur les sons, les images, le rythme. Au final on se rend souvent compte au bout d’un moment, qu’écrire de la poésie est accessible à tout le monde. Qu’il suffit de se lancer et de « cracher son cœur sur le papier », en quelque sorte.

        Aimé par 2 personnes

  2. Ce n’est pas qu’une impression ce que tu dis sur la différence de conception du statut d’écrivain aux USA et en France 😉 Quand ici, on a le mythe romantique de l’écrivain-génie (expression très juste pour résumer la pensée véhiculée par le préjugé), là bas, ils voient vraiment l’écriture comme un artisanat qui s’apprend ! Pour preuve les excellents bouquins « Mémoires d’un métier », de Stephen King, et « Mes Secrets d’écrivain », d’Elizabeth Georges, qui traitent tous les deux de l’écriture et donnent des techniques et astuces pour la conception et la rédaction d’un roman (c’est intéressant d’ailleurs de confronter les deux lectures car ces deux écrivains ne travaillent pas du tout de la même façon et donnent des conseils parfois contraires à ceux de l’autre).

    Et puis aux USA, il existe des écoles et des cursus « d’écriture créative ». Chez nous aussi maintenant (il existe un Master de Création Littéraire à Paris 8, et une école d’écriture, « Les Mots », a ouvert à Paris l’an dernier), mais b*****, on en a mis du temps à en arriver là ! x)

    Enfin, ne crachons pas dans la soupe, même si les évolutions sont lentes, ces avancées montrent bien un renouveau dans l’image de l’écrivain en France. Maintenant, plus qu’à espérer que ça continue dans ce sens = D

    « Cracher son cœur sur le papier », la formule est jolie. Je retiens 😉

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  3. C’est un super interview. Les réponses sont intelligentes et constructives. Je te reconnais bien au-travers de celles-ci. Les questions étaient pertinentes et intéressantes. Je pense que ce que tu dis sur la poésie est un peu vraie. Puis, pour ma part, je vois la poésie comme un monde à part où ne rentre pas qui veut. Il faut être Quelqu’un pour en écrire et la comprendre. Je ne sais pas, c’est complexe. On dit souvent que monsieur et madame tout le monde peuvent écrire, bien je ne pense pas ça du tout pour la poésie, justement. C’est comme réservé à des gens exclusifs. Enfin, c’est ma vision des choses. Bravo pour ce bel interview !

    Aimé par 1 personne

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