Critique: Nechtaànomicon, saison 1

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Nechtaàn est un prince-démon exilé par son père dans une réalité parallèle et prisonnier d’une enveloppe charnelle. Ambitionnant de régner sur sa parcelle d’Enfer, il noue des alliances et tente de s’élever au sein de la société des vampires, des sorcières et des autres créatures de la nuit afin que son pouvoir croisse et qu’il puisse accumuler assez de pouvoir pour se venger de son père. Au passage, il s’est fait tellement d’ennemis que son imprudence pourrait lui être fatale…

Titre : Nechtaànomicon, saison 1.

Auteure : Manon Elisabeth d’Ombremont.

Éditeur : L’Ivre-Book (version électronique)

Il faut le signaler : je ne suis probablement pas le lecteur-cible de ce roman. Je suis trop vieux, je ne lis plus très souvent de romans de cette veine et j’ai beaucoup trop joué à Vampire : la Mascarade pour conserver tout mon appétit pour ce genre de livre, quelle que soit sa qualité. Pourtant, le titre m’a intrigué, j’ai brièvement croisé l’auteure, qui était sympathique et la version électronique du roman était en vente pour une somme dérisoire, donc pourquoi vivre dans la certitude ?

Tant mieux, parce que Le Nechtaànomicon a plutôt été une bonne surprise. Ou plutôt, pour être précis, j’ai été charmé par le talent de Manon Elisabeth d’Ombremont. Elle a à son service une plume élégante, qui peut être sobre et efficace par moments, pour devenir riche et gracieuse lorsque cela devient nécessaire. Le style de l’auteure est séduisant : elle parvient en peu de mots à camper des situations dramatiques complexes et à installer dans la tête du lecteur des émotions fortes et addictives.

On accepte avec le sourire de lire des péripéties parfois abominables

Surtout, à travers son narrateur, l’auteure fait montre d’une voix chargée de personnalité, sarcastique et facétieuse, qui confère à une intrigue qui pourrait paraître décousue une surprenante unité. On se laisse guider, je dirais même charmer, et on accepte avec le sourire de lire des péripéties parfois abominables. Les personnages, en particulier Nechtaàn et son entourage de vampires, de sorcières et de parasites sont bien campés et même attachants malgré leur absence total de sens moral. Toutes ces qualités d’écriture m’ont aidé à oublier ce que j’ai par moments perçu comme des points faibles au niveau de la construction.

Habile pour installer une ambiance ou décrire une situation, l’auteure est également très à l’aise dans les dialogues, qui sont vifs, incisifs et spirituels. On ne compte plus les scènes amusantes où les personnages s’envoient des noms d’oiseaux à la figure. C’est une qualité à double tranchant, cela dit : si on se laisse séduire par l’esprit qui se dégage de chacune des réparties, et si tous ces dialogues sont terriblement divertissants à lire, à force, ils peuvent donner l’impression que chaque personnage a le même tempérament et s’exprime de la même manière.

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En débarquant dans le récit, on se sent vite submergé par tous les détails liés à l’univers : à chaque page, on nous présente de nouveaux personnages, de nouvelles factions, de nouveaux types de créatures. Au début, j’étais à deux doigts d’asphyxier, d’autant que de nombreuses informations délivrées de cette manière n’ont en réalité aucun impact sur le récit. Au fil des pages cependant, cette approche est plutôt une qualité : elle nous plonge brutalement dans cet univers et nous force à en accepter les règles, créant une sorte de saturation d’informations qui contribue à installer l’ambiance. Par ailleurs, on découvre vite que l’intrigue est bien charpentée et facile à suivre.

Là aussi pourtant, la médaille a son revers : l’auteure a tellement d’informations à nous transmettre que par moments, par manque de temps ou de place, elle se contente de nous expliquer les choses plutôt que de nous les montrer. J’avoue que, par moments, ça m’a fait sortir du récit. J’aurais préféré mille fois lire des scènes établissant les relations entre certains personnages que de devoir lire des paragraphes qui expliquent de manière brute que Machin est fâchée avec Machine parce qu’elle fait partie de la famille Truc. Show, don’t tell : ça reste une règle cardinale. Par moments, ça donne l’impression que le Nechtaànomicon est le résumé d’un roman plus long.

C’est très agréable de suivre une auteure dont la voix est aussi affirmée

Autre aspect du livre qui a suscité une certaine ambivalence chez moi : l’auteure est de toute évidence très très fan de son propre univers. On la sent parfois glousser de plaisir après un bon mot d’un des personnages ou applaudir fébrilement un retournement de situation. Le plus souvent, cet enthousiasme est communicatif : c’est même très agréable de suivre une auteure dont la voix est aussi affirmée. Parfois, par contre, je suis resté perplexe, ne parvenant pas à partager l’exaltation à laquelle j’étais convié : là encore, j’aurais aimé qu’on affirme moins et qu’on montre davantage. À en juger par la réaction très positive des fans en ligne, il est cependant évident que je fais exception.

Dernier aspect qui peut refroidir certains : l’histoire n’a pas de fin. Elle s’arrête net, juste après un événement significatif, mais l’intrigue n’est conclue en aucune manière et l’arc narratif d’aucun personnage n’est bouclé. Ce sont les règles du feuilleton, bien sûr, et ça donne envie d’en découvrir davantage, mais personnellement j’aime bien qu’un roman tienne plus ou moins sur ses deux jambes, même si une suite est prévue. En l’occurrence, ça n’est pas très gênant, mais celle ou celui qui interromprait sa lecture à la fin de cette « Saison 1 » n’aurait pas bénéficié d’un repas complet.

Au final, pour moi, « Nechtaànomicon » est un roman attachant et plein de personnalités, qui tient ses promesses, même s’il pourrait être construit de manière plus convaincante. Même si j’ai dressé ci-dessus la liste de ce que j’ai perçu comme des défauts, cela reste des points mineurs, qui ne gâchent en aucune manière le plaisir de lecture: la fraîcheur impertinente de la plume de l’auteure fait oublier la plupart de ces petites imperfections.

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