Etre original

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Toutes les histoires possibles et imaginables ont déjà été écrites. Donc vous pouvez vous détendre : non, votre idée n’est pas originale, mais aucune idée ne l’est. Et ça n’est pas grave.

Depuis que la littérature est sortie de l’enfance, des curieux se sont demandés s’il y avait une limite au nombre de situations dramatiques possibles en littérature, et, au cas où celles-ci ne seraient effectivement pas infinies, s’il était possible de dénombrer toutes les intrigues possibles.

Johann Goethe, avait, sans trop étayer sa thèse, prétendu qu’il existait, en tout et pour tout, 36 situations dramatiques. Plus d’un siècle plus tard, le Français Georges Polti s’est mis en tête de les énumérer. Il en a même fait un livre. Il y divise les intrigues possibles en fonction de leur élément central : « Se révolter », « Résoudre une énigme », « Retrouvailles » ou encore « Se sacrifier à l’idéal. » Si vous êtes curieux, vous trouverez la liste complète ici.

En 1959, William Foster-Harris a avancé l’idée encore bien plus radicale qu’il n’existe en fait que trois histoires, pas une de plus, en fonction de leur dénouement : « Fin heureuse », « Fin malheureuse » et « Tragédie. »

Le nombre d’histoires qu’il est possible de raconter est, non seulement loin d’être infini, mais très limité

Au cours des siècles, d’autres éminents spécialistes de la littérature se sont essayés à dénombrer les intrigues possibles. Parmi les exemples récents, une équipe basée à l’Université du Vermont s’est livré à une analyse statistique des termes utilisés dans divers chefs-d’œuvre de la littérature, pour arriver à la conclusion qu’il existe six trajectoires possibles pour l’intrigue d’une œuvre de fiction : « De la misère à la richesse », « Tragédie », « De la richesse à la misère », « Un homme dans un trou » (une chute suivie d’un bond), « Icare » (un bond suivi d’une chute), « Cendrillon » (un bond suivi d’une chute suivie d’un bond) et « Œdipe » (une chute suivie d’un bond suivi d’une chute).

Bien sûr, une histoire complexe, aux multiples personnages, pourra combiner plusieurs de ces éléments d’intrigues pour former un tout, ce qui rend toute réflexion de ce type plus complexe que ce que pourraient laisser supposer l’existence des listes ci-dessus.

Quoi qu’il en soit, on le voit bien : le nombre d’histoires qu’il est possible de raconter est, non seulement loin d’être infini, mais très limité. Si vous aspirez à écrire une histoire, il est certain que vous n’êtes pas le premier à défricher ce sentier.

Cela dit, ce n’est pas parce qu’il n’est pas possible de raconter une histoire entièrement nouvelle que toute forme d’originalité est impensable. Celle-ci peut aller se loger dans toutes sortes d’endroits différents : le genre (« Cendrillon steampunk »), le style (« Cendrillon en tweets »), le langage (« Cendrillon en alexandrins »), les personnages (« Cendrillon est un homme »), le décor (« Cendrillon dans les favelas »), le ton (« Cendrillon : la comédie »), etc… En combinant ces approches les unes avec les autres, on réalise vite que oui, l’originalité existe, même si les histoires en elles-mêmes restent fondamentalement les mêmes.

Attention tout de même au piège que représentent les clichés

Par ailleurs, chaque auteur apporte sa patte, son rapport au langage, ses préférences et ses excentricités et, même sans faire exprès, une histoire écrite avec sérieux et sincérité sera forcément originale – en tout cas en partie.

Attention tout de même au piège que représentent les clichés. Certaines histoires « en kit » sont si connues et si pauvres en surprises qu’elles parasitent toute tentative d’originalité. Si vous vous êtes mis en tête d’écrire une histoire où l’Elu accomplit sa quête dans un monde d’Elfes et de Dragons, où un détective privé désabusé tombe sous le charme d’une femme fatale, ou alors un récit où une jeune fille innocente tombe amoureuse d’un ténébreux Vampire, cela vous réclamera davantage d’efforts pour la faire quitter le domaine du cliché et lui trouver une certaine forme d’originalité.

Si vous envisagiez de vous lancer dans une histoire de ce genre, envisagez de l’épicer un tout petit peu en modifiant légèrement un de ses paramètres (« C’est comme Le Seigneur des Anneaux, mais avec des insectes », « C’est l’histoire d’un détective désabusé, mais chez les hommes des cavernes », « C’est une jeune fille qui tombe amoureuse d’un Vampire, mais en comédie musicale. »)

Parce qu’au final, une histoire qui se distingue un tout petit peu des autres n’est pas seulement plus amusante à lire, elle est aussi plus intéressante à écrire.

Atelier : si vous êtes auteur ou que vous aspirez à l’être, amusez-vous à tenter de caser votre histoire selon le système Polti, le système Foster-Harris et le système de l’Université du Vermont. Est-ce que les catégories correspondent à ce que vous aviez en tête ? Et est-ce que l’existence de ces catégories vous aide à clarifier vos idées au sujet de votre intrigue ?

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4 réflexions sur “Etre original

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