L’angoisse de la page blanche (n’existe pas)

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C’est quelque chose que tout le monde associe avec l’écriture, y compris les gens qui n’ont jamais pris la plume ; on la décrit comme une pathologie qui frappe tous les écrivains ; elle a elle-même servi de toile de fond à un nombre invraisemblable de romans, de films, de récits…

L’angoisse de la page blanche, pourtant, n’existe pas.

Ou en tout cas, elle n’a aucune raison d’exister. Si vous en êtes victimes, si vous la craignez, je vous propose de lui tordre le cou une bonne fois pour toutes.

Qu’est-ce au juste que l’on appelle « Angoisse de la page blanche » ? C’est, spécifiquement, le vertige qui gagne l’individu au moment d’entamer la rédaction d’un texte, et qui se retrouve incapable d’écrire le moindre mot. C’est, plus généralement, un trac qui bloque toute inspiration : les mots ne sortent pas et on se découvre impuissant à composer un texte ou même une petite phrase. Les anglophones l’appellent « writer’s block », le blocage de l’écrivain, qui se retrouve forcé de renoncer, en espérant retrouver sa muse un autre jour.

Il ne s’agit pas d’un blocage ou d’une angoisse : on a plutôt affaire à une forme d’autocensure

C’est d’ailleurs bien tout le problème : pour écrire efficacement, il ne faut pas attendre sa muse. Mettons-nous au travail, elle finira bien par pointer le bout de son nez.

Derrière tout le vocabulaire pathologique qui décrit l’angoisse de la page blanche se cache une réalité toute simple. Non, il ne s’agit pas réellement d’un blocage ou d’une angoisse : on a plutôt affaire à une forme d’autocensure.

L’auteur qui se dit victime du phénomène n’est pas du tout en panne d’inspiration : simplement, toutes les idées qui lui passent par la tête lui paraissent mauvaises, tous les mots auxquels il pense lui semblent peu adaptés, il ne parvient pas à trouver quelque chose à écrire qui le satisfasse. On le comprend bien : l’angoisse de la page blanche n’est pas une impossibilité d’écrire, mais une incapacité d’écrire quelque chose qui nous plaise.

On bloque parce qu’on ne comprend pas les mécanismes de l’écriture créative, bercés que nous sommes par des siècles d’imagerie romantique. La figure du poète qui toise l’horizon, plume à la main, en attendant que l’inspiration vienne lui rendre visite, est sans doute follement romanesque, mais elle n’a pas grand-chose à voir avec la réalité du travail d’écriture.

Notez la phrase suivante, parce qu’il s’agit du conseil le plus important pour toute personne qui se considère comme un auteur : celles et ceux qui veulent écrire doivent écrire tous les jours.

L’écriture, c’est du travail, c’est de la sueur, ce sont des efforts accumulés avec persévérance. Un texte, en particulier un texte romanesque, se compose sur la durée, par tâtonnements, et ne saurait surgir parfaitement formé, en une explosion d’inspiration.

L’inspiration n’existe pas, seul existe le travail

En d’autres termes : l’angoisse de la page blanche est un luxe que l’on ne peut pas s’offrir, lorsque l’on a choisi d’écrire. L’inspiration n’existe pas, seul existe le travail.

Vous ne trouvez pas d’idées ? Ecrivez, elles viendront.

Aucun mot ne vous plaît ? Ecrivez des mots qui ne vous plaisent pas.

Vous ne parvenez pas à écrire ? Ecrivez quand même.

Oui, c’est désagréable, oui, il faut se faire violence, oui, sur le moment, ça peut paraître vain, mais c’est la seule manière d’avancer.

Qu’a-t-on à gagner à rédiger un texte qui nous parait mauvais ? Déjà, même médiocre, il a le mérite d’exister, ce qui est toujours mieux qu’une page restée blanche. En plus, vous découvrirez que dans l’instant, vous êtes souvent mauvais juge de la qualité de vos idées : quelque chose qui vous paraît plat ou ridicule lorsque vous le couchez sur le papier pourra très bien vous sembler satisfaisant le lendemain. Ensuite, il faut comprendre que l’écriture, ça n’est pas qu’un premier jet : on se relit, on corrige, on réécrit énormément, c’est même l’essentiel du travail de l’auteur. En s’autorisant à rédiger un texte peu satisfaisant, on se donne la chance de l’améliorer par la suite, ce qui est bien plus facile à faire que d’attendre que des phrases parfaites jaillissent de notre plume.

Vous n’aimez pas ce que vous avez écrit ? Pas grave, vous aurez l’occasion de l’améliorer une autre fois. En attendant, vous avez progressé plutôt que de rester bloqué sans rien produire.

En deux mots : la page blanche vous angoisse ? Commencez donc par noircir la page, le reste viendra après.

Atelier: si vraiment se mettre à écrire vous semble impossible, tentez le coup de l’écriture automatique. Couchez sur le papier des phrases dépourvues de sens, celles qui vous passent par la tête sur le moment. Peut-être que cet exercice vous réveillera suffisamment les doigts pour vous réveiller également l’esprit.

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20 réflexions sur “L’angoisse de la page blanche (n’existe pas)

  1. Super ! Je suis totalement d’accord avec toi ! Personnellement, je n’écris pas tous les jours, parce que je suis une geekette et que les jeux vidéo me détournent souvent de l’écriture, mais en tout cas, j’essaie de ne pas avoir peur de la page blanche. :p Je préfère en effet la remplir, même avec du moyen voire médiocre, que de ne rien écrire du tout. Je me suis déjà « débloquée » de nombreuses fois en forçant l’inspiration. Quand je cale sur les mots, je me répète le « qui, où, quand, quoi, comment », je l’écris de manière formelle.
    Sinon, quand je n’y arrive pas pour d’autres raisons, je vais faire la vaisselle ou passer l’aspirateur. xD

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  2. « Vous ne trouvez pas d’idées ? Ecrivez, elles viendront. Aucun mot ne vous plaît ? Ecrivez des mots qui ne vous plaisent pas. Vous ne parvenez pas à écrire ? Ecrivez quand même. »
    Je suis d’accord à 300% !! Je me suis imposée une routine d’écriture et, inspiration ou pas, je m’installe, je me mets à écrire, et au final, l’inspiration vient !!
    Excellent article !!

    Aimé par 2 personnes

  3. Pingback: La technique du livre de démarrage | Le Fictiologue

  4. Pingback: Des idées au roman: résumé | Le Fictiologue

  5. Pingback: Réparer un blocage d’écriture – Stéphane ARNIER, auteur

  6. Raccord à 200% avec ta vision des choses. Je sens que je vais pas mal faire tourner cet article vu le nombre d’auteurs (ou d’aspirants auteurs si l’on s’en tient à la définition de ton dernier billet) de ma connaissance qui se trouvent régulièrement confrontés au problème. Je ne me rappelle pas avoir déjà été dans ce cas… Cela m’est sans doute arrivé, n’étant ni surhomme ni demi-dieu parmi les écrivains, mais ça ne m’a pas traumatisé en tout cas x) Je trouve toujours quelque chose sur quoi écrire et quand je sens le blocage pointer, l’écriture automatique fonctionne très bien pour moi.

    Une autre technique dont je me sers si je bloque sur un passage de mon roman : je mets le tapuscrit momentanément de côté et j’écris des anecdotes sur mes personnages. Cela peut être des petites scénettes de leur vie passée ou alors de celle présente (à l’époque du roman quoi). En général, cela me suffit pour me mettre en jambes, et quand je reviens sur le roman, TA.TA.TA ! magie, la créativité s’est déliée et ça repart comme en 40. Comment duper son cerveau en le faisant travailler à son insu sur quelque chose qui à la base ne le motivait pas xD

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    • J’aime bien l’idée que notre cerveau est un adversaire qu’il convient de berner afin de parvenir à nos fins! 😀

      Quant à la mise en jambe que tu décris, c’est à mon avis une approche excellente. Je décris une approche semblable (mais pas identique) dans une chronique que je viens d’écrire sur « l’écriture d’entraînement. »

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  7. Ce dont tu parles c’est plus être trop perfectionnisme avec un manque de confiance en soi et se dévaloriser et dévaloriser ses oeuvres par contre je ne suis pas d’accord sur les méthodes que tu as dit! Se forcer en tant que contraintes peut vachement décourager et dégoûter surtout une passion!
    Moi je pense surtout que ça se travaille avec une confiance en soi à gagner, le fait de se valoriser, de valoriser son travail, d’être indulgent envers soi-même et ses oeuvres pour essayer en acceptant les échecs, ratages et les réussites, accepter le fait de se tromper et que ce n’est pas grave qu’on peut apprendre de ça!
    Sinon j’ai jamais connu de pannes ni le syndrome de la page blanche car je n’ai jamais été perfectionniste, j’ai toujours été assez indulgente envers moi et mes oeuvres et même si avant je n’avais pas confiance en moi mais maintenant j’ai gagné en confiance en moi tout en étant indulgente envers moi et mes oeuvres en valorisant surtout mes oeuvres! C’est beaucoup en effet le perfectionnisme qui bloque surtout au début pour commencer, la peur de l’échec et de rater en plus du fait de ne jamais être satisfait de ce qu’on fait avec un manque de confiance en soi! Mais il y a aussi le cas pour certaines personnes de n’avoir plus d’inspiration pour la suite ou de vouloir créer une scène mais il manque un truc pour être cohérent avec l’histoire etc
    Du coup même si ton message était de vouloir faire passer d’essayer d’écrire quand même en essayant de surmonter la peur de l’échec, je trouve la façon de le dire très maladroit!

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    • Je pense que si un auteur se décourage parce qu’il doit écrire, c’est qu’il n’est probablement pas fait pour ça. Oui, écrire peut être une passion, mais c’est également une technique qui réclame de l’effort, de l’apprentissage et de la discipline. Si on est constamment en train d’attendre ce sentiment indéfinissable qu’est l’inspiration, il est possible que l’on n’aille pas bien loin.

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      • bah non pas d’accord il y a des personnes qui voudraient écrire ou qui aiment ça mais sont perfectionnistes, sont fait pour ça parfois tout en étant perfectionniste mais peuvent se décourager! Et même si écrire demande des efforts, du travail etc, ça demande aussi de l’inspiration, tout histoire commence par l’inspiration d’une idée, tout histoire part de là! Et même le travail de l’écriture demande aussi des pauses, du repos et ne pas se forcer tout le temps à écrire donc se « forcer » à écrire pour moi c’est un mauvais conseil! ça peut même entrainer un sentiment de dégoût pour une activité qu’on aime faire!

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      • Fais donc comme il te plaît si ça te fait plaisir. Moi, je pars du principe qu’il y a énormément de gens qui écrivent dans le monde, et que la littérature peut dès lors très bien se passer des dilettantes. Mais oui, bien sûr, à partir du moment où l’on n’écrit que pour soi, naturellement, ça signifie qu’il n’existe aucun critère de qualité auquel se référer, aucune ambition à nourrir, et donc aucun but à atteindre, donc pourquoi pas?

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