Critique: L’île du destin

Titre: La Quête d’Ewilan – L’île du destin

Auteur: Pierre Bottero

Editeur: Rageot Editeur (version ebook)

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Après avoir lu les deux premiers tomes, sur lesquels j’ai rédigé des critiques postées sur ce blog, il me restait à lire celui-ci pour me forger une opinion complète sur La Quête d’Ewilan.

Inutile de s’étendre sur ses qualités: ce sont les mêmes que celles des autres romans de la série, avec le style de l’auteur, sa belle imagination et ses personnages plein de caractère. de ce point de vue, le roman est une réussite.

Du point de vue de la construction, c’est moins convaincant. Pierre Bottero a conclu un peu hâtivement la quête de ses personnages à la fin du deuxième tome, ce qui donne à celui-ci des airs d’appendices, comme s’il racontait des aventures moins importantes. On a droit à notre compte d’aventures, bien sûr, mais on sent que l’auteur et les personnages sont moins motivés qu’auparavant. La preuve: une dizaine de chapitres s’écoulent avant que le narratif entre dans le vif du sujet et que l’horripilante Camille et ses amies s’occupent enfin de la quête qui va les occuper pendant le reste du roman.

L’auteur défait d’une main ce qu’il a fait de l’autre

Pas étonnant d’ailleurs que l’histoire mette tant de temps à démarrer, quand on songe que le début du livre est consacré à remettre en circulation des personnages que Bottero a un peu précipitamment rangé dans l’armoire à la fin du tome précédent. Tout cela donne une impression d’indécision de la part de l’auteur, qui défait d’une main ce qu’il a fait de l’autre. Par ailleurs, cela confirme que rien de permanent ne saurait arriver à ses personnages principaux, qui sont régulièrement sauvés ou remis en selle, sans jamais avoir à payer le prix de leurs erreurs ou de leurs décisions.

Si on ajoute à cela un final dans lequel nos héros sont sauvés d’un mauvais pas par, non pas un, mais deux deus ex machina, cela fait de ce troisième tome le plus mauvais de la série, qui laisse une impression bâclée et confuse, malgré ses qualités.

Deux mots encore de l’édition intégrale de « La Quête d’Ewilan »: parmi les originalités de cette intégrale: une nouvelle qui sert d’introduction. Elle est très habilement écrite, mais sa lecture est à déconseiller à celles et ceux qui, comme moi, sont agacés par le personnage de Camille. Elle s’y montre ici plus insupportable que jamais.

Egalement au menu: quelques textes dans lesquels l’auteur revient sur l’écriture et la construction du récit. On y trouve quelques informations intéressantes, mais le tout est présenté sous la forme d’interviews fictives et rédigé dans un style curieusement ampoulé. Tout cela aurait gagné à un peu plus de simplicité.

Enfin, la lecture de l’intégralité de la trilogie d’un seul trait permet de réaliser à quel point certaines sonorités sont favorisées par Bottero lorsqu’il nomme ses personnages: Ewilan, Edwin, Ellana, Elea, Elicia, ou encore Salim, Siam, Chiam. Tout cela reste anecdotique, mais peut parfois plonger le lecteur dans la confusion.

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L’angoisse de la page blanche (n’existe pas)

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C’est quelque chose que tout le monde associe avec l’écriture, y compris les gens qui n’ont jamais pris la plume ; on la décrit comme une pathologie qui frappe tous les écrivains ; elle a elle-même servi de toile de fond à un nombre invraisemblable de romans, de films, de récits…

L’angoisse de la page blanche, pourtant, n’existe pas.

Ou en tout cas, elle n’a aucune raison d’exister. Si vous en êtes victimes, si vous la craignez, je vous propose de lui tordre le cou une bonne fois pour toutes.

Qu’est-ce au juste que l’on appelle « Angoisse de la page blanche » ? C’est, spécifiquement, le vertige qui gagne l’individu au moment d’entamer la rédaction d’un texte, et qui se retrouve incapable d’écrire le moindre mot. C’est, plus généralement, un trac qui bloque toute inspiration : les mots ne sortent pas et on se découvre impuissant à composer un texte ou même une petite phrase. Les anglophones l’appellent « writer’s block », le blocage de l’écrivain, qui se retrouve forcé de renoncer, en espérant retrouver sa muse un autre jour.

Il ne s’agit pas d’un blocage ou d’une angoisse : on a plutôt affaire à une forme d’autocensure

C’est d’ailleurs bien tout le problème : pour écrire efficacement, il ne faut pas attendre sa muse. Mettons-nous au travail, elle finira bien par pointer le bout de son nez.

Derrière tout le vocabulaire pathologique qui décrit l’angoisse de la page blanche se cache une réalité toute simple. Non, il ne s’agit pas réellement d’un blocage ou d’une angoisse : on a plutôt affaire à une forme d’autocensure.

L’auteur qui se dit victime du phénomène n’est pas du tout en panne d’inspiration : simplement, toutes les idées qui lui passent par la tête lui paraissent mauvaises, tous les mots auxquels il pense lui semblent peu adaptés, il ne parvient pas à trouver quelque chose à écrire qui le satisfasse. On le comprend bien : l’angoisse de la page blanche n’est pas une impossibilité d’écrire, mais une incapacité d’écrire quelque chose qui nous plaise.

On bloque parce qu’on ne comprend pas les mécanismes de l’écriture créative, bercés que nous sommes par des siècles d’imagerie romantique. La figure du poète qui toise l’horizon, plume à la main, en attendant que l’inspiration vienne lui rendre visite, est sans doute follement romanesque, mais elle n’a pas grand-chose à voir avec la réalité du travail d’écriture.

Notez la phrase suivante, parce qu’il s’agit du conseil le plus important pour toute personne qui se considère comme un auteur : celles et ceux qui veulent écrire doivent écrire tous les jours.

L’écriture, c’est du travail, c’est de la sueur, ce sont des efforts accumulés avec persévérance. Un texte, en particulier un texte romanesque, se compose sur la durée, par tâtonnements, et ne saurait surgir parfaitement formé, en une explosion d’inspiration.

L’inspiration n’existe pas, seul existe le travail

En d’autres termes : l’angoisse de la page blanche est un luxe que l’on ne peut pas s’offrir, lorsque l’on a choisi d’écrire. L’inspiration n’existe pas, seul existe le travail.

Vous ne trouvez pas d’idées ? Ecrivez, elles viendront.

Aucun mot ne vous plaît ? Ecrivez des mots qui ne vous plaisent pas.

Vous ne parvenez pas à écrire ? Ecrivez quand même.

Oui, c’est désagréable, oui, il faut se faire violence, oui, sur le moment, ça peut paraître vain, mais c’est la seule manière d’avancer.

Qu’a-t-on à gagner à rédiger un texte qui nous parait mauvais ? Déjà, même médiocre, il a le mérite d’exister, ce qui est toujours mieux qu’une page restée blanche. En plus, vous découvrirez que dans l’instant, vous êtes souvent mauvais juge de la qualité de vos idées : quelque chose qui vous paraît plat ou ridicule lorsque vous le couchez sur le papier pourra très bien vous sembler satisfaisant le lendemain. Ensuite, il faut comprendre que l’écriture, ça n’est pas qu’un premier jet : on se relit, on corrige, on réécrit énormément, c’est même l’essentiel du travail de l’auteur. En s’autorisant à rédiger un texte peu satisfaisant, on se donne la chance de l’améliorer par la suite, ce qui est bien plus facile à faire que d’attendre que des phrases parfaites jaillissent de notre plume.

Vous n’aimez pas ce que vous avez écrit ? Pas grave, vous aurez l’occasion de l’améliorer une autre fois. En attendant, vous avez progressé plutôt que de rester bloqué sans rien produire.

En deux mots : la page blanche vous angoisse ? Commencez donc par noircir la page, le reste viendra après.

Atelier: si vraiment se mettre à écrire vous semble impossible, tentez le coup de l’écriture automatique. Couchez sur le papier des phrases dépourvues de sens, celles qui vous passent par la tête sur le moment. Peut-être que cet exercice vous réveillera suffisamment les doigts pour vous réveiller également l’esprit.

Changement de titre

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Un blogueur est passé par cette page pour me faire savoir – très abruptement – que ce blog avait le même titre que le sien. Malgré l’absence de manières de cet individu, il n’en reste pas moins qu’il est dans son bon droit et je change donc le titre de ce site, en espérant que cette fois-ci, ça soit le bon! Fini le Fictionaute, donc, place au Fictiologue, et s’il faut changer encore, il reste plein de suffixes dans le dictionnaire…

Critique: « Les frontières de glace »

Titre: La Quête d’Ewilan – Les frontières de glace

Auteur: Pierre Bottero

Editeur: Rageot Editeur (version ebook)

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C’est parce que plusieurs lecteurs et critiques avaient comparés mon roman aux œuvres de Pierre Bottero que j’ai eu envie de me forger ma propre opinion. Charmé mais pas emballé par le premier tome de la Quête d’Ewilan, j’ai malgré tout souhaité lire le deuxième.

J’ai bien fait: il est bien meilleur. le roman garde tout ce qui fonctionnait dans le premier: un imaginaire rafraîchissant, un univers séduisant, des personnages attachants, un style fluide, mais y ajoute d’autres éléments qui font de ce volume le meilleur de la série. Certaines images sont très marquantes, pleines d’imaginaire et de poésie: l’Arche et la Dame en particulier. Par ailleurs, le récit est bien mieux construit, avec de vrais enjeux, une montée en puissance progressive, une tension narrative bien amenée, et un final éblouissant qui offre une conclusion idéale à l’histoire (dommage, il y a un tome après celui-ci…)

Le livre n’est cependant pas sans défauts. Camille, la fille parfaite qui n’a jamais tort et ne rencontre aucune difficultés, est toujours aussi difficile à apprécier en tant que protagoniste. On se rend compte d’ailleurs que l’auteur, qui n’a pas pensé à donner des limites naturelles à ses pouvoirs au début de la trilogie, est obligé d’en inventer de nouvelles, arbitraires, pour qu’elle connaisse tout de même quelques difficultés de temps en temps.

Mais le plus gros point noir du roman, c’est que Pierre Bottero manque cruellement d’idées pour introduire des moments de danger et de conflit dans le récit. Régulièrement, nos héros sont attaqués par des monstres, soldats et bêtes qui viennent de nulle part, la rencontre est suivie d’un combat et les gentils finissent par triompher sans pertes ni sacrifice. A force, cette succession de scènes interchangeables de combat finit par lasser, et on souhaiterait davantage d’originalité de la part de l’auteur.

Il s’agit malgré tout d’un livre réussi et plaisant, malgré quelques défauts.

La machine à idées

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Si écrire, c’est cuisiner avec des mots, le matériau de base dont on se sert pour toute forme d’écriture créative, ce sont les idées.

C’est le constat qui s’impose à toute personne qui prend la plume : l’écriture réclame une quantité invraisemblable d’idées. Attention : ce ne sont pas nécessairement des idées géniales, originales ou remarquables. Juste des petites briques de pensée, prêtes à être assemblées une à une pour former un texte. Plus on en a en stock, plus on avance vite, plus on évite les mauvais pas et les pannes d’inspiration et plus vite et plus efficacement on écrit.

Il est donc souhaitable de trouver un moyen de générer rapidement de grandes quantités d’idées, et de parvenir à s’en souvenir, pour être en mesure de les mobiliser au moment où on en aura besoin.

« Ah, tiens, et si j’écrivais les aventures d’un pingouin qui s’engage dans l’armée de l’air ? »

Dans un travail d’écriture, des idées sont nécessaires à peu près à tous les niveaux :

D’abord, il y a l’idée centrale, celle qui nous motive à nous atteler à une histoire. « Ah, tiens, et si j’écrivais les aventures d’un pingouin qui s’engage dans l’armée de l’air ? »

Ensuite, il y a des idées de personnages : « Un de ses instructeurs pourrait être un manchot qui n’aime pas les pingouins » ; de décor : « Tout cela pourrait se passer sur une base aérienne construite sur une banquise en train de fondre » ; de thème : « L’histoire met en scène des individus qui triomphent des préjugés pour réaliser leurs rêves. »

Les idées interviennent aussi dans la structure de l’histoire : « Tout commence en plein milieu d’une grande bataille aérienne, le roman est ensuite raconté en flashback, et à la fin on revient à la grande bataille que l’on suit jusqu’à la conclusion. »

On a également besoin d’idées dans le domaine du style, qu’il s’agisse de choix narratifs : « L’histoire est écrite à la troisième personne du singulier, mais uniquement de la perspective du pingouin » ; ou d’options esthétiques : « Le pingouin étant un personnage simple, le langage utilisé l’est aussi et les phrases sont courtes. »

Les littératures de l’imaginaire, en particulier, réclament des idées innombrables pour bâtir un univers de fiction, sa culture, son langage, ses coutumes, ses particularités : « Dans le monde du pingouin, toutes les créatures bipèdes (grands singes, oiseaux, kangourous) sont capables de parler. »

Enfin, l’écriture réclame une foule de micro-idées, que ce soit dans le domaine de la construction des paragraphes, des tournures de phrases, des noms des personnages, des titres des chapitres, de la manière dont sont amenées les intrigues secondaires, etc…

Une partie des idées, c’est inévitable, naissent pendant l’acte d’écriture lui-même. Donner du corps au concept de base stimule l’inspiration et l’amène dans des recoins inattendus. De plus, en écrivant, on rencontre régulièrement des impasses ou des difficultés qui vont réclamer des idées fraîches afin de s’en sortir.

Il faut tout noter, partout, en toute occasion.

Malgré tout, pour tirer son épingle du jeu, plus on a d’idées en stock, plus on est efficace. Ecrire, en effet, ça n’est pas seulement rédiger des mots les uns après les autres : c’est être constamment à l’affût d’idées dont on pourrait se servir plus tard.

A cet effet, il est très utile de les noter au fur et à mesure. Munissez-vous d’un bloc-notes qui ne vous quitte jamais, qu’il s’agisse d’un objet physique que vous emmenez partout avec vous, ou, mieux encore, d’une application (OneNote, Evernote) à laquelle vous pouvez accéder sur votre téléphone ou sur un ordinateur. Il faut tout noter, partout, en toute occasion.

Chacun peut s’organiser comme il le veut : tout mettre pêle-mêle au même endroit, ou tout classer par catégories (constituer une liste d’idées d’histoires, de répliques, de noms de personnages, etc…), ou encore séparer les idées en fonction du contexte auquel on les destine (si on monte plusieurs projets d’écriture en parallèle).

A force, cela va devenir une seconde nature. Les idées, en effet, peuvent surgir à n’importe quel moment et sont très volatiles : elles sont aussi faciles à avoir qu’à oublier. Qui plus est, on est souvent mauvais juge de la qualité d’une idée lorsqu’elle survient, pensant qu’elle n’a pas de valeur et qu’elle ne servira à rien, alors que, si le contexte s’y prête, elle peut se montrer précieuse. Il m’est arrivé d’utiliser un concept, une phrase, un nom, des années après en avoir pris note. Mieux vaut donc ne rien filtrer du tout et laisser le temps montrer ce qui va être utile et ce qui ne le sera pas, sans a priori.

De la même manière que, lorsqu’on se met à noter ses rêves, on réalise qu’il devient de plus en plus facile de s’en souvenir, vous réaliserez rapidement qu’en notant vos idées, vous en aurez de plus en plus, et sur les sujets les plus divers. Au cours des années, j’ai par exemple accumulé des idées de scénarios pour les Schtroumpfs ou Lucky Luke qui ne verront jamais le jour… mais qui dit que je ne pourrai pas les réutiliser dans un contexte différent ?

Atelier: mettez-vous devant la télé et tentez d’avoir des idées qui ont trait à tout ce que vous voyez défiler: de nouvelles règles pour les jeux, des slogans pour les pubs, des dialogues pour les personnages des séries, une manière différente de raconter l’information, etc… Après très peu de temps, les idées vont venir toutes seules.

Critique: « D’un monde à l’autre »

Titre: La Quête d’Ewilan – D’un monde à l’autre

Auteur: Pierre Bottero

Editeur: Rageot Editeur (version ebook)

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C’est parce que, en tant qu’auteur, on a plusieurs fois comparé mon roman à l’oeuvre de Pierre Bottero en général et à Ewilan en particulier que j’ai été tenté de découvrir ce cycle que je ne connaissais pas du tout.

Un premier constat s’impose: « D’un monde à l’autre » n’a pas volé son très grand succès. C’est un livre plein de charme et de personnalité, qui développe un monde et un imaginaire très personnels et qui, pourtant, semblent immédiatement familiers. L’auteur a un style fluide, agréable, concis mais jamais sec, occasionnellement ambitieux dans ses choix de vocabulaire pour un ouvrage qui se destine en particulier à un jeune public. La plupart des personnages sont attachants, vivants, distincts les uns des autres et de leurs interactions naissent la plupart des grandes joies de lecture que recèle ce livre. Ces qualités permettent à elles seules de faire de ce roman une réussite, et de passer sur les aspects moins séduisants du texte.

On peut repérer des familiarités avec d’autres textes: l’étrange voyage de la jeune fille rappelle des classiques comme « Trois coeurs, trois lions » de Poul Anderson. Quant à ses compagnons, ils sont très semblables à ceux des « Chroniques de Prydain » de Lloyd Alexander. Des comparaisons qui doivent être comprises comme des éloges, car le roman n’a rien à envier à ces glorieux prédécesseurs.

« Camille connaît tout et sait tout faire, est sage, aimée de tous et ne se trompe jamais »

Parmi les points faibles: le personnage central, celui de Camille, est le plus remarquable. Elle est un trou noir au coeur du livre, un protagoniste aussi difficile à aimer pour le lecteur qu’il est apprécié des autres personnages. Camille connaît tout et sait tout faire, est sage, aimée de tous, ne se trompe jamais, ne présente aucune faille et, n’ayant aucun défaut, ne change pas et n’apprend aucune leçon au cours du roman. Difficile de suivre les aventures d’un individu dont on comprend vite que rien ne va l’atteindre et qu’elle n’évoluera en aucune manière. le fait que son descriptif soit une accumulation de clichés n’aide pas: bien sûr elle est l’Elue, bien sûr elle est plus puissante que tous les autres, bien sûr elle a des parents adoptifs qui ne l’aiment pas parce qu’ils sont trop méchants, bien sûr elle a les yeux violets. Comme le protagoniste donne au roman une partie de sa forme, les défauts de Camille sont ceux de « D’un monde à l’autre »: dans ce narratif, cette jeune fille représente un point de repère, une sorte de bien absolu, et celles et ceux qui ne sont pas d’accord avec elle sont nécessairement dans l’erreur. A force, cette perfection devient risible et même irritante.

Le roman souffre également de petits défauts de construction, sans doute dû au découpage en trilogie. En particulier, toute la dernière partie qui a lieu dans notre monde fait l’effet d’un pétard mouillé: il s’agit d’une digression, qui permet (vaguement) d’introduire un personnage qui n’a aucune conséquence immédiate sur l’intrigue. Toute cette partie pourrait être coupée sans rien changer à l’histoire, et le choix de l’y laisser condamne la fin du livre à l’enlisement (ou donne envie de découvrir la suite, c’est selon).

Malgré quelques points noirs, ce roman représente un agréable moment de lecture, captivant et attachant quoi qu’imparfait.

Avec des morceaux de fiction dedans

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Ceci est un blog qui s’intéresse à l’écriture en général, mais enfin, avec un titre comme « Le Fictionaute », personne ne s’étonnera qu’il se consacre principalement à la fiction, davantage qu’à, par exemple, l’écriture journalistique, publicitaire ou documentaire.

Du coup, il y a peut-être une question qu’on aurait dû se poser depuis le début : la fiction, c’est quoi ?

Félicitations, Alice, tu viens de te jeter dans le terrier du lapin blanc…

Si vous jetez un coup d’œil aux définitions, dans les dictionnaires et auprès des experts, vous vous apercevrez qu’elles convergent toutes vers une même conception : la fiction, c’est la nature d’une histoire qui se base davantage sur des faits réels que des faits imaginaires.

Voilà. C’est clair, net, précis. Quand c’est inventé, c’est de la fiction, quand ça ne l’est pas, on se situe ailleurs.

C’est faussement simple, cela dit : toute forme d’écriture comporte à la fois des faits et de la fiction. Lorsque vous vous mettez en tête de relater des faits d’actualité, ou de raconter une anecdote véritable qui vous est arrivée personnellement, vous allez, en composant votre texte, faire des choix de vocabulaire, éluder des détails, en mettre d’autres en avant, tant et si bien que votre récit, même s’il concerne le réel, comporte malgré tout une part de subjectivité, un regard, bref, un peu de fiction. Une autre personne qui choisirait de raconter les mêmes faits s’y prendrait à coup sûr de manière différente.

« Toutes les histoires sont vraies, et toutes les histoires sont fausses. »

A l’inverse, même un récit complètement fictif ne l’est jamais totalement, y compris ceux qui comportent des éléments fantastiques ou surnaturels. Pour écrire, un auteur se base en grande partie sur son vécu, sur la nature de l’être humain, de ses dilemmes et de ses conflits, tels qu’ils existent dans la vie réelle, sans compter qu’à moins de s’affranchir totalement de la réalité telle que nous la connaissons, toute histoire se situe dans le temps, dans l’espace et obéit à une bonne partie des lois de la physique. En deux mots : un récit fictif comprend tout de même une bonne dose de réalité.

On le voit bien : la frontière entre fiction et réel n’est pas nette, elle est floue et fluctuante.

D’une certaine manière, on peut affirmer que deux principes sont toujours valables : toutes les histoires sont vraies, et toutes les histoires sont fausses.

Toutes les histoires sont vraies parce que, même sous un vernis fantasmagorique, elles ne parlent que d’une seule chose : ce que c’est d’être un humain et de vivre au milieu d’autres humains. Même les lecteurs qui disent éprouver des difficultés face à la littérature de genre, arguant qu’ils n’aiment pas les histoires qui « ne sont pas vraies », doivent admettre que les sentiments ressentis, les émotions exprimés, les conflits qui y sont mis en scène sont tout simplement ceux de la vie de tous les jours, masqués derrière des conventions différentes, mais clairement identifiables malgré tout.

« La littérature n’est pas une évasion, c’est une exploration spéléologique. »

Toutes les histoires sont fausses parce que, même si tous les faits relatés sont rigoureusement exacts, il ne s’agit jamais que d’une recréation, partielle et subjective. La réalité, après tout, n’est pas une succession de mots sur du papier (pour autant que l’on sache). Même les mots que nous utilisons – chacun d’entre eux – sont empruntés à d’autres et comportent leur lot de connotations et d’ambiguïtés. Tout ce que l’écriture permet, c’est de s’approcher du réel, de l’imiter, sans jamais se confondre avec lui.

Au fond, on le comprend bien, la fiction n’est pas du tout le contraire du réel : elle est l’instrument avec lequel nous appréhendons le réel. Ce que nous percevons de la réalité n’est rien d’autre qu’une série de petites histoires que nous nous racontons dans notre tête et auxquelles nous choisissons de croire.

La littérature n’est pas une évasion : au contraire, c’est une exploration spéléologique, qui nous fait descendre au plus profond de la réalité. Les personnes qui choisissent d’écrire ne fuient pas, elles ont avec le réel un rapport plus intime que la plupart des gens. A moins qu’il ne s’agisse d’une histoire de plus, à laquelle nous choisissons de croire…

A suivre…

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A présent que j’ai pris mes marques sur ce blog et que j’ai compris comment fonctionne WordPress, j’ai les idées claires en ce qui concerne ce qui vous attend sur cette page, en tout cas dans le proche avenir.

Une fois par semaine, je vais publier un billet sur différents thèmes liés à l’écriture, romanesque en particulier, avec un accent sur la littérature de l’imaginaire. Les deux premiers sont publiés, les huit suivants sont écrits et pour la suite j’ai une quarantaine d’idées, donc s’il y a un intérêt, je suis ici pour un moment.

En alternance, je prévois de publier quelques critiques, à rythme irrégulier, et éventuellement des nouvelles de mes activités d’auteur si ça présente un intérêt.

A bientôt!

L’écriture, c’est dur

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Vous aimez lire, vous aimez les mots, les histoires. Vous avez un esprit créatif, de la fantaisie. Vous sentez qu’en vous, des milliers d’idées s’agitent et ne demandent qu’à sortir, comme des abeilles d’une ruche.

Peut-être que l’idée vous a traversé de vous mettre à écrire…

La seule chose censée à répondre à quelqu’un qui ressentirait un tel appel, c’est : ne le faites pas.

N’écrivez pas. Oubliez ça. Allez plutôt vous promener, regardez la télé, initiez-vous aux danses folkloriques polonaises : n’importe quoi sauf ça. N’allez pas dire que vous n’êtes pas prévenus.

Ecrire, on ne le dit sans doute pas assez, ça n’est pas toujours chouette. Ça peut même être franchement désagréable.

Car qu’est-ce, au fond, que l’écriture, si ce n’est la pratique qui consiste à se cloîtrer, seul face à une page blanche, et à tenter douloureusement d’extraire une pensée pour la transformer en mots ? Ecrire, c’est se heurter volontairement à la déception perpétuelle de ne pas être capable de donner forme à ses idées, de se livrer à un bras de fer avec le langage pour le forcer à faire ce que l’on souhaiterait qu’il fasse, de recommencer, recommencer, recommencer encore, et lorsque l’on a enfin terminé, de contempler le résultat avec amertume, et, dans un geste de contrariété, de tout jeter et de recommencer encore une fois. Ecrire, c’est s’exposer à ne pas être compris, à lire sur le visage de ses lecteurs une moue d’embarras et de scepticisme. Ecrire, c’est beaucoup de sueur pour, au final, ne laisser que des mots. Ecrire, c’est ingrat. Ecrire c’est dur.

Comme l’a écrit Felix Leclerc, « Ecrire est un métier pénible, avec ou sans génie. Avec c’est encombrant. Sans, c’est frustrant. »

« Pourquoi écrire ? Pas parce que c’est amusant, en tout cas pas à tous les coups »

Pourtant, certaines personnes s’entêtent à se lancer dans l’écriture. C’est sans doute que malgré tout, elles y trouvent leur compte.

Certains aiment réellement écrire : elles ou ils y prennent du plaisir, du délassement, aiment se retrouver seules avec elles-mêmes, estiment que jouer avec les mots, c’est follement divertissant. Tant mieux pour elles.

Lorsque l’on interroge à ce sujet la plupart des auteurs, on se retrouve pourtant confronté à des sentiments plus ambigus. A les entendre, ils n’écrivent pas parce que ça leur plait, ils écrivent parce qu’ils ressentent le besoin de le faire. Non, ils n’apprécient pas particulièrement de s’y astreindre : ils souffrent, ils transpirent, ils ressentent de la frustration, mais malgré tout, ils s’y remettent encore et encore, parce qu’ils n’arrivent pas à s’en passer, parce que sans écriture, ils ressentent un manque que rien ne saurait combler.

« Ecrire, c’est comme faire pipi » disent les moins subtils d’entre eux. Une comparaison pas très délicate sans doute, mais, malgré tout, on voit bien pour quelle raison elle tient la route, non ?

Pourquoi écrire ? Pas parce que c’est amusant, en tout cas pas à tous les coups. Pas parce que c’est facile : souvent c’est carrément pénible. Pas parce que c’est un loisir : c’est surtout du travail. Pas parce que ça va nous aider à nous connecter au reste de l’humanité : parfois c’est même l’inverse. Pas pour laisser une trace : la plupart des auteurs ne sont pas lus, les autres vite oubliés. Pas pour l’argent, pas pour la gloire – laissez-moi rire.

Pourquoi écrire ? Parce qu’on en a besoin. Parce qu’il le faut.

Allez, au boulot.